Ce qu’il reste, malgré la fin


Par Christophe Pruvot

Il faut dire de là où je parle et pour qui je prends la plume.

J’écris ces lignes en tentant une parole commune pour trois personnes : moi, ma compagne et un ami. Trois trajectoires étroitement liées à une association, un centre social, un espace de vie sociale et un organisme de formation. Trois parcours engagés dans un projet associatif que nous avons porté et défendu ensemble. Moi, directeur du centre social, puis co-directeur de l’association. Ma compagne, directrice adjointe du centre social, directrice de l’espace de vie sociale, directrice du centre social et codirectrice de l’association. Notre organisation a toujours été pensée en mouvement, en dialogue, en relief. Et notre ami, le président de l’association : celui qui, dès le départ, a accompagné et incarné ce projet. Ensemble, nous formions un trio de capitaines. Nos chemins de vie se sont croisés, entremêlés, construits avec cette association. Ce projet a traversé nos existences autant que nous l’avons porté. Il a fait de nous ce que nous sommes, tout autant que nous avons contribué à lui donner forme et sens. L’amour et l’amitié se sont invités dans cette histoire. Et cette histoire a existé parce qu’il y avait de l’amour et de l’amitié.

Pendant près de 15 années, nous avons dirigé et piloté un centre social d’abord municipal, que nous avons transformé en structure associative porteuse d’un projet politique. Dans ce même élan, nous avons créé un espace de vie sociale et un organisme de formation, développant une action ancrée dans un quartier populaire classé en politique de la ville, marqué par une pauvreté grandissante, une précarité chronique et une misère quotidienne. Dans ce territoire délaissé par les institutions, où les habitants étaient souvent perçus comme indésirables, nous avons construit, au fil du temps, un projet d’éducation populaire communautaire et émancipatrice.

Partis d’un modèle classique centré sur les activités, les cotisations et les loisirs, nous avons fait évoluer notre action vers une pédagogie sociale et une éducation intégrale, investissant à la fois les murs du centre social et l’espace public, tous les jours, sans relâche. Nous avons déconstruit les logiques traditionnelles de l’animation sociale : plus de programmes figés, plus de secteurs cloisonnés, mais un accueil inconditionnel, une présence sociale de proximité, un travail quotidien attentif aux besoins réels, aux désirs, aux élans de joie comme puissances d’agir. Un projet reconnu, remarqué, parfois admiré jusqu’à ce qu’il devienne dérangeant.

Car ce n’est que dans les deux dernières années que les tensions se sont accentuées : attaques institutionnelles, pressions, reprises en main, puis désolidarisation progressive de l’interne. Et pourtant, ce que nous avons porté pendant plus d’une décennie reste un projet fort, vivant, profondément politique. C’est à partir de cette expérience (et de cette fin difficile) que je prends aujourd’hui la parole pour nous : nous qui avons porté, espéré, lutté, aimé.

A la suite de situations de violences en interne et dans un contexte tendu avec les partenaires institutionnels, nous avons décidé de quitter nos fonctions de direction et de présidence  du centre social et de l’espace de vie sociale, après plusieurs années d’engagement. Ce départ, loin d’un simple choix personnel, est le fruit d’un processus long, douloureux, lucide. Nous sommes partis par ruptures conventionnelles, pour les directeurs, et par démission, pour le président. Nous sommes partis parce que les conditions d’un travail social fidèle à nos convictions n’étaient plus réunies.

L’ambiance interne s’était profondément dégradée. Les relations dans l’équipe des salariés étaient devenues difficiles, fragmentées, parfois toxiques. Le conseil d’administration, autrefois force politique, n’assumait plus la ligne que nous défendions. Les soutiens s’étaient dissipés. Et surtout, les institutions (qui prétendent soutenir les projets sociaux) se sont peu à peu imposées en prescripteurs autoritaires : pressions sur les actions, injonctions à l’évaluation, exigences de réécriture de projets dans le langage aseptisé des appels à subvention, relances incessantes. Toute demande semblait devoir être reformulée, justifiée, rationalisée, mesurée. Le réel devait être tordu pour entrer dans les cases.

Nous avons résisté. Nous avons dénoncé ces logiques destructrices. Et cela n’a fait qu’aggraver les tensions. Dire non à l’injonction gestionnaire, c’est rompre avec les jeux de connivence. C’est devenir suspect, voire illégitime.

Aujourd’hui, on nous demande : « Mais que vous reste-t-il de cette expérience, de cette fin ? » Derrière la question, une autre plus insidieuse : « Quelle part de responsabilité portez-vous dans cette issue ? Quelles ont été vos erreurs, vos manquements, vos angles morts ? »

Certains acteurs, qui auraient pu jouer un rôle de soutien ou de médiation, ont au contraire endossé la posture de l’évaluateur, du prescripteur, du garant de la norme. Plutôt que d’ouvrir un espace de reconnaissance ou de conflictualité constructive, ils ont réduit plus de dix années d’action à une fin compliquée, tendue, parfois violente. Dans l’après, la continuité institutionnelle du lieu a été organisée, en réintégrant des administrateurs que nous avions écartés pour des raisons éthiques, en facilitant le retour de certains salariés, en installant une nouvelle direction, en annotant et corrigeant nos choix de gouvernance, en instituant de nouvelles conditions . L’important semblait être de maintenir un centre social et un espace de vie sociale, peu importe les projets, les identités ou la ligne politique.

Il ne s’agit pas de nier les difficultés. Nous savons les lire, les analyser. Oui, dans notre volonté de tenir une ligne politique forte, nous avons parfois délaissé l’organisation interne. Oui, nous avons été moins présents dans l’accompagnement quotidien des équipes et du conseil d’administration. Les soutiens internes, fragilisés par les tensions, se sont peu à peu éteints. Et nous sommes restés, seuls, du côté d’un projet politique. Légitimes dans l’intention, mais isolés dans l’action. Nous avons tenu la ligne, sans toujours réussir à maintenir le lien.

Mais ce qu’il reste ne se résume pas à cela.

Il reste une expérience sociale et politique fondée sur les relations humaines, la confiance, la construction de communs.
Il reste des expérimentations de coopération et d’autogestion, modestes peut être mais puissantes.
Il reste un travail quotidien d’éducation populaire, une lutte constante contre les rapports de domination.
Il reste des temps de formation partagés entre habitants et salariés, des espaces de parole, d’élaboration, de transformation.
Il reste une politisation du travail éducatif, une mise en lumière de ses enjeux philosophiques, sociaux, existentiels.
Il reste des projets réellement émancipateurs, porteurs de sens et de vie.

Il reste aussi des parcours de réussite : des habitants et des salariés formés, diplômés et qualifiés, mais aussi nous-mêmes, en tant que professionnels engagés dans cette aventure collective : nous avons suivi des formations professionnelles, obtenu des Masters, la directrice a mené une thèse jusqu’à son aboutissement, obtenant son doctorat. Parce que penser, apprendre, se former faisait partie intégrante du projet politique que nous portions pour les autres, mais aussi pour nous-mêmes.

Il reste des relations profondes, des amitiés solides, tissées dans l’intensité de l’action et de l’engagement. Certaines demeurent encore aujourd’hui, au sein de l’équipe, parmi les habitants, et aussi dans nos vies respectives, au-delà du lieu.

Il reste la création de réseaux, d’alliances, de complicités politiques et pédagogiques construites au fil des années, avec d’autres acteurs de la transformation sociale.

Il reste un tissu de liens vivants, bien plus fort que les fonctions, les statuts ou les cadres institutionnels.

Il reste aussi des souvenirs puissants, des fêtes partagées, des éclats de rire, des moments de joie collective, de solidarité concrète, de lutte assumée.

Il reste des combats menés ensemble, avec leurs victoires, leurs traces, leur dignité.
Il reste une mobilisation populaire dans un quartier longtemps relégué, devenu espace de lutte, de dignité, de puissance d’agir.

Il reste la transformation d’un équipement municipal en un projet associatif porté, réfléchi, habité.
Il reste des enfants qui ont accédé à leurs droits.
Il reste une lutte contre les inégalités et les violences.
Il reste une gouvernance partagée, des décisions construites à plusieurs, des pratiques quotidiennes d’association entre bénévoles et professionnels.

Et il reste des savoirs : en gestion, en ressources humaines, en pédagogie, en philosophie, en sociologie… Des savoirs concrets, situés, politiques.

Alors, c’est évident : il reste bien plus que la fin.

Alors pourquoi toujours nous demander ce qu’il reste de la fin et ne pas mettre en lumière ce qu’il s’est passé pendant près de 15 ans ?

Et pourquoi nous faire porter seuls la responsabilité de la fin ?

Pourquoi ce besoin si pressant de trouver des coupables plutôt que de comprendre les dynamiques collectives à l’œuvre ? Est-ce plus simple de désigner quelques personnes que d’interroger les responsabilités partagées – celles des institutions qui nous ont pressurés, de certains partenaires qui nous ont attaqués après nous avoir soutenus, des instances qui se sont tues, des collègues qui se sont désengagés, des logiques de pouvoir qui traversent toutes les organisations, y compris les plus militantes ?

Nous avons assumé notre part. Nous savons ce que nous n’avons pas pu, pas su, ou plus voulu faire. Mais devons-nous porter seuls le poids de cette fin difficile, alors que tant d’autres facteurs (politiques, structurels, institutionnels) y ont contribué ?


Derrière cette injonction à faire le bilan, à rendre des comptes, ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement notre responsabilité, mais une certaine lecture du réel : une manière de lisser les conflits, de préserver les cadres existants, de maintenir l’ordre des choses.

Mais justement, notre projet visait autre chose.

Alors, pourquoi réduire cette expérience à son dernier chapitre ? Pourquoi ne retenir que l’effondrement et pas la construction ? Pourquoi ne pas reconnaître le travail, les expérimentations, les tentatives de rupture, les engagements, les transformations ?

Parce qu’il s’agit de sauver l’équipement centre social plutôt que le projet.

Il faut maintenir la façade, même si l’intérieur change de nature. Il faut pouvoir dire que ça continue, peu importe ce que ça devient. L’important, ce n’est pas la politique, c’est la continuité.

Mais à quoi bon un centre social s’il n’est plus qu’un gestionnaire de loisirs, une machine à occuper la population ? À quoi bon un centre social qui se conforme, s’aligne, applique, remplit, mesure ?


Un centre social sans projet politique, ce n’est plus un lieu d’émancipation. C’est un rouage du système.

Nous avons fait un autre choix. Celui de la fidélité à nos convictions. Celui de partir plutôt que de trahir.


Et ce qu’il reste, c’est cela : Une tentative. Une expérience. Un combat. Des savoirs. Une mémoire. Un exemple.

Et c’est bien plus que ce que veulent bien retenir celles et ceux qui ne voient que les ruines au lieu des fondations.

Et maintenant ?

Une autre question demeure. Elle ne concerne plus seulement notre départ. Elle concerne ce qui advient aujourd’hui.

Depuis les dernières élections municipales, la ville a changé de majorité politique. Après des décennies d’une municipalité issue de la gauche, c’est désormais l’extrême droite qui gouverne la commune.

Il y a là un paradoxe qui mérite d’être interrogé. Les dernières années de notre engagement ont été marquées par des tensions fortes avec une municipalité qui se réclamait pourtant d’une tradition de gauche. Les conflits furent réels, parfois violents. Les institutions partenaires qui finançaient le projet social ont, elles aussi, largement contribué à ces tensions, multipliant les injonctions, les remises en cause et les pressions qui ont participé à notre départ.

Quelques mois plus tard, avec l’arrivée d’une nouvelle direction et d’un nouveau conseil d’administration, les relations se sont rapidement apaisées. Les mêmes partenaires institutionnels, hier particulièrement critiques à l’égard de notre manière de conduire le projet, ont retrouvé une place centrale dans la vie de l’association. Ils sont redevenus des interlocuteurs privilégiés, des soutiens affichés du nouveau fonctionnement.

Il ne s’agit pas de regretter que des relations de confiance puissent se reconstruire. Une association a besoin de dialoguer avec ses partenaires. Mais cette rapidité interroge. Comment ceux qui étaient présentés comme les principaux contradicteurs du projet politique porté pendant quinze années ont-ils pu devenir, en si peu de temps, les partenaires les plus proches de la nouvelle gouvernance ?

Cette évolution dit peut-être quelque chose de plus profond. Les tensions ne portaient-elles finalement pas moins sur les personnes que sur le projet lui-même ? Ce qui semblait difficile à accepter n’était peut-être pas notre manière d’exercer nos fonctions, mais la ligne politique que nous défendions : une éducation populaire critique, conflictuelle lorsque cela était nécessaire, refusant de réduire le centre social à un opérateur de politiques publiques.

Si tel est le cas, alors la rupture dépasse largement notre départ. Elle concerne la place même que l’on accorde aujourd’hui à un centre social : partenaire docile des institutions ou acteur capable d’en discuter les orientations, d’en interroger les effets et, parfois, de leur résister.

Aujourd’hui, la situation est différente. Le centre social semble absent du récit municipal. Alors que la communication de la ville met largement en avant de nombreuses initiatives locales, les actions du centre social paraissent reléguées au second plan, comme si elles n’existaient plus. Est-ce un choix ? Une stratégie ? Une période d’observation ? Nous n’en savons rien.

À l’intérieur même de l’association, une forme d’attente semble s’être installée. Certains disent : « Pour le moment, tout va bien. Nous n’avons pas d’informations. On nous laisse tranquilles. » Comme si l’absence de conflit suffisait à produire un sentiment de sécurité. Comme si le silence devenait rassurant.

Mais le silence n’est jamais neutre.

Il peut être une manière de différer les affrontements. Il peut aussi être une façon d’installer progressivement une nouvelle normalité.

Pendant la campagne électorale, l’association est restée silencieuse. Elle n’a pris aucune position publique. Ce choix peut se comprendre au regard des équilibres institutionnels auxquels sont soumises les associations. Pourtant, il interroge.

Que signifie, pour une association d’éducation populaire, de ne rien dire lorsque l’extrême droite accède au pouvoir dans sa ville ? Jusqu’où la neutralité protège-t-elle ? À partir de quand devient-elle une forme de renoncement ?

L’éducation populaire n’a jamais consisté à accompagner les pouvoirs quels qu’ils soient. Elle consiste à développer l’esprit critique, à défendre les libertés, à lutter contre les rapports de domination, à permettre aux habitants de comprendre le monde pour pouvoir le transformer.

Cela n’impose pas de soutenir un parti contre un autre. Mais cela oblige peut-être à ne jamais oublier les valeurs sur lesquelles reposent ces projets : la démocratie, l’égalité, la solidarité, la dignité de toutes et tous.

Ce qui frappe aujourd’hui, c’est peut-être moins l’arrivée d’une nouvelle majorité que la manière dont chacun semble suspendre son jugement. Comme si tout le monde attendait de voir. Comme si le simple fait que rien ne se passe encore suffisait à conclure qu’il ne se passera rien.

Pourtant, l’histoire nous enseigne autre chose.

Ce n’est pas parce que les premières semaines semblent calmes que les transformations n’ont pas déjà commencé. Les évolutions politiques s’installent souvent dans les habitudes, les silences, les petites renonciations, les sujets que l’on cesse progressivement d’aborder.

Et pendant ce temps, un autre phénomène apparaît. Les anciens responsables politiques, qui manifestaient parfois peu d’intérêt pour le projet lorsqu’ils étaient aux responsabilités, prennent désormais publiquement la parole pour soutenir les actions du centre social. Comme si le changement de contexte rendait soudain visible ce qui paraissait auparavant aller de soi. Là encore, ce paradoxe mérite d’être pensé.

Nous ne savons pas comment cette histoire se terminera.

Peut-être que le centre social conservera son autonomie. Peut-être que les tensions ne viendront jamais. Peut-être aussi que les rapports entre pouvoir municipal et projet associatif évolueront autrement.

Mais faire comme si la question ne se posait pas ne la fait pas disparaître.

Un centre social n’est pas seulement un équipement de proximité. C’est un espace démocratique. Une association d’éducation populaire. Un lieu où l’on apprend à débattre, à comprendre, à résister aux simplifications et aux exclusions.

Lorsque ces lieux cessent de se poser des questions politiques, ils prennent le risque de devenir de simples opérateurs de services.

Et c’est peut-être là que commence leur véritable dépolitisation.

Au fond, qu’est-ce qui dérangeait ?

Une question continue de nous habiter.

Au fond, qu’est-ce qui était devenu si difficile à accepter ?

Était-ce notre manière de diriger ? Nos choix organisationnels ? Nos erreurs, que nous avons déjà reconnues ? Était-ce notre manière parfois exigeante de tenir une ligne politique ?

Ou bien le désaccord était-il plus profond ?

Car un fait demeure. Les partenaires institutionnels qui, pendant plusieurs années, ont contesté notre manière de conduire le projet, sont rapidement redevenus des partenaires privilégiés de l’association après notre départ. Les relations se sont apaisées. Les échanges se sont normalisés. Les mêmes acteurs qui exerçaient hier une forte pression sont aujourd’hui pleinement associés à la vie du projet.

Nous ne disons pas que cela est en soi condamnable. Une association a besoin de relations de confiance avec ses partenaires. Mais cette évolution pose une question : qu’est-ce qui a réellement changé ?

Les personnes ? Ou le projet ?

Étions-nous le problème ? Ou bien était-ce une certaine manière de concevoir un centre social ?

Pendant quinze ans, nous avons défendu l’idée qu’un centre social n’est pas seulement un équipement de proximité chargé de mettre en œuvre des dispositifs publics. Nous le pensions comme une association politique au sens noble du terme : capable de partir des habitants, de produire de la conflictualité lorsque les injustices l’exigent, d’interpeller les institutions, de défendre des positions parfois inconfortables, d’expérimenter d’autres manières de faire société.

Cette conception suppose une relation exigeante avec les financeurs. Non pas une opposition permanente, mais une autonomie réelle. La possibilité de dire oui, de dire non, de discuter, de contester lorsque cela paraît nécessaire.

Or, cette autonomie produit inévitablement des tensions. Elle oblige chacun à accepter le conflit démocratique. Elle rappelle qu’un financeur n’est pas propriétaire d’un projet associatif, pas plus qu’une association n’est le simple exécutant des politiques publiques.

Alors la question mérite d’être posée.

Les tensions que nous avons connues étaient-elles la conséquence de nos seuls choix ? Ou révélaient-elles une difficulté plus large à reconnaître l’autonomie politique des associations d’éducation populaire ?

Et si, finalement, ce qui est attendu d’un centre social n’était plus qu’il transforme la société, mais qu’il contribue à la gérer ?

Si tel est le cas, alors notre histoire dépasse largement notre propre parcours. Elle raconte peut-être une évolution plus générale : celle d’une éducation populaire progressivement invitée à devenir consensuelle, gestionnaire, évaluée sur sa capacité à répondre aux appels à projets plutôt qu’à faire émerger des conflits, des aspirations collectives et des transformations sociales.

C’est cette hypothèse que nous laissons ouverte. Non pour désigner des responsables, mais parce qu’elle nous semble plus féconde que la recherche de quelques coupables.

Car la véritable question n’est peut-être pas : « Pourquoi sont-ils partis ? »

Elle est peut-être : quelle place laisse-t-on encore, aujourd’hui, à des associations qui revendiquent une autonomie politique et une fonction de transformation sociale ?