{"id":1999,"date":"2025-07-16T15:51:49","date_gmt":"2025-07-16T13:51:49","guid":{"rendered":"https:\/\/christophepruvot.org\/?p=1999"},"modified":"2025-07-17T11:59:13","modified_gmt":"2025-07-17T09:59:13","slug":"former-les-cadres-a-lalignement-chronique-critique-dun-stage-managerial-en-collectivite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/2025\/07\/16\/former-les-cadres-a-lalignement-chronique-critique-dun-stage-managerial-en-collectivite\/","title":{"rendered":"Former les cadres \u00e0 l\u2019alignement : chronique critique d\u2019un stage manag\u00e9rial en collectivit\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"text-transform:none\"><em>Par Christophe Pruvot<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il y a des moments o\u00f9 l\u2019on sent que tout se joue. O\u00f9, derri\u00e8re le th\u00e9\u00e2tre des postures professionnelles, se r\u00e9v\u00e8le la m\u00e9canique du pouvoir. J\u2019ai v\u00e9cu r\u00e9cemment l\u2019un de ces moments. Une journ\u00e9e de formation, banale en apparence. Une formation destin\u00e9e aux managers d\u2019une collectivit\u00e9 territoriale. Ce que j\u2019y ai vu, entendu, travers\u00e9, m\u00e9rite qu\u2019on s\u2019y attarde. Car derri\u00e8re le vernis p\u00e9dagogique, c\u2019est un projet id\u00e9ologique qui s\u2019impose. Et avec lui, une certaine vision du monde, du travail, et de l\u2019humain.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Un contexte r\u00e9v\u00e9lateur : les managers comme agents d\u2019adh\u00e9sion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Nous sommes dans une collectivit\u00e9 locale. La formation s\u2019adresse aux responsables de service, aux cadres interm\u00e9diaires, aux directions de proximit\u00e9, aux directions g\u00e9n\u00e9rales. L\u2019objectif annonc\u00e9 : accompagner le changement, donner des outils pour g\u00e9rer les r\u00e9sistances, embarquer les \u00e9quipes. Il ne s\u2019agit pas de penser ensemble les finalit\u00e9s du travail public. Il s\u2019agit d\u2019aider \u00e0 faire passer des r\u00e9formes et organisations d\u00e9j\u00e0 d\u00e9cid\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">L\u2019intitul\u00e9 aurait pu \u00eatre : Comment devenir un bon relais d\u2019injonctions descendantes sans trop s\u2019en pr\u00e9occuper. Car c\u2019est bien de cela qu\u2019il s\u2019agit : former des cadres \u00e0 jouer le r\u00f4le de courroie de transmission, dans une organisation de plus en plus marqu\u00e9e par la verticalit\u00e9, l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration, la mise en conformit\u00e9. Le probl\u00e8me n\u2019est pas seulement ce qu\u2019on nous apprend. C\u2019est qu\u2019on nous emp\u00eache de penser.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Un langage manag\u00e9rial qui d\u00e9sactive la pens\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Tout commence par les mots. Et les mots comptent. On ne parle plus d\u2019agents, de coll\u00e8gues, de travailleurs. On parle de collaborateurs. On ne parle plus d\u2019\u00e9quipe mais de ressources. Les jeunes deviennent des juniors, les anciens des seniors, comme dans les cabinets de conseil et les grandes entreprises priv\u00e9es. Ce langage ne dit pas le r\u00e9el : il le reformule pour le rendre compatible avec une logique d\u2019optimisation. Il \u00e9vacue les conflits, les in\u00e9galit\u00e9s, les affects profonds. Il rend le monde plus lisse, plus neutre, plus g\u00e9rable. Ce n\u2019est pas un langage descriptif. C\u2019est un langage prescriptif. Il dit comment il faut \u00eatre, ce qu\u2019il faut devenir. L\u00e0 o\u00f9 le travail social appelle \u00e0 penser la complexit\u00e9, \u00e0 \u00e9couter la parole des habitants, \u00e0 agir dans l\u2019incertitude, ce langage propose des postures, des alignements, des recadrages. On transforme les cadres en petits chefs d\u2019orchestre pour ajuster les comportements.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Le management \u00e9motionnel : deuil, r\u00e9sistance et acceptation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Au c\u0153ur de la formation : la fameuse courbe du changement, soit disant directement inspir\u00e9e de la courbe du deuil d\u2019Elisabeth K\u00fcbler-Ross : annonce, refus de comprendre, r\u00e9sistance, d\u00e9compression, r\u00e9signation, int\u00e9gration. Mais la ligne qu\u2019on nous propose (qu\u2019on nous impose) est une grille lin\u00e9aire qui postule que toute r\u00e9sistance au changement suit les m\u00eames \u00e9tapes : choc, col\u00e8re, d\u00e9ni, acceptation, int\u00e9gration.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Mais ici, le changement n\u2019est jamais interrog\u00e9. Il est toujours bon. N\u00e9cessaire. Moderne. In\u00e9vitable. La r\u00e9sistance ? Ce n\u2019est pas un d\u00e9saccord politique, ce n\u2019est pas une critique, ce n\u2019est m\u00eame pas un refus. C\u2019est une \u00e9motion. Une perturbation. Un bruit parasite. Une phase passag\u00e8re \u00e0 accompagner. Et pour accompagner, on forme les managers \u00e0 observer les postures non-verbales, \u00e0 maintenir la bonne distance, \u00e0 d\u00e9tecter les croyances limitantes, \u00e0 faire des feedbacks positifs. Tout se passe comme si la complexit\u00e9 humaine pouvait se r\u00e9soudre par des outils de d\u00e9veloppement personnel standardis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Une mise en sc\u00e8ne absurde : l\u2019avion manag\u00e9rial<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Et puis, il y a eu \u00e7a. Ce moment de bascule grotesque o\u00f9 les formateurs, d\u00e9guis\u00e9s en pilote de ligne, en h\u00f4tesse de l\u2019air et en steward nous ont embarqu\u00e9s dans une simulation immersive : sons de r\u00e9acteurs, images de ciel, turbulences projet\u00e9es sur \u00e9cran g\u00e9ant, etc. Nous \u00e9tions cens\u00e9s vivre les al\u00e9as du changement comme un vol en avion. Je ne savais pas si je devais rire ou pleurer. Cette mascarade aurait pu \u00eatre dr\u00f4le, si elle n\u2019\u00e9tait pas le sympt\u00f4me d\u2019un monde devenu incapable de penser autrement que par des m\u00e9taphores vides et des dispositifs performatifs. Une p\u00e9dagogie immersive ? Non, une m\u00e9thode qui qui confond l\u2019implication avec la spectacularisation. Un th\u00e9\u00e2tre manag\u00e9rial qui tourne \u00e0 vide, o\u00f9 l\u2019on mime le r\u00e9el plut\u00f4t que de l\u2019interroger. Ce th\u00e9\u00e2tre manag\u00e9rial remplace le r\u00e9el. On joue \u00e0 faire semblant de g\u00e9rer des crises, pendant que les vraies souffrances (celles des habitants, des agents, des travailleurs, des quartiers) sont invisibilis\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Ce que je ne peux pas accepter<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Je ne peux pas adh\u00e9rer \u00e0 cette mise en sc\u00e8ne, ni \u00e0 ce que cette formation pr\u00e9tend imposer comme horizon du travail. Parce que je viens d\u2019un autre monde. Parce que je parle depuis les marges. Parce que j\u2019ai v\u00e9cu et accompagn\u00e9 les luttes de celles et ceux qui n\u2019entrent pas dans les cases du collaborateur agile, du manager pilote, du cadre exemplaire. Parce que je sais que derri\u00e8re les mots lisses, il y a des violences symboliques, des injonctions contradictoires, des formes insidieuses de d\u00e9possession.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce que je d\u00e9fends, \u00e0 rebours de ce formatage manag\u00e9rial, c\u2019est une vision du travail comme espace de souverainet\u00e9. \u00catre souverain sur son travail, ce n\u2019est pas g\u00e9rer un tableau de bord ou piloter une \u00e9quipe en bon ordre de marche. C\u2019est pouvoir d\u00e9cider du sens de ce que l\u2019on fait. C\u2019est avoir prise sur ses gestes, sa temporalit\u00e9, ses liens, ses valeurs. C\u2019est ne pas \u00eatre assign\u00e9 \u00e0 ex\u00e9cuter des directives sans d\u00e9bat, des sc\u00e9narios sans incarnation. Travailler ne devrait pas \u00eatre subir : cela devrait \u00eatre construire ensemble, r\u00e9sister, inventer, transformer le r\u00e9el. Ma conception du travail est \u00e0 la fois libertaire socialiste et communiste. Libertaire, parce qu\u2019elle refuse la verticalit\u00e9, l\u2019autoritarisme manag\u00e9rial, la d\u00e9possession des subjectivit\u00e9s. Communiste, parce qu\u2019elle affirme que le travail est un bien commun, une activit\u00e9 humaine qui ne devrait jamais \u00eatre soumise \u00e0 la rentabilit\u00e9, mais \u00e0 la valeur d\u2019usage, \u00e0 la coop\u00e9ration, \u00e0 la justice sociale. Socialiste, parce qu\u2019elle consid\u00e8re le travail comme une activit\u00e9 lib\u00e9r\u00e9e de l\u2019exploitation. Le travail n\u2019est pas une marchandise. Ce n\u2019est pas un poste, un r\u00f4le ou une fonction \u00e0 incarner. C\u2019est une mani\u00e8re d\u2019habiter le monde, d\u2019y inscrire du sens, de produire du lien. Je refuse donc cette entreprise d\u2019alignement, qui fait du cadre un agent d\u2019adh\u00e9sion, un v\u00e9hicule de politiques publiques sans discussion. Je refuse cette instrumentalisation des \u00e9motions, cette mise en spectacle de la formation, cette infantilisation d\u00e9guis\u00e9e en coaching bienveillant. Parce que je crois encore que le travail peut \u00eatre une \u0153uvre, un espace d\u2019\u00e9mancipation, un lieu de puissance collective. Et ce que cette formation d\u00e9truit m\u00e9thodiquement, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cela : la possibilit\u00e9 de faire \u0153uvre. La possibilit\u00e9 de d\u00e9sob\u00e9ir. De penser. De douter. De dire non. De faire autrement. Je ne peux pas accepter de devenir le bras arm\u00e9 d\u2019un changement auquel je n\u2019ai pas particip\u00e9. Je ne peux pas faire taire mes conflits int\u00e9rieurs au nom d\u2019une bonne posture. Je ne peux pas me dissoudre dans un costume de pilote de ligne ou autre quand des quartiers entiers souffrent de la d\u00e9shumanisation bureaucratique.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences et lignes de fuite<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce que j\u2019ai vu ce jour-l\u00e0, c\u2019est l\u2019application brute d\u2019un management n\u00e9olib\u00e9ral dans la fonction publique territoriale. Un management qui, derri\u00e8re ses airs bienveillants et ses mises en sc\u00e8ne ludiques, repose sur des logiques de contr\u00f4le, d\u2019alignement, de standardisation. Un management de l\u2019adh\u00e9sion forc\u00e9e, o\u00f9 il ne s\u2019agit plus d\u2019administrer des services publics, mais de piloter le changement comme on pilote une entreprise.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">C\u2019est ce que Dani\u00e8le Linhart analyse : un management qui pr\u00e9tend lib\u00e9rer alors qu\u2019il mobilise sans \u00e9manciper, un management qui imite les codes de la libert\u00e9 pour mieux verrouiller les pratiques, en pr\u00e9tendant que chacun peut incarner une posture l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019est qu\u2019outil d\u2019une politique d\u00e9cid\u00e9e ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Christophe Dejours l\u2019a montr\u00e9 avec force : cette mobilisation affective impos\u00e9e, ce surinvestissement \u00e9motionnel exig\u00e9 dans des contextes de plus en plus contraints, fabrique de la souffrance au travail. L\u2019implication est exig\u00e9e, la reconnaissance absente, le r\u00e9el d\u00e9ni\u00e9. Il ne s\u2019agit plus de penser ou de d\u00e9battre, mais de g\u00e9rer ses \u00e9motions, accompagner le changement, maintenir la dynamique d\u2019\u00e9quipe. On ne soigne plus le lien, on produit du consentement.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Nicolas Framont montre comment la novlangue manag\u00e9riale colonise le champ social : elle neutralise le conflit, efface les rapports de pouvoir, d\u00e9pouille les mots de leur port\u00e9e politique. Les agents ne sont plus des salari\u00e9s, mais des collaborateurs. L\u2019encadrant n\u2019est plus un responsable hi\u00e9rarchique, mais un pilote. Tout est parcours, agilit\u00e9, dynamique.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Bernard Friot nous invite \u00e0 renverser lalogique. Pour lui, le travail ne doit pas \u00eatre un instrument de pouvoir, ni une simple marchandise mise au service de l\u2019\u00e9conomie ou de la performance publique. Il doit devenir une activit\u00e9 souveraine, lib\u00e9r\u00e9e de la subordination, reconnue pour sa valeur d\u2019usage sociale. Dans cette perspective, le travailleur n\u2019est pas un rouage \u00e0 mobiliser, mais un sujet politique \u00e0 part enti\u00e8re, capable de d\u00e9cider de ce qu\u2019il produit, pour qui, et comment.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon, quant \u00e0 lui, \u00e9claire un autre aspect fondamental de cette violence manag\u00e9riale : la dissonance entre les affects organisateurs de l\u2019institution et ceux du travailleur. Il montre que le lien au travail est d\u2019abord un lien d\u2019affects, de d\u00e9sirs, d\u2019engagements. Le travailleur ne tient pas seulement \u00e0 sa place pour un salaire : il y met du sens, des convictions, une certaine id\u00e9e de ce qu\u2019il fait l\u00e0. Mais cela suppose que les finalit\u00e9s de l\u2019institution soient compatibles avec les siennes. Or, quand l\u2019organisation se transforme en machine gestionnaire, quand elle aligne ses discours sur des logiques de performance, d\u2019agilit\u00e9, de pilotage, de conduite du changement alors que le travailleur, lui, est l\u00e0 pour agir dans le r\u00e9el, r\u00e9pondre \u00e0 des besoins, faire du lien, construire du commun : il y a divergence des affects. Et cette rupture fait mal. Il produit des tensions, des r\u00e9sistances, des d\u00e9crochages. Il cr\u00e9e ces situations o\u00f9 on ne peut plus, o\u00f9 l\u2019on craque, o\u00f9 l\u2019on quitte, ou l\u2019on se tait en se rongeant. Ce n\u2019est donc pas une r\u00e9sistance au changement comme le pr\u00e9tend le lexique manag\u00e9rial. C\u2019est une d\u00e9fense \u00e9thique et affective. Un refus de se laisser emporter par une organisation qui ne parle plus notre langue, qui ne sert plus ce que nous voulons servir. C\u2019est une tentative de rester fid\u00e8le \u00e0 soi-m\u00eame dans un cadre qui ne nous reconna\u00eet plus.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ces lignes de fuite que sont Linhart, Dejours, Lordon, Framont, Friot (et bien d\u2019autres) sont autant de balises critiques. Elles permettent de nommer ce qui nous sid\u00e8re ou nous endort. Elles nous redonnent prise. Elles dessinent les contours d\u2019une autre vision du travail : un travail libre, d\u00e9mocratique, collectif, qui n\u2019aurait plus besoin de labels pour prouver sa valeur, ni de formations-spectacles pour faire taire les r\u00e9sistances.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Et maintenant ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Face \u00e0 cela, que faire ? R\u00e9sister. Nommer. T\u00e9moigner. Former autrement. Refuser de se soumettre \u00e0 ces dispositifs qui pr\u00e9tendent nous outiller alors qu\u2019ils nous programment \u00e0 l\u2019ob\u00e9issance. R\u00e9affirmer que le travail social, \u00e9ducatif, territorial, n\u2019est pas un terrain d\u2019exp\u00e9rimentation manag\u00e9riale, mais un lieu de d\u00e9mocratie, de conflictualit\u00e9, de transformation r\u00e9elle.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il nous faut construire des espaces de formation o\u00f9 l\u2019on parle du monde tel qu\u2019il est. O\u00f9 l\u2019on \u00e9coute les v\u00e9cus. O\u00f9 l\u2019on politise les pratiques. O\u00f9 l\u2019on n\u2019a pas peur de dire non.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce jour-l\u00e0, je n\u2019ai pas appris \u00e0 devenir manager. Mais j\u2019ai compris pourquoi je ne le serai jamais dans le sens qu\u2019ils veulent.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Parce que je porte une autre id\u00e9e du travail. Une id\u00e9e souveraine, qui s\u2019oppose \u00e0 sa soumission aux logiques de contr\u00f4le et d\u2019alignement. Une id\u00e9e libertaire, o\u00f9 l\u2019autonomie, le collectif, le conflit ne sont pas des anomalies mais des ressources. Une id\u00e9e communiste, au sens o\u00f9 le travail n\u2019est pas un poste assign\u00e9, mais une activit\u00e9 commune, socialement utile, choisie, construite ensemble. Une vision socialiste du travail : le travail comme activit\u00e9 sociale fondamentale, comme puissance de cr\u00e9ation et de lien, qui ne peut \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 une marchandise ou \u00e0 un levier d\u2019employabilit\u00e9. Ce n\u2019est pas l\u2019emploi soumis au march\u00e9, c\u2019est l\u2019activit\u00e9 lib\u00e9r\u00e9e de l\u2019exploitation. C\u2019est ce qui se construit \u00e0 plusieurs, dans l\u2019\u00e9galit\u00e9, pour r\u00e9pondre aux besoins r\u00e9els et non pour maximiser la performance, faire exploser le profits ou satisfaire des indicateurs.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Comme le mart\u00e8le Bernard Friot, il ne s\u2019agit pas de mieux reconna\u00eetre le travail, mais de le reprendre en main, de le collectiviser, de lui redonner un pouvoir d\u2019usage au lieu d\u2019un prix.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">C\u2019est cela que j\u2019essaie de tenir. Non pas une posture, mais un engagement. Non pas une adh\u00e9sion, mais une lutte. Non pas une gestion, mais une mani\u00e8re d\u2019habiter le travail autrement. Un travail libre, digne, situ\u00e9. Un travail \u00e9mancip\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Christophe Pruvot Il y a des moments o\u00f9 l\u2019on sent que tout se joue. 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