{"id":2004,"date":"2025-07-17T11:30:04","date_gmt":"2025-07-17T09:30:04","guid":{"rendered":"https:\/\/christophepruvot.org\/?p=2004"},"modified":"2025-07-17T11:58:40","modified_gmt":"2025-07-17T09:58:40","slug":"un-centre-social-insoumis-lieu-de-vie-de-lutte-et-de-transformation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/2025\/07\/17\/un-centre-social-insoumis-lieu-de-vie-de-lutte-et-de-transformation\/","title":{"rendered":"UN CENTRE SOCIAL INSOUMIS : LIEU DE VIE, DE LUTTE ET DE TRANSFORMATION"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Une proposition pour un centre social global et int\u00e9gral, vivant, politique et inconditionnel.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><em>Par Christophe Pruvot<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce texte est une prise de parole. Une mise en mot d\u2019un v\u00e9cu. Une tentative de dire ce que nous faisons, ce que nous portons, ce que nous d\u00e9fendons. Nous p\u00e9dagogues sociaux et \u00e9ducateurs populaires.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><br>Il est n\u00e9 dans l\u2019exp\u00e9rience concr\u00e8te d\u2019un travail social et \u00e9ducatif men\u00e9 dans les quartiers populaires. Il est travers\u00e9 par une col\u00e8re sourde, une esp\u00e9rance t\u00eatue, une volont\u00e9 de rester fid\u00e8le \u00e0 ce qui fait sens.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Nous y posons une expression : centre social global et int\u00e9gral. C\u2019est notre vision du centre social.<br>Elle n\u2019est pas issue d\u2019un cahier des charges. Elle ne vient pas d\u2019un mod\u00e8le \u00e0 dupliquer. Elle vient d\u2019une pratique, d\u2019une pens\u00e9e en acte, d\u2019une r\u00e9sistance quotidienne.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Par global, nous affirmons une vision qui refuse les silos, les d\u00e9coupages institutionnels, les cases : un centre qui agit dans la totalit\u00e9 de la vie sociale, sans r\u00e9duire les personnes \u00e0 des statuts, des \u00e2ges, des dispositifs.<br>Par int\u00e9gral, nous d\u00e9signons un centre qui prend en compte la personne dans toutes ses dimensions : affective, sociale, politique, culturelle. Un lieu qui accueille sans condition, qui tient dans le temps, qui relie et transforme.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Un centre social global et int\u00e9gral, c\u2019est un espace de vie et de lutte, d\u2019accueil et de conflictualit\u00e9, de soin et de politique.<br>C\u2019est un projet qui s\u2019ancre dans la p\u00e9dagogie sociale, dans l\u2019\u00e9ducation populaire, dans une \u00e9thique de la relation.<br>C\u2019est un commun \u00e0 d\u00e9fendre, un pari sur l\u2019humain, une folie n\u00e9cessaire dans un monde qui disloque, trie, contr\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce texte n\u2019est pas un plaidoyer neutre.<br>Il est situ\u00e9, habit\u00e9, subjectif. Il parle depuis le terrain, depuis les quartiers, depuis le lien.<br>Il dit ce que peut un centre social quand il refuse de se soumettre aux logiques gestionnaires, quand il choisit d\u2019\u00eatre aux c\u00f4t\u00e9s des gens, quand il invente d\u2019autres mani\u00e8res de faire soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>PARTIE 1 : Un centre social global et int\u00e9gral : pour une politique du quotidien, une praxis \u00e9ducative et une radicalit\u00e9 sociale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Nous ne voulons pas g\u00e9rer la mis\u00e8re, nous voulons la combattre.<br>Le centre social global et int\u00e9gral n\u2019est pas un lieu. C\u2019est une lutte. Ce n\u2019est pas un b\u00e2timent, c\u2019est une pr\u00e9sence. Ce n\u2019est pas un programme, c\u2019est une promesse. Une promesse tenue. Une promesse faite aux invisibles, aux pr\u00e9caires, aux rel\u00e9gu\u00e9s. Une promesse faite \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 toute enti\u00e8re : celle de ne pas se r\u00e9signer, celle de ne pas trier, celle de refuser la norme impos\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Nous ne voulons plus faire avec ce qui reste, pour ceux qui s\u2019en sortent, dans le cadre de ce qui est possible. Nous voulons une action sociale int\u00e9grale, parce que la violence sociale est totale. Elle traverse les corps, les papiers, les guichets, les repas, les logements, les esprits.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Socialiser le monde, r\u00e9parer les liens<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Le mot est ancien, parfois galvaud\u00e9. Mais il est juste. Il faut socialiser. Socialiser les repas, les soins, les apprentissages. Reprendre ce que le n\u00e9olib\u00e9ralisme a \u00e9clat\u00e9, individualis\u00e9, marchandis\u00e9. Redonner du sens l\u00e0 o\u00f9 tout est compt\u00e9. Socialiser, c\u2019est refuser de laisser les existences entre les mains d\u2019une logique gestionnaire, d\u2019un logiciel manag\u00e9rial, d\u2019un discours d\u00e9politis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">C\u2019est en ce sens que le centre social global et int\u00e9gral devient un outil politique. Pas un service. Pas une plateforme. Pas une case dans la cartographie des dispositifs. Un outil entre les mains des habitants pour se rencontrer, pour comprendre, pour agir.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Inconditionnalit\u00e9 : pas de condition, pas de case, pas de contr\u00f4le<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">L\u2019accueil y est inconditionnel. Radicalement inconditionnel. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019on y entre sans CV, sans dossier, sans adh\u00e9sion obligatoire. On y entre comme on est. Et on y est accueilli pour ce qu\u2019on est. Pas pour ce qu\u2019on pourrait \u00eatre si on se comportait bien, si on m\u00e9ritait, si on correspondait.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">L\u2019hospitalit\u00e9 est le c\u0153ur battant du projet. On y croise des enfants qui jouent avec des retrait\u00e9s. Des parents qui cuisinent avec des jeunes. Des professionnels qui sont aussi b\u00e9n\u00e9voles. Des personnes qui pleurent et des personnes qui rient. Il n\u2019y a pas de guichet. Il y a des regards, des mots, des gestes. Il y a des tapis pos\u00e9s dans la rue. Il y a des nattes d\u2019accueil qui ne ferment jamais.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>L\u2019\u00e9ducatif est politique. Le social est conflictuel. Le quotidien est r\u00e9volutionnaire.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce lieu de vie partag\u00e9e ne craint pas le d\u00e9sordre. Il l\u2019organise. Il le transforme. Il s\u2019inscrit dans une d\u00e9marche de p\u00e9dagogie sociale, qui refuse les murs, les seuils, les statuts. L\u2019action \u00e9ducative y est pens\u00e9e comme une relation, comme une alliance, comme une recherche. Une recherche-action habit\u00e9e, situ\u00e9e, imbriqu\u00e9e, o\u00f9 chaque moment est un moment politique.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">On n\u2019\u00e9duque pas \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du monde. On \u00e9duque dans le monde, contre ce qui l\u2019ab\u00eeme, pour ce qui le rend habitable. Nos pratiques ne sont pas des accompagnements vers l\u2019autonomie, mais des invitations \u00e0 la transformation. Pas des services, mais des actes de r\u00e9bellion douce, joyeuse, collective.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Un projet politique incarn\u00e9 dans les pratiques : la d\u00e9mocratie du faire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Un centre social global et int\u00e9gral, c\u2019est aussi une exp\u00e9rimentation politique vivante. Une fabrique de d\u00e9mocratie du quotidien. Les habitants y prennent des responsabilit\u00e9s, pas parce qu\u2019on les y autorise, mais parce qu\u2019ils s\u2019en saisissent. Les d\u00e9cisions se prennent au milieu des discussions, dans la cuisine, dans les ateliers, dans la rue. Il n\u2019y a pas de s\u00e9paration entre les temps formels et les temps informels. Il y a de la confiance. De la confiance en l\u2019autre, dans sa capacit\u00e9 \u00e0 dire, \u00e0 faire, \u00e0 choisir.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">C\u2019est un projet de territoire qui ne s\u2019adapte pas \u00e0 ce qui est. Il transforme. Il interroge les formes de pouvoir, de gestion, de savoir. Il produit de la pens\u00e9e. Il produit de la conflictualit\u00e9. Il r\u00e9habilite le d\u00e9bat. Il rejette la neutralit\u00e9. Il affirme ses valeurs. Il assume ses contradictions.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Une philosophie politique en actes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce type de lieu ne triche pas sur ce qu\u2019il est : une tentative politique d\u2019habiter autrement le monde. Il prend appui sur des penseurs comme Freire, Freinet, Spinoza, Arendt, Butler, Korzak, Radlinska, Gramsci, Bourdieu, Winnicott, Maurel pour \u00e9clairer l\u2019agir \u00e9ducatif et social. Mais il ne reste pas dans les livres. Il les met en actes. Il fait de chaque jour un chapitre, de chaque atelier une hypoth\u00e8se, de chaque rencontre une d\u00e9monstration.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il est fragile. Il est instable. Parce qu\u2019il est vivant. Parce qu\u2019il prend le risque du commun. Parce qu\u2019il refuse la logique du projet comme conformit\u00e9. Il pr\u00e9f\u00e8re la d\u00e9marche comme transformation. Il n\u2019est pas neutre. Il est situ\u00e9. Il est aux c\u00f4t\u00e9s des opprim\u00e9s, des domin\u00e9\u00b7es, des oubli\u00e9\u00b7es. Il est avec, jamais au-dessus.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Durer pour r\u00e9sister, r\u00e9sister pour construire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Un tel espace est une utopie incarn\u00e9e. Une pratique critique. Un espace de luttes. Une zone \u00e0 d\u00e9fendre. Il ne demande pas la permission pour exister. Il se sait menac\u00e9 par les logiques n\u00e9olib\u00e9rales, par les normes CAF, par les grilles d\u2019\u00e9valuation, par les appels \u00e0 projets absurdes. Mais il tient. Il dure. Parce qu\u2019il est n\u00e9cessaire. Parce qu\u2019il offre une boussole \u00e0 celles et ceux qui ne veulent pas se contenter d\u2019am\u00e9nager les ruines.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Tenir depuis les marges. R\u00e9sister avec les autres. Fabriquer un monde habitable. Voil\u00e0 ce que fait, ce que cherche, ce que r\u00eave un centre social int\u00e9gral.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>PARTIE 2 : Le centre social global et int\u00e9gral : pour une politique vivante du commun, de l&rsquo;accueil et de la transformation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Un centre social global et int\u00e9gral, ce n\u2019est pas un outil de la politique sociale. Ce n\u2019est pas un service. Ce n\u2019est pas une offre. Ce n\u2019est m\u00eame pas un projet au sens administratif du terme. C\u2019est un lieu qui s\u2019ouvre, un lien qui se tisse, un geste qui s\u2019engage, un territoire qui s\u2019habite autrement. Un espace commun, accueillant, indisciplin\u00e9, affectif, ouvert, politique.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce type de centre social est un refuge dans un monde travers\u00e9 par les logiques d\u2019exclusion, de performance et de tri. Il est aussi un point d\u2019appui pour la lutte, un lieu qui redonne de la consistance \u00e0 la vie quotidienne, de la stabilit\u00e9 dans un monde qui fragilise, de la continuit\u00e9 dans un environnement disloqu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Libre adh\u00e9sion, libre circulation, libre initiative : faire confiance au mouvement<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce centre social repose sur une logique de libert\u00e9 : libert\u00e9 d\u2019entrer, de sortir, de rester, de proposer, de ne rien faire, de recommencer.<br>C\u2019est une libre adh\u00e9sion dans tous les sens du terme : on n\u2019impose ni projet, ni comportement, ni attentes. On ne conditionne pas la participation \u00e0 une adh\u00e9sion formelle, on ne la monnaye pas. On vient parce qu\u2019on y trouve quelque chose : une parole qui ne juge pas, un espace qui accueille, un collectif qui \u00e9coute.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">La libre circulation est la marque d\u2019un lieu r\u00e9ellement habit\u00e9, pas cloisonn\u00e9. Les enfants passent des jeux au go\u00fbter, les adultes d\u2019un coup de main en cuisine \u00e0 une r\u00e9union spontan\u00e9e. On ne compartimente pas les \u00e2ges, les activit\u00e9s, les statuts. On ne surveille pas les passages. On les c\u00e9l\u00e8bre.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">La libre initiative n\u2019est pas un slogan, c\u2019est un principe d\u2019action. On n\u2019attend pas que les gens aient des projets : on agit avec eux, \u00e0 partir d\u2019eux, dans ce qui \u00e9merge. Une id\u00e9e ? On la tente. Un besoin ? On s\u2019en occupe. Un probl\u00e8me ? On l&rsquo;affronte ensemble. On part du r\u00e9el, sans attendre de validation, de cadrage, de l\u00e9gitimation externe.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Stabilit\u00e9 et non-sp\u00e9cificit\u00e9 : cr\u00e9er les conditions d\u2019une confiance durable<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Dans un monde instable, le centre social int\u00e9gral est un rep\u00e8re. Pas une variable d\u2019ajustement. Pas un op\u00e9rateur \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable. Il tient dans le temps, dans la continuit\u00e9, dans la dur\u00e9e. Il n\u2019est pas \u00e9v\u00e9nementiel, pas temporaire, pas th\u00e9matique. Il est pr\u00e9sent, au quotidien, dans les hauts comme dans les bas.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il refuse la sp\u00e9cialisation des actions. Il ne segmente pas l\u2019enfance, la jeunesse, la parentalit\u00e9, le handicap, les seniors. Il ne fabrique pas des \u00ab\u00a0publics cibles\u00a0\u00bb. Il \u0153uvre dans la globalit\u00e9 des existences, dans leur complexit\u00e9. Il accompagne des vies, pas des probl\u00e9matiques.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>La force du m\u00e9lange, la puissance de la diversit\u00e9, la politique de la rencontre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ici, tout se m\u00e9lange. Et c\u2019est bien. C\u2019est voulu. C\u2019est politique. On y trouve des enfants qui jouent avec des anciens, des femmes en exil qui racontent leur histoire \u00e0 des lyc\u00e9ens en col\u00e8re, des \u00e9ducatrices qui apprennent des jeunes, des familles qui se reconstruisent ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">La mixit\u00e9 r\u00e9elle (pas l\u2019injonction \u00e0 la diversit\u00e9 marketing) est une force, un levier de compr\u00e9hension mutuelle, un ferment de transformation. Ce m\u00e9lange n\u2019est ni na\u00eff ni d\u00e9coratif. Il est conflit, questionnement, transmission.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Le soin, l\u2019affect, la pr\u00e9sence : une politique de l\u2019attention<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Le centre social global et int\u00e9gral ne fonctionne pas \u00e0 la proc\u00e9dure, mais \u00e0 la pr\u00e9sence. Il ne distribue pas des services, il tisse des liens. Il ne prend pas en charge, il prend soin. Et ce soin est autant affectif que mat\u00e9riel, autant relationnel qu\u2019organisationnel.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">On y accueille les pleurs, les col\u00e8res, les silences. On y accepte les failles. On ne demande pas aux gens d\u2019\u00eatre performants, d\u2019aller bien, de se comporter. On leur permet d\u2019exister. Et cette reconnaissance sensible, incarn\u00e9e, est d\u00e9j\u00e0 en soi un acte politique.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Aller vers, rejoindre, habiter le milieu<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Un tel centre social ne s\u2019enferme pas dans ses murs. Il sort, va vers, rejoint, habite les interstices. Il agit dans la rue, sur les paliers, dans les squares, sur les march\u00e9s. Il est dans le milieu, avec le milieu, du milieu. Il ne vient pas apporter de l\u2019aide, il se branche sur le r\u00e9el, il s\u2019inscrit dans le quotidien des habitants, dans leur g\u00e9ographie v\u00e9cue, dans leur temporalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Une communaut\u00e9 politique en mouvement<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce centre social, c\u2019est aussi une communaut\u00e9. Pas une communaut\u00e9 de statut, de croyance ou d\u2019int\u00e9r\u00eat. Une communaut\u00e9 politique : celles et ceux qui se reconnaissent dans une mani\u00e8re de vivre ensemble, de faire lien, de r\u00e9sister aux logiques dominantes. Une communaut\u00e9 ouverte, poreuse, mouvante. Un commun en construction.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>L\u2019art, la culture, la cr\u00e9ation comme langages d\u2019\u00e9mancipation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">L\u00e0 o\u00f9 le langage administratif appauvrit, l\u2019art lib\u00e8re. L\u00e0 o\u00f9 la novlangue technocratique r\u00e9duit, la culture d\u00e9ploie. Ce type de centre social n\u2019est pas un op\u00e9rateur culturel. Il est culturel en soi. Chaque action, chaque moment, chaque geste peut devenir cr\u00e9ation, invention, r\u00e9cit, po\u00e9sie. L\u2019esth\u00e9tique y est une politique de la dignit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>\u00c9ducation populaire et p\u00e9dagogie sociale : une praxis incarn\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Le centre social global et int\u00e9gral est p\u00e9dagogie sociale : il se vit dans l\u2019action, dans la relation, dans l\u2019exp\u00e9rience. Mais il est aussi profond\u00e9ment \u00e9ducation populaire : il vise la conscientisation, la construction collective de savoirs, la transformation sociale. Il n\u2019accompagne pas vers l\u2019autonomie, il forme \u00e0 la r\u00e9sistance, il arme \u00e0 la pens\u00e9e critique, il transmet une culture politique du quotidien.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">On y d\u00e9bat, on y apprend, on y \u00e9crit, on y lit le monde ensemble. Les savoirs populaires y sont reconnus, valoris\u00e9s, partag\u00e9s. On y cultive la m\u00e9moire des luttes, le sens de la solidarit\u00e9, la capacit\u00e9 \u00e0 dire non.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Une recherche-action habit\u00e9e, collective, engag\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Enfin, le centre social int\u00e9gral ne se contente pas de mettre en \u0153uvre. Il r\u00e9fl\u00e9chit, observe, interroge, documente. Il se pense lui-m\u00eame comme recherche-action : un lieu d\u2019exp\u00e9rimentation et de savoirs ancr\u00e9s dans la pratique, une intelligence collective en mouvement, une dialectique entre l\u2019agir et le penser. Il refuse les \u00e9valuations instrumentales, il produit ses propres r\u00e9cits, il politise les donn\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Une utopie concr\u00e8te, un commun \u00e0 d\u00e9fendre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce lieu politique et populaire est une utopie concr\u00e8te, situ\u00e9e, habitable. Ce n\u2019est ni un id\u00e9al lointain, ni un dispositif cl\u00e9 en main. C\u2019est un espace de lutte et de soin, de quotidien et de pens\u00e9e, d\u2019accueil et de conflictualit\u00e9. Une construction patiente, collective, joyeuse, qui refuse les assignations, les formats, les injonctions.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">C\u2019est une mani\u00e8re de vivre le monde, de le contester, de le transformer.<br>C\u2019est un pari sur l\u2019humain. Une folie n\u00e9cessaire. Un geste de r\u00e9sistance. Un commun \u00e0 d\u00e9fendre.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>PARTIE 3 : Organiser le quotidien sans le cloisonner : pratiques concr\u00e8tes pour un centre social global et int\u00e9gral<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">On nous demande souvent : Mais concr\u00e8tement, vous faites quoi ?<br>Comme si la l\u00e9gitimit\u00e9 de notre action d\u00e9pendait de sa capacit\u00e9 \u00e0 se laisser enfermer dans des cases : enfance, jeunesse, parentalit\u00e9, seniors, emploi.<br>Comme si l\u2019action sociale devait se d\u00e9couper en domaines, en tranches d\u2019\u00e2ge, en cat\u00e9gories de publics.<br>Nous faisons l\u2019inverse. Nous d\u00e9cloisonnons. Non pas pour tout m\u00e9langer n\u2019importe comment, mais pour reconstruire un quotidien habitable, collectif, politique.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Un accueil inconditionnel, habit\u00e9 et situ\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">D\u00e8s l\u2019accueil, tout commence. Pas un guichet, pas une borne, pas un point info.<br>Un espace vivant, ouvert, travers\u00e9. Avec des canap\u00e9s, des tapis, du caf\u00e9, des gens qui parlent. Des enfants qui jouent pendant que les adultes discutent. Une maman en gal\u00e8re de papier, un jeune qui cherche un boulot, un retrait\u00e9 qui veut raconter son histoire.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">L\u2019accueil, c\u2019est le c\u0153ur battant du centre social global et int\u00e9gral. On y entre sans rendez-vous. On y reste sans \u00eatre press\u00e9. On ne vient pas chercher une r\u00e9ponse mais habiter un espace de vie collective. Et parfois, sans qu\u2019on l\u2019ait pr\u00e9vu, une solution, une id\u00e9e, un soutien surgissent.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Avec les enfants : du jeu libre au soin partag\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">On ne fait pas de garderie. On ne fait pas de temps p\u00e9riscolaire. On fait de la vie partag\u00e9e avec les enfants.<br>Des jeux dans la rue, des cabanes bricol\u00e9es, des histoires invent\u00e9es ensemble.<br>Mais aussi des temps de discussion, de m\u00e9diation, d\u2019\u00e9coute. Parce qu\u2019un enfant n\u2019est pas \u00e0 occuper, il est \u00e0 accueillir dans toute sa complexit\u00e9.<br>On construit avec eux des espaces de confiance, o\u00f9 ils peuvent exprimer leurs col\u00e8res, leurs joies, leurs angoisses.<br>Pas d\u2019occupationnel. Pas de temps calmes impos\u00e9s. De la pr\u00e9sence \u00e9ducative, de l\u2019attention, du temps long.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Avec les jeunes : faire avec et ensemble, pas pour<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Travailler avec les jeunes, ce n\u2019est pas les canaliser, c\u2019est les reconna\u00eetre. C\u2019est leur donner des espaces d\u2019initiative r\u00e9elle.<br>Cr\u00e9er un m\u00e9dia libre avec eux. Monter un cin\u00e9-d\u00e9bat. Organiser un tournoi politique de foot de rue. Cr\u00e9er une biblioth\u00e8que de rue avec des lectures publiques.<br>Mais c\u2019est aussi les \u00e9couter sans juger, accueillir leurs col\u00e8res, leurs ruptures, leurs refus.<br>C\u2019est les consid\u00e9rer comme des interlocuteurs politiques, pas comme des sujets \u00e0 ins\u00e9rer.<br>Et c\u2019est leur proposer un espace d\u2019engagement, de formation mutuelle, d\u2019exp\u00e9rimentation.<br>Pas pour les occuper, mais pour faire soci\u00e9t\u00e9 avec eux.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Avec les familles : faire communaut\u00e9, pas accompagnement<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Un projet familles ? Oui, mais pas un projet pour les aider \u00e0 devenir de bonnes familles ou de bons parents.<br>Un projet qui part du r\u00e9el : un repas partag\u00e9 o\u00f9 les enfants cuisinent avec les parents. Un atelier couture o\u00f9 l\u2019on parle des gal\u00e8res d\u2019\u00e9cole et des violences administratives. Une sortie o\u00f9 se cr\u00e9e du lien entre familles qui ne se croisent jamais.<br>C\u2019est faire tiers ensemble, cr\u00e9er des espaces de parole collective, de solidarit\u00e9 concr\u00e8te.<br>C\u2019est s\u2019appuyer sur les savoirs des parents, sur leur expertise du quotidien. Ce n\u2019est pas de la parentalit\u00e9 positive. C\u2019est de la d\u00e9mocratie affective.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Avec les adultes : \u00e9couter, politiser, accompagner sans contr\u00f4ler<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ici, on parle de tout. Du ch\u00f4mage. Des gal\u00e8res. Du rapport \u00e0 l\u2019\u00e9cole. De la police.<br>On ne cloisonne pas insertion et vie sociale.<br>Un adulte sans emploi peut venir cuisiner, tenir l\u2019accueil, proposer une activit\u00e9, participer \u00e0 une recherche-action. Il n\u2019a pas besoin d\u2019un projet professionnel ficel\u00e9 pour \u00eatre reconnu. Il a une place.<br>Et parfois, on \u00e9crit ensemble une lettre. Un r\u00e9cit de vie. Un texte politique.<br>On peut organiser une r\u00e9union populaire sur les droits au ch\u00f4mage, une permanence solidaire d\u2019acc\u00e8s aux droits, un atelier d\u2019autod\u00e9fense administrative.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Avec les personnes \u00e2g\u00e9es : sortir de la logique de l\u2019animation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Pas d\u2019atelier m\u00e9moire, pas de loto obligatoire.<br>Les anciens ont toute leur place dans le centre. Ils transmettent, ils racontent, ils d\u00e9battent.<br>On fabrique des lieux o\u00f9 les g\u00e9n\u00e9rations se croisent.<br>Des ados qui filment les r\u00e9cits. Une mamie qui coanime un atelier tricot ou cuisine avec une jeune migrante.<br>Des repas interg\u00e9n\u00e9rationnels o\u00f9 les souvenirs deviennent des r\u00e9cits partag\u00e9s.<br>Les personnes \u00e2g\u00e9es ne sont pas des usagers \u00e0 divertir. Ce sont des figures du lien social et des passeurs de culture populaire.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Sortir des silos, d\u00e9passer la transversalit\u00e9 : penser en termes de quotidien partag\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Le cloisonnement par domaine est un pi\u00e8ge. Mais l\u2019injonction \u00e0 la transversalit\u00e9 peut \u00eatre tout aussi creuse si elle ne repose sur rien.<br>Nous refusons l\u2019organigramme \u00e9clat\u00e9. Nous partons du quotidien partag\u00e9.<br>Un mardi matin, un atelier cuisine avec une habitante, un \u00e9ducateur, une maman isol\u00e9e, une jeune en service civique, un retrait\u00e9.<br>Le m\u00eame jour, un temps de jeux \u00e9ducatifs avec les enfants du quartier, suivi d\u2019un d\u00e9bat entre parents et professionnels sur les discriminations scolaires.<br>Ce ne sont pas des projets transversaux. Ce sont des espaces o\u00f9 la vie sociale s\u2019organise collectivement.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Oui aux jeux, non \u00e0 l\u2019occupationnel<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Proposer des jeux ? Oui, bien s\u00fbr. Jouer, c\u2019est vital. Mais pas pour faire passer le temps.<br>Le jeu n\u2019est pas un outil de contr\u00f4le, mais un langage commun, un terrain de lien, d\u2019expression, de conflits r\u00e9gul\u00e9s.<br>On joue dans la rue, dans le hall, dans les ateliers. On fabrique ses propres jeux. On d\u00e9tourne les r\u00e8gles. On apprend en jouant, on pense en jouant.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Un projet jeunesse, un projet famille, un projet emploi : mais autrement<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Oui, on peut avoir des projets. Mais pas au sens institutionnel du terme.<br>Un projet jeunesse, c\u2019est un espace o\u00f9 les jeunes pensent le quartier, se forment mutuellement, construisent leurs propres narrations.<br>Un projet familles, c\u2019est une communaut\u00e9 qui se soutient, partage ses savoirs, se politise.<br>Un projet emploi, ce n\u2019est pas une plateforme de CV. C\u2019est un accompagnement \u00e9mancipateur, une reconnaissance des comp\u00e9tences invisibles, un appui pour cr\u00e9er, coop\u00e9rer, se projeter autrement.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Une fabrique collective du commun, du lien et du sens<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce que nous faisons ? Nous habitons le quotidien. Nous cr\u00e9ons des espaces de confiance et de conflit. Nous organisons la vie sociale comme une \u0153uvre collective.<br>Nous refusons d\u2019\u00eatre des gestionnaires de pauvret\u00e9 ou des animateurs de lien social.<br>Nous sommes des passeurs, des relieurs, des \u00e9ducateurs populaires, des artisans du commun.<br>Chaque jour, nous r\u00e9inventons ce que peut un centre social quand il est lib\u00e9r\u00e9 des carcans et des grilles d\u2019\u00e9valuation.<br>Et chaque jour, malgr\u00e9 les contraintes, les pressions, les r\u00e9ductions budg\u00e9taires, nous tenons. Parce que nous savons que ce que nous construisons vaut plus que ce qu\u2019on nous demande.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>PARTIE 4 : Institutions, financements, injonctions : tenir l\u2019espace politique depuis le terrain<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Travailler dans un centre social global et int\u00e9gral, c\u2019est faire avec les institutions sans s\u2019y dissoudre.<br>C\u2019est accepter les tensions, sans c\u00e9der.<br>C\u2019est dire oui pour rester dans la course, et dire non pour ne pas trahir le sens.<br>C\u2019est tenir sur la ligne de cr\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>La tension permanente entre terrain vivant et objectifs fig\u00e9s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Entre les rapports d\u2019activit\u00e9 attendus et la r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue sur le terrain, il y a un gouffre.<br>L\u00e0-haut, on exige des objectifs, des indicateurs, des r\u00e9sultats chiffr\u00e9s.<br>Ici, on vit de l\u2019impr\u00e9vu, de l\u2019accident, de la rencontre, de l\u2019inattendu.<br>On nous parle de pilotage par les r\u00e9sultats. Nous parlons de pr\u00e9sence, de lien, de transformation lente.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Les institutions veulent savoir combien d\u2019enfants ont \u00e9t\u00e9 touch\u00e9s.<br>Nous voulons dire comment certains ont recommenc\u00e9 \u00e0 jouer.<br>On nous demande combien de familles ont \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9es vers l\u2019autonomie.<br>Nous aimerions raconter comment des parents se sont mis \u00e0 revendiquer.<br>Ce n\u2019est pas le m\u00eame langage. Ce n\u2019est pas la m\u00eame temporalit\u00e9. Ce n\u2019est pas la m\u00eame vision de l\u2019humain.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>\u00c9valuation, impact, indicateurs : refus de l\u2019instrumentalisation, choix de l\u2019analyse politique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Dans ce type de centre social, l\u2019\u00e9valuation ne peut pas \u00eatre une fin en soi.<br>Elle n\u2019est pas une reddition. Elle n\u2019est pas une validation ext\u00e9rieure.<br>Elle est une occasion de penser l\u2019action, collectivement, depuis le terrain, avec les personnes concern\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">On ne mesure pas l\u2019impact comme un cabinet de conseil.<br>On produit des r\u00e9cits. On politise les donn\u00e9es.<br>On ne compte pas des usagers, on documente des histoires, on analyse des dynamiques, on partage des hypoth\u00e8ses d\u2019action.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il est possible de rendre compte. Mais pas dans le langage froid de la performance.<br>Nous pr\u00e9f\u00e9rons le langage de la parole habit\u00e9e, de l\u2019action situ\u00e9e, du conflit assum\u00e9.<br>Rendre des comptes, oui. Mais pas se rendre.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Politiques publiques : n\u00e9gocier sans se soumettre, dialoguer sans se trahir<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il ne s\u2019agit pas de se couper des politiques publiques.<br>Au contraire. Il faut les interroger, les d\u00e9placer, les bousculer.<br>Un centre social global et int\u00e9gral ne fait pas juste ce qu\u2019on lui demande.<br>Il fait ce qu\u2019il doit faire pour \u00eatre fid\u00e8le \u00e0 sa raison d\u2019\u00eatre : accueillir, relier, soutenir, \u00e9manciper, transformer.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Cela suppose de parler vrai aux institutions, d\u2019assumer les contradictions, de rendre visible ce qui est souvent tu comme les effets pervers des appels \u00e0 projets, les logiques absurdes de court-terme ou encore les injonctions contradictoires entre inclusion et contr\u00f4le, entre autonomie et conditions.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Cela suppose parfois de dire non \u00e0 une subvention, ou de dire oui tout en r\u00e9sistant dans l\u2019usage des moyens.<br>Cela suppose aussi de travailler avec des \u00e9lus, des techniciens, des agents de terrain, sans renoncer \u00e0 son cap politique.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Financements : entre bricolage, alliances et d\u00e9sob\u00e9issance constructive<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Tenir un tel lieu exige des moyens. On ne le nie pas. Mais ces moyens ne peuvent pas dicter l\u2019action.<br>On ne peut pas se contenter de r\u00e9pondre \u00e0 des appels d\u2019offres.<br>On doit cr\u00e9er de la marge, du flou fertile, du champ libre.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Cela passe par des alliances locales : avec des collectifs, des artistes, des chercheurs, des militantes, des habitants, des syndicats, des associations.<br>Cela passe aussi par des financements crois\u00e9s, intelligemment utilis\u00e9s pour pr\u00e9server la stabilit\u00e9 et l\u2019ouverture.<br>Mais c\u2019est \u00e9galement une capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9sister aux logiques de justification \u00e0 tout prix, \u00e0 la bureaucratisation du travail social.<br>Ce sont des choix pour faire perdurer des espaces non financ\u00e9s mais essentiels, o\u00f9 l\u2019on agit parce qu\u2019on y croit.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Et quand il le faut, on ruse, on contourne, on d\u00e9sob\u00e9it en conscience.<br>Pas pour frauder. Pour d\u00e9fendre ce qui fait le c\u0153ur du projet : l\u2019inconditionnalit\u00e9, la confiance, la pr\u00e9sence, la politique du quotidien.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Est-ce que c\u2019est possible ? Oui. Mais ce n\u2019est jamais tranquille.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Un tel centre social peut exister. Il existe. Mais il est toujours fragile, toujours \u00e0 d\u00e9fendre, toujours en tension.<br>Il faut une \u00e9quipe qui tient politiquement, des alli\u00e9s dans les institutions, un ancrage fort dans le territoire, une clart\u00e9 dans les valeurs.<br>Il faut produire du sens autant que du lien.<br>Il faut r\u00e9sister au langage manag\u00e9rial, refuser de se diluer dans les tableaux de bord.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Mais quand on y arrive, \u00e7a change tout.<br>Les gens s\u2019approprient le lieu.<br>Les habitants s\u2019organisent.<br>Les professionnels retrouvent du sens.<br>Les murs s\u2019ouvrent.<br>Et tout d\u2019un coup, on ne fait plus de l\u2019animation sociale, on fabrique une soci\u00e9t\u00e9 plus juste, depuis le bas.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>PARTIE 5 : Un centre social, c\u2019est \u00e7a. Et c\u2019est ce que nous demandons. Manifeste pour un centre social global et int\u00e9gral<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Un centre social, ce n\u2019est pas un service.<br>Ce n\u2019est pas un guichet. Ce n\u2019est pas un programme. Ce n\u2019est pas une prestation.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Un centre social, c\u2019est un lieu vivant, une pr\u00e9sence politique, un espace de transformation.<br>C\u2019est un territoire habit\u00e9, travers\u00e9, bricol\u00e9, disput\u00e9, partag\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Un centre social global et int\u00e9gral c\u2019est un centre social vivant, habit\u00e9, ouvert, insoumis, populaire, \u00e9mancipateur, politique, radical, indisciplin\u00e9, hospitalier, inconditionnel, commun et combatif. Un centre social qui fait communaut\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Un centre social, c\u2019est\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ul style=\"text-transform:none\" class=\"wp-block-list\">\n<li>un accueil inconditionnel, sans dossier, sans jugement, sans tri ;<\/li>\n\n\n\n<li>un lieu o\u00f9 l\u2019on peut entrer sans raison, sortir sans rendez-vous, rester sans se justifier ;<\/li>\n\n\n\n<li>une communaut\u00e9 ouverte, mouvante, faite d\u2019habitants, de passages, de r\u00e9cits, de conflits et de soin ;<\/li>\n\n\n\n<li>un espace de confiance pour les enfants, les jeunes, les familles, les adultes, les personnes \u00e2g\u00e9es et ensemble, pas s\u00e9par\u00e9ment ;<\/li>\n\n\n\n<li>un lieu sans cloison, sans cases, sans segmentation : on y vit, on y joue, on y d\u00e9bat, on y agit ;<\/li>\n\n\n\n<li>un foyer d\u2019\u00e9ducation populaire et de p\u00e9dagogie sociale, o\u00f9 l\u2019on pense, o\u00f9 l\u2019on apprend, o\u00f9 l\u2019on se forme, o\u00f9 l\u2019on s\u2019engage ;<\/li>\n\n\n\n<li>un espace d\u2019expression, de cr\u00e9ation, de culture : ici, l\u2019art n\u2019est pas un suppl\u00e9ment d\u2019\u00e2me, il est une arme de lib\u00e9ration ;<\/li>\n\n\n\n<li>un lieu d\u2019exp\u00e9rimentation sociale et politique, o\u00f9 l\u2019on fabrique des solidarit\u00e9s et des savoirs \u00e0 partir du r\u00e9el ;<\/li>\n\n\n\n<li>un lieu o\u00f9 la libre initiative est possible, o\u00f9 chacun peut proposer, cr\u00e9er, s\u2019impliquer ;<\/li>\n\n\n\n<li>un lieu stable, durable, enracin\u00e9, qui ne ferme pas avec le projet ou le budget.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Et c\u2019est ce que nous demandons.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Nous demandons :<\/p>\n\n\n\n<ul style=\"text-transform:none\" class=\"wp-block-list\">\n<li>le droit d\u2019agir librement dans nos quartiers, avec et pour les habitant\u00b7es, sans devoir coller aux appels \u00e0 projets \u00e0 la mode ;<\/li>\n\n\n\n<li>le droit de refuser les logiques d\u2019\u00e9valuation instrumentale, les tableaux de bord absurdes, les indicateurs creux ;<\/li>\n\n\n\n<li>le droit de penser politiquement nos pratiques, de parler de domination, de lutte, de justice, de conflit ;<\/li>\n\n\n\n<li>des moyens stables et p\u00e9rennes, pour ne plus mendier chaque ann\u00e9e ce qui permet juste de tenir ;<\/li>\n\n\n\n<li>la reconnaissance de nos pratiques comme travail d\u2019int\u00e9r\u00eat public, pas comme gestion de la pauvret\u00e9 ;<\/li>\n\n\n\n<li>la libert\u00e9 d\u2019accueillir sans condition, d\u2019inventer sans limite, de tenir sans se renier.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Un centre social, ce n\u2019est pas une r\u00e9ponse aux probl\u00e8mes.<br>C\u2019est un endroit o\u00f9 l\u2019on refuse de s\u2019y r\u00e9signer.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Un centre social, ce n\u2019est pas une case dans un tableau.<br>C\u2019est un lieu o\u00f9 le monde peut se dire, se penser, se transformer.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Un centre social, ce n\u2019est pas ce qu\u2019on nous laisse faire.<br>C\u2019est ce que nous faisons malgr\u00e9 tout. Parce que c\u2019est juste. Parce que c\u2019est n\u00e9cessaire. Parce que c\u2019est humain.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Nous ne demandons pas la permission d\u2019exister.<br>Nous exigeons les conditions de continuer.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une proposition pour un centre social global et int\u00e9gral, vivant, politique et inconditionnel. Par Christophe Pruvot Ce texte est une prise de parole. Une mise en mot d\u2019un v\u00e9cu. Une tentative de dire ce que nous faisons, ce que nous portons, ce que nous d\u00e9fendons. Nous p\u00e9dagogues sociaux et \u00e9ducateurs populaires. 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