{"id":2010,"date":"2025-07-17T11:33:44","date_gmt":"2025-07-17T09:33:44","guid":{"rendered":"https:\/\/christophepruvot.org\/?p=2010"},"modified":"2025-07-18T08:01:57","modified_gmt":"2025-07-18T06:01:57","slug":"demonter-le-capitalisme-pour-une-critique-radicale-des-valeurs-dominantes-et-en-finir-avec-la-neutralite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/2025\/07\/17\/demonter-le-capitalisme-pour-une-critique-radicale-des-valeurs-dominantes-et-en-finir-avec-la-neutralite\/","title":{"rendered":"D\u00e9monter le capitalisme : pour une critique radicale des valeurs dominantes et en finir avec la neutralit\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Avant propos.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Au-del\u00e0 des \u00e9tiquettes : penser depuis le commun, le social et le libertaire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il y a des mots qui font peur, des mots ab\u00eem\u00e9s, r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s, d\u00e9voy\u00e9s. Des mots qui, \u00e0 force d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 associ\u00e9s aux r\u00e9gimes autoritaires, aux bureaucraties \u00e9tatiques ou aux guerres id\u00e9ologiques, semblent aujourd\u2019hui inemployables. Le communisme, le socialisme, l\u2019anarchisme ou le libertaire font partie de ceux-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Mais ce texte ne parle pas d\u2019id\u00e9ologies d\u2019\u00c9tat, ni de programmes de partis. Il parle d\u2019une autre histoire, plus souterraine, plus vivante, plus indocile. Celle des communs, des solidarit\u00e9s populaires, des liens tiss\u00e9s dans les marges. Celle des gestes partag\u00e9s qui refusent l\u2019appropriation, qui font circuler le pouvoir, qui r\u00e9inventent les r\u00e8gles \u00e0 partir du bas.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Communisme, au sens du commun : non pas la confiscation, mais la mise en partage. Socialisme, au sens du social : non pas l\u2019administration du monde, mais la construction de rapports de coop\u00e9ration, de reconnaissance, de soutien mutuel. Libertaire, au sens de la libert\u00e9 r\u00e9elle : celle qui ne peut se penser sans \u00e9galit\u00e9, sans dignit\u00e9, sans \u00e9mancipation de toutes les formes de domination \u2013 \u00e9conomiques, racistes, patriarcales, institutionnelles.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce texte s\u2019inscrit dans cette lign\u00e9e-l\u00e0. Celle des luttes anonymes et des pratiques concr\u00e8tes. Celle des cabanes, des ZAD, des ateliers de rue, des coop\u00e9ratives, des cercles de parole et des foyers d\u2019accueil. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019on refait soci\u00e9t\u00e9 sans permission. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019on prend soin les uns des autres contre l\u2019indiff\u00e9rence des pouvoirs. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019on tient debout, ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Introduction g\u00e9n\u00e9rale.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Ce que le capitalisme fait aux esprits<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il est des emprises qui ne se voient plus tant elles fa\u00e7onnent notre mani\u00e8re m\u00eame de voir. Le capitalisme est de celles-l\u00e0. Il ne se contente pas d\u2019organiser l\u2019\u00e9conomie, de r\u00e9partir les richesses ou d\u2019orienter les politiques publiques. Il colonise nos imaginaires, infiltre nos affects, mod\u00e8le nos d\u00e9sirs et nos peurs. Il ne se dit pas toujours par des lois, des chiffres ou des institutions : il agit aussi \u00e0 travers des mots, des normes, des \u00e9vidences.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Dans le langage courant, il se glisse sous les apparences de la libert\u00e9, du progr\u00e8s, du m\u00e9rite ou de la r\u00e9ussite. Il transforme des choix politiques en n\u00e9cessit\u00e9s pr\u00e9tendument naturelles. Il fait passer pour neutres des rapports de pouvoir profond\u00e9ment in\u00e9galitaires. Et surtout, il installe en chacun de nous une mani\u00e8re de se juger, de juger les autres, de hi\u00e9rarchiser les vies.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">C\u2019est cette emprise symbolique, morale et id\u00e9ologique que ce texte entend d\u00e9monter. Car ce n\u2019est pas seulement un syst\u00e8me \u00e9conomique qu\u2019il faut critiquer, mais l\u2019ensemble des valeurs qui le soutiennent, qui le justifient, qui le rendent tol\u00e9rable. D\u00e9monter les valeurs du capitalisme, ce n\u2019est pas un exercice th\u00e9orique : c\u2019est un geste politique. Un acte de d\u00e9sob\u00e9issance intellectuelle et sensible. Une mani\u00e8re de rouvrir le champ des possibles. Et c\u2019est aussi une mani\u00e8re de travailler autrement dans les champs du social, de l\u2019\u00e9ducation et de l\u2019animation.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce travail se d\u00e9ploie en quatre mouvements : d\u2019abord, un d\u00e9voilement des dogmes fondateurs du capitalisme, tels qu\u2019ils sont formul\u00e9s et impos\u00e9s dans nos soci\u00e9t\u00e9s contemporaines. Ensuite, une s\u00e9rie de contre-valeurs, nourries par les pratiques d\u2019\u00e9mancipation, les luttes sociales et les cultures critiques. Puis, une attaque frontale de l\u2019id\u00e9ologie capitaliste, pour en mettre \u00e0 nu la violence structurelle. Enfin, une autre fa\u00e7on d\u2019aborder le travail social et \u00e9ducatif en refusant d\u2019\u00eatre neutre.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il ne s\u2019agit pas seulement de penser contre. Il s\u2019agit de penser depuis ailleurs. Depuis les marges, depuis les col\u00e8res, depuis les solidarit\u00e9s concr\u00e8tes. Depuis ce qui r\u00e9siste encore.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Partie 1 : Les valeurs cardinales du capitalisme &#8211; Entre dogmes et illusions<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Le capitalisme ne s&rsquo;impose pas seulement par des rapports de force, il s&rsquo;insinue dans les esprits, dans les langages, dans les habitudes. Il avance masqu\u00e9, par\u00e9 des habits de l&rsquo;\u00e9vidence. Il se donne comme nature alors qu&rsquo;il est culture, construction historique, choix politique. Cette premi\u00e8re partie propose de dresser un inventaire critique des piliers id\u00e9ologiques qui soutiennent le r\u00e9cit capitaliste : la propri\u00e9t\u00e9, le profit, le m\u00e9rite, l&rsquo;innovation&#8230; autant de notions pr\u00e9sent\u00e9es comme neutres et universelles, mais qui charrient en r\u00e9alit\u00e9 domination, exclusions et violences symboliques.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">La <strong>propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e<\/strong>, tout d&rsquo;abord, est pr\u00e9sent\u00e9e comme un droit fondamental, le fruit du travail personnel, l&rsquo;expression m\u00eame de la libert\u00e9. Pourtant, elle repose sur une histoire de d\u00e9possession, de confiscation des communs, de garantie par la force publique. Elle permet l&rsquo;accumulation des richesses et fonde des rapports sociaux in\u00e9galitaires : entre ceux qui poss\u00e8dent et ceux qui n&rsquo;ont que leur force de travail \u00e0 vendre.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Le <strong>profit<\/strong> est \u00e9rig\u00e9 en moteur de l&rsquo;\u00e9conomie. Il serait le prix du risque, la r\u00e9compense du travail bien fait. En r\u00e9alit\u00e9, il est un pr\u00e9l\u00e8vement sur le travail des autres, une extraction de valeur op\u00e9r\u00e9e par ceux qui poss\u00e8dent les moyens de production. \u00c0 travers lui, se cache une logique de spoliation l\u00e9galis\u00e9e qui justifie pr\u00e9carit\u00e9 et exploitation.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">L&rsquo;<strong>exploitation<\/strong>, qu&rsquo;on tait ou qu&rsquo;on renomme en partenariat, structure le salariat moderne. Le contrat de travail, soi-disant libre, dissimule une ali\u00e9nation quotidienne : l&rsquo;achat d&rsquo;un temps de vie, d&rsquo;une force humaine r\u00e9duite \u00e0 un co\u00fbt. Le capital ne produit rien par lui-m\u00eame. Ce sont les travailleuses et travailleurs qui cr\u00e9ent les richesses.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">La <strong>concurrence<\/strong> est pr\u00e9sent\u00e9e comme une \u00e9mulation positive. Elle serait gage d&rsquo;efficacit\u00e9 et d&rsquo;innovation. Mais elle est surtout une guerre permanente, une mise en ins\u00e9curit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, une logique de d\u00e9solidarisation. Elle engendre des perdants, des exclus, des logiques de d\u00e9classement permanentes.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Le <strong>m\u00e9rite<\/strong> permet de justifier l&rsquo;injustifiable. Si chacun r\u00e9ussit selon ses efforts, alors les perdants n&rsquo;ont qu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;en prendre \u00e0 eux-m\u00eames. C&rsquo;est l\u00e0 le c\u0153ur du mensonge m\u00e9ritocratique : nier les conditions de d\u00e9part, les dominations structurelles, les in\u00e9galit\u00e9s h\u00e9rit\u00e9es. Le m\u00e9rite est un masque moral qui naturalise les privil\u00e8ges.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">La <strong>r\u00e9ussite individuelle<\/strong> est pr\u00e9sent\u00e9e comme l&rsquo;horizon de toute vie. Elle se mesure \u00e0 l&rsquo;enrichissement, \u00e0 l&rsquo;ascension, \u00e0 la performance. Mais elle nie les solidarit\u00e9s, les trajectoires situ\u00e9es, les transmissions collectives. Elle isole et culpabilise ceux qui \u00ab\u00a0n&rsquo;y arrivent pas\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">La <strong>comp\u00e9tition<\/strong> est omnipr\u00e9sente : dans l&rsquo;\u00e9cole, dans le travail, dans la culture. Elle serait naturelle et stimulante. En r\u00e9alit\u00e9, elle d\u00e9truit les liens, g\u00e9n\u00e8re du stress, renforce les hi\u00e9rarchies. Elle est une m\u00e9thode de dressage social et de d\u00e9politisation des enjeux.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">L&rsquo;<strong>innovation<\/strong>, \u00e9rig\u00e9e en valeur en soi, est vant\u00e9e comme vecteur de progr\u00e8s. Mais elle est le plus souvent d\u00e9tourn\u00e9e vers la rentabilit\u00e9, la pr\u00e9carisation, la cr\u00e9ation de besoins artificiels. Elle est au service de la comp\u00e9titivit\u00e9, non de l&rsquo;utilit\u00e9 sociale.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">L\u2019<strong>entrepreneuriat (esprit d\u2019entreprise)<\/strong>, dans sa version n\u00e9olib\u00e9rale, devient un mod\u00e8le h\u00e9g\u00e9monique. L&rsquo;individu doit se vendre, se surpasser, se cr\u00e9er lui-m\u00eame. Cette valorisation de l&rsquo;autonomie masque en r\u00e9alit\u00e9 une grande fragilit\u00e9 : absence de protection, isolement, responsabilisation forc\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Le <strong>march\u00e9<\/strong> est pr\u00e9sent\u00e9 comme un m\u00e9canisme naturel, optimal, neutre. Mais il est un construit social, soutenu par l&rsquo;\u00c9tat, et porteur de logiques de marchandisation du vivant, d&rsquo;accaparement et d&rsquo;exclusion.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">L&rsquo;<strong>autonomie par le travail <\/strong>est valoris\u00e9e tant que ce travail est rentable. Pourtant, le salariat ne garantit ni stabilit\u00e9, ni reconnaissance, ni libert\u00e9. Le travail devient condition d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;existence sociale, et sa valeur est d\u00e9termin\u00e9e par le march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Enfin, la <strong>neutralit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9conomie<\/strong> est l&rsquo;une des grandes mystifications contemporaines. On nous dit que l&rsquo;\u00e9conomie est technique, d\u00e9politis\u00e9e, rationnelle. Mais elle est normative, construite, id\u00e9ologique. Elle masque des choix de soci\u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s comme n\u00e9cessit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Cette premi\u00e8re partie pose ainsi les bases d&rsquo;une critique des cat\u00e9gories dominantes du capitalisme. Il ne s&rsquo;agit pas simplement de les d\u00e9noncer, mais de les mettre \u00e0 nu, d&rsquo;en montrer les ressorts et les effets.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Partie 2 : Contre-discours aux valeurs capitalistes et n\u00e9olib\u00e9rales<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Face \u00e0 ces dogmes qui naturalisent les in\u00e9galit\u00e9s et masquent les dominations, il est n\u00e9cessaire de faire surgir des contre-discours, enracin\u00e9s dans les pratiques, les solidarit\u00e9s, les luttes. Il ne s&rsquo;agit pas seulement de d\u00e9noncer, mais de proposer : des alternatives concr\u00e8tes, d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, d\u00e9j\u00e0 vives, souvent invisibilis\u00e9es par les logiques dominantes.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Contre la <strong>propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e<\/strong>, on affirme le droit aux communs. Terres, savoirs, ressources, espaces doivent \u00eatre d\u00e9pos\u00e9s hors des logiques marchandes et g\u00e9r\u00e9s collectivement, de mani\u00e8re solidaire et d\u00e9mocratique. Il ne s&rsquo;agit plus de poss\u00e9der, mais de prendre soin, de partager, de transmettre.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Contre le <strong>profit<\/strong>, on d\u00e9fend la valeur d&rsquo;usage, le soin du vivant. Produire pour les besoins r\u00e9els, pas pour le march\u00e9. Valoriser ce qui soigne, ce qui relie, ce qui nourrit : tel devrait \u00eatre l&rsquo;horizon d&rsquo;une \u00e9conomie \u00e9mancip\u00e9e de la rentabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Contre l&rsquo;<strong>exploitation<\/strong>, on revendique un travail lib\u00e9r\u00e9, coop\u00e9ratif, choisi. Un travail qui transforme le monde et non les corps en ressources. Un travail gouvern\u00e9 d\u00e9mocratiquement, au service du bien commun.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Contre la <strong>concurrence<\/strong>, on construit des solidarit\u00e9s. Coop\u00e9rer, ce n&rsquo;est pas renoncer \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9, c&rsquo;est remettre le lien au c\u0153ur. Les pratiques collectives, les fonctionnements horizontaux, les dynamiques d&rsquo;\u00e9quipe deviennent les lieux d&rsquo;un autre rapport au monde.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Contre le <strong>m\u00e9rite<\/strong>, on affirme la justice sociale. R\u00e9duire les in\u00e9galit\u00e9s structurelles, compenser les dominations h\u00e9rit\u00e9es, soutenir les parcours fragilis\u00e9s : c&rsquo;est le sens d&rsquo;une v\u00e9ritable \u00e9galit\u00e9, fond\u00e9e sur la reconnaissance et la redistribution.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Contre la <strong>r\u00e9ussite individuelle<\/strong>, on valorise les cheminements partag\u00e9s. Personne ne se construit seul. La r\u00e9ussite devient solidaire lorsqu&rsquo;elle est arrim\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9mancipation collective, \u00e0 la dignit\u00e9 des plus pr\u00e9caires, \u00e0 la transmission entre g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Contre la <strong>comp\u00e9tition<\/strong>, on oppose l&rsquo;entraide. Dans la nature comme dans les groupes humains, c&rsquo;est la coop\u00e9ration qui assure la survie, la cr\u00e9ation, la joie. L&rsquo;entraide est un choix politique contre la division, un rem\u00e8de contre la solitude sociale.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Contre l&rsquo;<strong>innovation<\/strong> pour le march\u00e9, on fait vivre l&rsquo;invention sociale. L&rsquo;\u00e9ducation populaire, l&rsquo;\u00e9conomie solidaire, les pratiques de lutte inventent sans cesse de nouvelles formes de vivre, de produire, de d\u00e9cider. Cr\u00e9er contre, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 transformer.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Contre l&rsquo;<strong>esprit d&rsquo;entreprise<\/strong>, on revendique le pouvoir d&rsquo;agir collectif. Entreprendre, oui, mais ensemble. Non pas pour la comp\u00e9titivit\u00e9, mais pour faire advenir ce qui a du sens. L&rsquo;autogestion, la d\u00e9cision partag\u00e9e, l&rsquo;organisation solidaire sont les bases d&rsquo;une \u00e9mancipation r\u00e9elle.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Contre le <strong>march\u00e9<\/strong> comme r\u00e9gulateur supr\u00eame, on propose la planification d\u00e9mocratique. Produire ce qui est n\u00e9cessaire, en fonction des besoins et non des profits. Reprendre la main sur les choix \u00e9conomiques, sortir des injonctions d&rsquo;efficacit\u00e9 abstraite.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Contre l&rsquo;<strong>autonomie par le travail<\/strong>, on exige le droit \u00e0 l&rsquo;existence. Bernard Friot parle d&rsquo;un salaire \u00e0 vie : reconnaissance inconditionnelle de chacun comme contributeur \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. D\u00e9connecter revenu et emploi, c&rsquo;est lib\u00e9rer les capacit\u00e9s cr\u00e9atives et sociales de toutes et tous.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Contre la <strong>neutralit\u00e9 pr\u00e9tendue de l&rsquo;\u00e9conomie<\/strong>, on repolitise. Chaque d\u00e9cision \u00e9conomique est un choix de soci\u00e9t\u00e9. Qui produit ? Pour qui ? Comment ? Dans quel but ? Redonner au politique sa puissance, c&rsquo;est reprendre le pouvoir sur l&rsquo;\u00e9conomie.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ainsi se dessine une contre-h\u00e9g\u00e9monie. Non pas un simple refus, mais un projet. Non pas une utopie abstraite, mais des pratiques r\u00e9elles, incarn\u00e9es, partag\u00e9es. Ce sont elles qu&rsquo;il faut nommer, soutenir, multiplier.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Partie 3 : D\u00e9monter les valeurs dominantes. Une critique radicale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il ne suffit pas de proposer des alternatives : encore faut-il attaquer le c\u0153ur du r\u00e9acteur. Les valeurs du capitalisme ne sont pas neutres : elles construisent une vision du monde o\u00f9 l&rsquo;exploitation est logique, o\u00f9 l&rsquo;injustice est morale, o\u00f9 l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 devient vertu. Il est temps de les d\u00e9construire, de les exposer dans leur fonction politique : celle de maintenir l&rsquo;ordre \u00e9tabli en masquant les rapports de pouvoir qui le fondent.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">La <strong>propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e<\/strong>, pr\u00e9sent\u00e9e comme un droit naturel, est en fait une construction historique violente, fond\u00e9e sur l&rsquo;accaparement et la s\u00e9paration. Derri\u00e8re ce droit, il y a une id\u00e9ologie de l&rsquo;appropriation, une l\u00e9gitimation de l&rsquo;exclusion de celles et ceux qui n&rsquo;ont rien.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Le <strong>profit<\/strong> n&rsquo;est pas une r\u00e9compense, mais une captation. Il d\u00e9guise l&rsquo;exploitation en efficacit\u00e9, il maquille le vol en r\u00e9ussite. Il justifie licenciements, d\u00e9localisations, destruction \u00e9cologique. C&rsquo;est la glorification d&rsquo;une logique extractive.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">L&rsquo;<strong>exploitation<\/strong> est ni\u00e9e, rendue invisible, naturalis\u00e9e. Le contrat de travail masque un rapport d&rsquo;extorsion : obtenir plus que ce qu&rsquo;on donne. Le travail est capt\u00e9, d\u00e9possession des producteurs. La violence sociale est transform\u00e9e en normalit\u00e9 administrative.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">La <strong>concurrence<\/strong> est un outil de division. Elle fabrique de l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9, de la d\u00e9fiance, de la peur. Elle emp\u00eache la coop\u00e9ration, pousse \u00e0 l&rsquo;isolement, justifie les hi\u00e9rarchies. Ce n&rsquo;est pas un m\u00e9canisme neutre, c&rsquo;est une strat\u00e9gie de contr\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Le <strong>m\u00e9rite<\/strong> est un mensonge pratique. Il suppose une \u00e9galit\u00e9 de d\u00e9part qui n&rsquo;existe pas. Il culpabilise les domin\u00e9s, d\u00e9douane les dominants. C&rsquo;est l&rsquo;habillage moral de l&rsquo;ordre social, un masque qui emp\u00eache de penser les structures.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">La <strong>r\u00e9ussite individuelle<\/strong> est une injonction \u00e0 se conformer. Elle isole, \u00e9puise, d\u00e9politise. Elle transforme les solidarit\u00e9s en comp\u00e9tition, les d\u00e9sirs en performances. Elle emp\u00eache la joie partag\u00e9e, la r\u00e9ussite collective.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">La <strong>comp\u00e9tition<\/strong> est une \u00e9cole de la soumission. Elle dresse, classe, trie. Elle fabrique des perdants, pour qu&rsquo;il y ait des gagnants. Elle installe la peur comme r\u00e8gle de fonctionnement. Elle naturalise les dominations.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">L&rsquo;<strong>innovation<\/strong> est l&rsquo;alibi du capital. Elle n&rsquo;est pas neutre : elle est orient\u00e9e, gouvern\u00e9e par les int\u00e9r\u00eats du march\u00e9. Elle remplace, fragilise, contr\u00f4le. Elle n&rsquo;am\u00e9liore pas toujours : elle organise souvent la rentabilisation des vies.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">L&rsquo;<strong>esprit d&rsquo;entreprise<\/strong>, c&rsquo;est le cheval de Troie du n\u00e9olib\u00e9ralisme. Il individualise les responsabilit\u00e9s, efface les collectifs, d\u00e9truit les protections. L&rsquo;autonomie vant\u00e9e est en r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e9carit\u00e9. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e2ge du chacun pour soi sous injonction permanente.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Le <strong>march\u00e9 <\/strong>n&rsquo;est pas la main invisible, c&rsquo;est la matraque invisible. Il impose ses r\u00e8gles, d\u00e9truit les communs, soumet le vivant. Il est l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie d&rsquo;une logique d\u00e9politis\u00e9e, qui rend toute alternative impensable.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">L&rsquo;<strong>autonomie par le travail<\/strong> est un mirage. Le travail ne rend pas libre lorsqu&rsquo;il est subordonn\u00e9, prescrit, \u00e9valu\u00e9, fragment\u00e9. C&rsquo;est une mystification qui lie l&rsquo;existence \u00e0 la productivit\u00e9. C&rsquo;est une alibi pour enfermer dans la d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019emploi. Le travail, celui qui fait tourner le monde, ce n\u2019est pas celui des actionnaires, des cadres sup\u00e9rieurs ou des patrons qui d\u00e9l\u00e8guent : ce sont les mains, les corps, les pr\u00e9sences (ouvri\u00e8res, soignantes, \u00e9ducatives) qui portent, fabriquent, nettoient, accompagnent, nourrissent, soignent, enseignent. Ce sont elles et eux qui travaillent vraiment, souvent sans reconnaissance, sans pouvoir, sans r\u00e9pit.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Enfin, la <strong>neutralit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9conomie<\/strong> est une id\u00e9ologie. L&rsquo;\u00e9conomie est politique. Elle traduit des choix, des rapports de force, des int\u00e9r\u00eats dominants. La faire passer pour une science objective, c&rsquo;est interdire le d\u00e9bat, c&rsquo;est confisquer la d\u00e9mocratie.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>D\u00e9construire pour reconstruire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Les valeurs du capitalisme forment un r\u00e9cit. Ce r\u00e9cit justifie l&rsquo;ordre existant, culpabilise les domin\u00e9s, rend les dominations acceptables. D\u00e9monter ce r\u00e9cit, c&rsquo;est mettre \u00e0 jour les rapports de pouvoir, lib\u00e9rer l&rsquo;imaginaire, ouvrir des alternatives.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce n&rsquo;est pas qu&rsquo;une affaire d&rsquo;id\u00e9es, c&rsquo;est une lutte pour le sens. L&rsquo;\u00e9mancipation passe par des pratiques, des gestes, des solidarit\u00e9s. Elle se construit dans les marges, dans les failles, dans les refus. Elle s&rsquo;incarne dans les contre-cultures, les mouvements d&rsquo;\u00e9ducation populaire, les coop\u00e9ratives, les assembl\u00e9es de quartier.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Penser autrement, c&rsquo;est agir autrement. Refuser la fatalit\u00e9, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 inventer. Et dans ce travail de d\u00e9-construction, il y a d\u00e9j\u00e0 les briques d&rsquo;une reconstruction. Une reconstruction qui ne s\u2019appuie pas sur de vieilles utopies d\u2019\u00c9tat, mais sur des formes d\u2019engagement v\u00e9cues, ancr\u00e9es, collectives. C\u2019est l\u00e0 que les mots communisme, socialisme, libertaire retrouvent leur puissance : dans le commun \u00e0 d\u00e9fendre, dans le social \u00e0 construire, dans les libert\u00e9s \u00e0 arracher, jour apr\u00e8s jour, contre toutes les formes de domination.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Interlude r\u00e9flexif : Le capitalisme en nous. Pour une critique continue et incorpor\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il ne suffit pas de d\u00e9monter les logiques du capitalisme autour de nous. Il faut aussi apprendre \u00e0 les reconna\u00eetre en nous. Car ce syst\u00e8me ne r\u00e8gne pas seulement par l\u2019\u00e9conomie ou par la loi. Il habite nos pens\u00e9es, nos r\u00e9flexes, nos d\u00e9sirs. Il mod\u00e8le notre rapport au temps, \u00e0 l\u2019autre, \u00e0 nous-m\u00eames. Il est ext\u00e9rieur, mais aussi int\u00e9rieur. Il est syst\u00e8me, mais aussi habitus.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Nous avons int\u00e9rioris\u00e9 des cat\u00e9gories, des valeurs, des normes qui nous poussent \u00e0 nous conformer, \u00e0 nous juger, \u00e0 nous adapter. Combattre le capitalisme, c\u2019est aussi refuser ce dressage psychique.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il y a tant d\u2019autres notions, tant d\u2019autres concepts, qui m\u00e9ritent une critique radicale&nbsp; parce qu\u2019ils nous tiennent et nous gouvernent :<\/p>\n\n\n\n<ul style=\"text-transform:none\" class=\"wp-block-list\">\n<li>Le progr\u00e8s : \u00e9rig\u00e9 en dogme, il justifie tout bouleversement au nom de l\u2019avenir. Mais quel avenir ? Celui des profits, de la destruction \u00e9cologique, de la surveillance num\u00e9rique ?<\/li>\n\n\n\n<li>Le rendement : l\u2019id\u00e9e que toute activit\u00e9 doit produire davantage, plus vite, plus fort. Ce culte de l\u2019efficacit\u00e9 quantitative vide les actes de leur sens, \u00e9puise les corps, d\u00e9truit les liens.<\/li>\n\n\n\n<li>La libert\u00e9 individuelle : r\u00e9duite au droit de consommer, de choisir seul, d\u2019agir sans \u00e9gard pour l\u2019autre. Une libert\u00e9 sans solidarit\u00e9, une libert\u00e9 antisociale.<\/li>\n\n\n\n<li>La libert\u00e9 de choix individuelle : qui masque les d\u00e9terminismes sociaux. Choisit-on vraiment de r\u00e9ussir ou d\u2019\u00e9chouer quand on na\u00eet assign\u00e9, discrimin\u00e9, paup\u00e9ris\u00e9 ?<\/li>\n\n\n\n<li>Le r\u00f4le limit\u00e9 des pouvoirs publics : qui fait passer pour naturel l\u2019abandon des services publics, des protections sociales, de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Une logique de d\u00e9mant\u00e8lement maquill\u00e9e en rationalit\u00e9.<\/li>\n\n\n\n<li>La comp\u00e9titivit\u00e9 : cette obsession qui transforme chaque relation en rivalit\u00e9, chaque structure en machine \u00e0 se vendre, chaque territoire en vitrine.<\/li>\n\n\n\n<li>L\u2019efficacit\u00e9 : toujours mesur\u00e9e en termes de r\u00e9sultats imm\u00e9diats, jamais en termes de justice, de sens, de bien-\u00eatre. Une efficacit\u00e9 d\u00e9connect\u00e9e du vivant.<\/li>\n\n\n\n<li>La croissance \u00e9conomique : horizon ind\u00e9passable. Peu importe qu\u2019elle d\u00e9truise la plan\u00e8te, si elle fait monter les indicateurs.<\/li>\n\n\n\n<li>La performance : mythe moderne. Se d\u00e9passer, s\u2019optimiser, s\u2019auto-\u00e9valuer. Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement, la d\u00e9pression, l\u2019oubli de soi.<\/li>\n\n\n\n<li>La rentabilit\u00e9 : le crit\u00e8re supr\u00eame. Ce qui ne rapporte pas ne vaut rien : les relations, les fragilit\u00e9s, les solidarit\u00e9s.<\/li>\n\n\n\n<li>L\u2019accumulation du capital : pr\u00e9sent\u00e9e comme un moteur de prosp\u00e9rit\u00e9. Mais pour qui ? Et \u00e0 quel prix ? L\u2019accumulation pour les uns, c\u2019est la d\u00e9possession pour les autres.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ces valeurs ne sont pas neutres. Elles orientent nos vies, nos institutions, nos m\u00e9tiers. Elles forgent un monde o\u00f9 tout est calcul, o\u00f9 le lien est remplac\u00e9 par l\u2019\u00e9change, o\u00f9 la dignit\u00e9 est conditionn\u00e9e par la productivit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Et elles s\u2019impriment en nous : dans notre fatigue \u00e0 toujours vouloir bien faire, dans notre culpabilit\u00e9 quand on ralentit, dans notre peur de ne pas \u00eatre \u00e0 la hauteur. Elles nourrissent l\u2019auto-surveillance, l\u2019auto-\u00e9valuation, l\u2019auto-exploitation.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il faut attaquer le capitalisme comme syst\u00e8me, mais aussi comme force qui fa\u00e7onne nos mani\u00e8res d\u2019\u00eatre, de penser, de ressentir. Refuser la logique de l\u2019optimisation, de la productivit\u00e9, du contr\u00f4le. S\u2019autoriser l\u2019imperfection, la d\u00e9croissance, la gratuit\u00e9. Revenir au lien, \u00e0 la pr\u00e9sence, au soin.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il faut d\u00e9coloniser nos esprits. Se d\u00e9prendre du besoin d\u2019\u00eatre utile, performant, rentable. D\u00e9sarmer les injonctions. R\u00e9apprendre \u00e0 habiter nos pratiques autrement.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Nous pouvons faire tant de choses :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul style=\"text-transform:none\" class=\"wp-block-list\">\n<li>Cr\u00e9er des espaces o\u00f9 l\u2019on peut se d\u00e9faire des r\u00f4les impos\u00e9s, sortir des cases, \u00e9chapper aux identit\u00e9s norm\u00e9es, o\u00f9 l\u2019on peut penser sans devoir produire, parler sans devoir convaincre, exister sans devoir justifier.<\/li>\n\n\n\n<li>Pratiquer le sabotage doux : ralentir, d\u00e9tourner, ironiser, d\u00e9serter les logiques absurdes.<\/li>\n\n\n\n<li>Soutenir les gestes de d\u00e9sob\u00e9issance : p\u00e9dagogiques, professionnels, intimes.<\/li>\n\n\n\n<li>D\u00e9ployer des contre-rituels : assembl\u00e9es, discussions, cr\u00e9ations collectives qui font \u00e9merger une autre mani\u00e8re d\u2019\u00eatre au monde.<\/li>\n\n\n\n<li>Travailler en r\u00e9seau avec d\u2019autres qui r\u00e9sistent. Faire masse. Partager les outils critiques. S\u2019encourager \u00e0 tenir.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Partie 4 : Lutter contre le capitalisme est un devoir \u00e9thique, politique et professionnel<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Compl\u00e9ter la critique pour nommer l\u2019adversaire. Apr\u00e8s avoir d\u00e9crit de l\u2019int\u00e9rieur ce que produit l\u2019institution lorsqu\u2019elle aligne, neutralise et d\u00e9saffilie, il est n\u00e9cessaire d\u2019\u00e9largir le regard. Car au-del\u00e0 des logiques propres aux collectivit\u00e9s, aux structures ou aux politiques publiques, c\u2019est un syst\u00e8me global qui infiltre, normalise, fa\u00e7onne : le capitalisme et ses discours. Ce texte propose de le nommer, de le d\u00e9monter, et d\u2019affirmer une posture professionnelle engag\u00e9e et situ\u00e9e \u00e0 rebours des injonctions \u00e0 la neutralit\u00e9. Car dans nos m\u00e9tiers, ne pas lutter, c\u2019est collaborer.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il y a des mots qu\u2019il faut remettre sur la table, m\u00eame s\u2019ils d\u00e9rangent. Surtout s\u2019ils d\u00e9rangent. Capitalisme. Domination. Neutralit\u00e9. Exploitation. Il faut les dire, les nommer, les faire r\u00e9sonner dans les salles des centres sociaux, dans les formations d\u2019\u00e9ducateurs, dans les r\u00e9unions d\u2019\u00e9quipes, dans les ateliers d\u2019\u00e9criture ou dans les accueils de rue. Parce qu\u2019ils d\u00e9signent le r\u00e9el. Et que notre boulot, justement, c\u2019est de partir de l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Quand on travaille dans l\u2019\u00e9ducation populaire, dans l\u2019animation socioculturelle, dans le champ social ou dans la p\u00e9dagogie sociale, on n\u2019est pas neutre. On est du c\u00f4t\u00e9 de celles et ceux que le syst\u00e8me laisse de c\u00f4t\u00e9, fracture, culpabilise ou broie. On travaille avec les domin\u00e9\u00b7es, pas au-dessus d\u2019eux. Et si l\u2019on veut faire autre chose que du contr\u00f4le social d\u00e9guis\u00e9, il faut avoir le courage de dire ce qui organise les dominations : le capitalisme, ses logiques, ses discours.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Le capitalisme comme p\u00e9dagogie de la soumission<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Le capitalisme n\u2019est pas qu\u2019un syst\u00e8me \u00e9conomique. C\u2019est une machine \u00e0 produire de l\u2019id\u00e9ologie. Une fabrique de r\u00e9cits qui se glissent dans nos t\u00eates, nos institutions, nos formations, nos manuels de projet. Il nous apprend que r\u00e9ussir, c\u2019est monter. Que si tu gal\u00e8res, c\u2019est que tu n\u2019as pas assez voulu. Que ce qui compte, c\u2019est la rentabilit\u00e9, l\u2019innovation, le m\u00e9rite. Que tout se mesure. Que tout s\u2019ach\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Or dans notre m\u00e9tier, on sait. On voit. On accompagne les vies ab\u00eem\u00e9es par cette logique. Les enfants rendus invisibles par la comp\u00e9tition scolaire. Les parents humili\u00e9s par France Travail ou disqualifi\u00e9s dans les commissions. Les jeunes \u00e0 qui l\u2019on propose des projets qui ressemblent plus \u00e0 des exercices d\u2019ob\u00e9issance qu\u2019\u00e0 de vraies \u00e9mancipations. Et il faudrait qu\u2019on fasse comme si tout cela \u00e9tait neutre ?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>La neutralit\u00e9 est un mensonge professionnel<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Non, la neutralit\u00e9 n\u2019est pas une posture professionnelle. C\u2019est un masque. Un pi\u00e8ge. Une mani\u00e8re de taire les rapports de pouvoir au nom d\u2019une pr\u00e9tendue objectivit\u00e9. Mais en \u00e9ducation, dans le soin, dans l\u2019accompagnement, il n\u2019y a pas de position neutre. Il n\u2019y a que des postures assum\u00e9es ou des renoncements travestis.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">La neutralit\u00e9, c\u2019est ce que le pouvoir demande quand il ne veut pas qu\u2019on pense. Quand il veut qu\u2019on applique, qu\u2019on aligne, qu\u2019on ex\u00e9cute. C\u2019est la langue du management, de l\u2019administration, du consensus. C\u2019est l\u2019outil du maintien de l\u2019ordre social. Et dans les m\u00e9tiers du lien, elle fait des ravages. Parce qu\u2019elle emp\u00eache de nommer les injustices, de soutenir les col\u00e8res, de construire des solidarit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Dire qu\u2019on est neutre quand une m\u00e8re gal\u00e8re \u00e0 boucler ses courses, quand un ado se fait harceler par la police, quand un service se vide de son sens sous les logiques de performance, ce n\u2019est pas \u00eatre professionnel : c\u2019est \u00eatre complice.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Travailler, c\u2019est r\u00e9sister<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Faire de l\u2019\u00e9ducation populaire, ce n\u2019est pas animer le vivre-ensemble. Ce n\u2019est pas proposer des activit\u00e9s ou mobiliser les habitants autour d\u2019un diagnostic partag\u00e9. C\u2019est ouvrir des espaces pour que les gens pensent leur condition, leur histoire, leur pouvoir. C\u2019est redonner du sens \u00e0 des mots comme dignit\u00e9, solidarit\u00e9, conflit, transformation.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Faire du travail social, ce n\u2019est pas ins\u00e9rer des gens dans un syst\u00e8me injuste. C\u2019est soutenir leurs tentatives de survivre, de tenir, de cr\u00e9er du lien malgr\u00e9 tout. C\u2019est s\u2019appuyer sur leurs forces, leurs col\u00e8res, leurs r\u00eaves. C\u2019est refuser de devenir un rouage du contr\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Faire de la p\u00e9dagogie sociale, ce n\u2019est pas r\u00e9inventer des outils, c\u2019est pratiquer autrement, \u00e0 hauteur d\u2019humanit\u00e9. C\u2019est affirmer que le savoir est relationnel, que l\u2019autorit\u00e9 peut \u00eatre partag\u00e9e, que le soin est politique.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Alors non, on ne peut pas faire tout \u00e7a en faisant mine de ne pas voir que tout est travers\u00e9 par la logique capitaliste : l\u2019injonction \u00e0 produire des chiffres, \u00e0 lisser les discours, \u00e0 rentabiliser les temps, \u00e0 \u00e9valuer les personnes, \u00e0 fragmenter les vies. Refuser de critiquer ce syst\u00e8me, c\u2019est le faire fonctionner.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Le refus comme point de d\u00e9part<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Nous devons retrouver le sens du refus. Refuser de parler la langue de la novlangue gestionnaire. Refuser de confondre projet et commande. Refuser de laisser les personnes dans des cases. Refuser de jouer le jeu d\u2019un mod\u00e8le qui hi\u00e9rarchise les existences.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce refus, il est professionnel, politique, vital. Il est ce qui nous relie \u00e0 toutes les luttes&nbsp; : celles des travailleurs sans papiers, des \u00e9ducateurss pr\u00e9caires, des m\u00e8res isol\u00e9es, des jeunes des quartiers populaires, des collectifs f\u00e9ministes ou antiracistes. Parce qu\u2019on travaille avec eux, pas pour eux, on travaille ensemble. Parce qu\u2019on est concern\u00e9, pas ext\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Construire depuis les marges<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Alors oui, il faut le dire clairement : travailler dans le social, dans l\u2019\u00e9ducation populaire, dans l\u2019animation, c\u2019est choisir son camp. C\u2019est travailler contre le capitalisme, parce qu\u2019il d\u00e9shumanise. C\u2019est construire depuis les marges, parce que c\u2019est l\u00e0 que s\u2019inventent d\u2019autres possibles. C\u2019est s\u2019engager dans les conflits, parce que la d\u00e9mocratie ne vit que du d\u00e9saccord, du conflit, des luttes.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">On ne fait pas juste des m\u00e9tiers de l\u2019humain. On fait des m\u00e9tiers politiques. Et il est temps d\u2019en assumer le sens.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Conclusion g\u00e9n\u00e9rale.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Penser, refuser, construire : tenir depuis les marges<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce que ce texte cherche \u00e0 dire ensemble, c\u2019est qu\u2019on ne peut plus faire semblant.<br>Faire semblant d\u2019agir alors que tout est verrouill\u00e9. Faire semblant d\u2019\u00eatre neutre alors que tout est politique. Faire semblant de r\u00e9pondre \u00e0 des besoins alors que les causes sont structurelles, syst\u00e9miques, fabriqu\u00e9es.<br>Le capitalisme infiltre nos institutions, nos langages, nos pratiques. Il colonise les imaginaires, impose ses mots, ses normes, ses logiques. Il fabrique de la r\u00e9signation, de la culpabilit\u00e9, de l\u2019impuissance.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Et pourtant, partout, il y a des failles. Des marges. Des refus. Des gestes qui d\u00e9vient, des personnes qui tiennent, des collectifs qui inventent. C\u2019est l\u00e0 que nous pouvons encore habiter nos m\u00e9tiers. C\u2019est l\u00e0 que nous pouvons penser, ensemble, ce que signifie travailler avec les autres sans les administrer, sans les r\u00e9duire, sans les aligner.<br>C\u2019est l\u00e0 que se joue l\u2019\u00e9ducation populaire comme acte politique.<br>C\u2019est l\u00e0 que la p\u00e9dagogie sociale retrouve son sens : non pas une m\u00e9thode de plus, mais une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre au monde, de faire lien, de construire du commun l\u00e0 o\u00f9 tout pousse \u00e0 l\u2019isolement.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Refuser les logiques dominantes, ce n\u2019est pas se marginaliser. C\u2019est tenir dans les failles, hors des institutions dominantes. C\u2019est reconna\u00eetre qu\u2019on ne changera pas l\u2019institution de l\u2019int\u00e9rieur, mais qu\u2019on peut y cr\u00e9er des br\u00e8ches, y soutenir les r\u00e9sistances, y accompagner les r\u00e9voltes discr\u00e8tes, les luttes radicales et la joie militante.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avant propos. Au-del\u00e0 des \u00e9tiquettes : penser depuis le commun, le social et le libertaire Il y a des mots qui font peur, des mots ab\u00eem\u00e9s, r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s, d\u00e9voy\u00e9s. Des mots qui, \u00e0 force d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 associ\u00e9s aux r\u00e9gimes autoritaires, aux bureaucraties \u00e9tatiques ou aux guerres id\u00e9ologiques, semblent aujourd\u2019hui inemployables. 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