{"id":1964,"date":"2025-07-09T10:07:38","date_gmt":"2025-07-09T08:07:38","guid":{"rendered":"https:\/\/christophepruvot.org\/?p=1964"},"modified":"2025-07-17T11:56:36","modified_gmt":"2025-07-17T09:56:36","slug":"mesurer-ou-transformer-a-lepreuve-de-limpact-social-et-du-modele-socio-economique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/2025\/07\/09\/mesurer-ou-transformer-a-lepreuve-de-limpact-social-et-du-modele-socio-economique\/","title":{"rendered":"Mesurer ou transformer ? \u00c0 l\u2019\u00e9preuve de l\u2019impact social et du mod\u00e8le socio-\u00e9conomique"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"text-transform:none\"><em>Par Christophe Pruvot<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Mesurer ou transformer ?<\/strong><br>Cette question, en apparence technique, est au c\u0153ur d\u2019un basculement politique profond qui traverse le monde associatif, l\u2019\u00e9ducation populaire, et les pratiques sociales engag\u00e9es. Il ne s\u2019agit plus seulement d\u2019agir, mais de prouver que l\u2019on agit. Il ne suffit plus de transformer, il faut d\u00e9sormais mesurer et rendre des comptes. Sous couvert de valorisation ou de reconnaissance, c\u2019est une nouvelle forme de gouvernement qui s\u2019installe. Elle passe par les indicateurs, les tableaux de bord, les bilans d\u2019impact, les mod\u00e8les \u00e9conomiques soutenables. Et elle touche jusqu\u2019aux marges : les petites structures, les collectifs informels, les projets bricol\u00e9s avec peu de moyens mais beaucoup d\u2019humain.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">\u00c0 travers l\u2019impact social, on nous demande de quantifier ce qui, justement, \u00e9chappe \u00e0 la mesure : une pr\u00e9sence, un lien, un geste, un cheminement. \u00c0 travers le mod\u00e8le socio-\u00e9conomique, on nous demande de rendre notre action compatible avec des normes gestionnaires, sans interroger ce qu\u2019elles laissent de c\u00f4t\u00e9 : les luttes, les conflits, les remises en cause de l\u2019ordre \u00e9tabli.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce texte est une tentative de mettre \u00e0 nu cette tension. Il part du terrain (de ce qui se vit, se cherche, se transforme en dehors des logiques dominantes) pour interroger ce que ces nouvelles exigences font \u00e0 nos pratiques. Plut\u00f4t que de c\u00e9der \u00e0 l\u2019\u00e9valuation comme injonction, il s\u2019agit de penser l\u2019\u00e9valuation comme outil d\u2019auto-d\u00e9fense, comme espace de r\u00e9cit, comme moyen de repolitiser nos actions. Car derri\u00e8re la question comment \u00e9valuer ce que nous faisons ? Une autre se dessine : \u00e0 quelle condition pouvons-nous encore transformer le monde, sans nous trahir ?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>L\u2019impact social : rendre visible\u2026 ou rendre compatible ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">L\u2019impact social, devenu mot d\u2019ordre dans le champ associatif, s\u2019affiche partout : dans les appels \u00e0 projets, les bilans d\u2019activit\u00e9, les \u00e9valuations participatives et m\u00eame au c\u0153ur des projets dits \u201c\u00e9mancipateurs\u201d. Derri\u00e8re cette injonction \u00e0 \u00ab rendre visible ce qui est invisible \u00bb se cache un glissement insidieux. L\u2019action sociale devient un produit mesurable, quantifiable, norm\u00e9 et donc gouvernable.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">On comprend bien la promesse : valoriser les actions autrement que par les chiffres financiers, donner \u00e0 voir ce que l\u2019on produit de lien, de pr\u00e9sence, de coop\u00e9ration, d\u2019\u00e9mancipation. Mais cette promesse est-elle tenue ? Ou ne sommes-nous pas en train de troquer la richesse de nos pratiques contre un tableau de bord format\u00e9 pour rassurer les financeurs ?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il s\u2019agit de convaincre les financeurs, les d\u00e9cideurs, de prouver l\u2019utilit\u00e9, d\u2019am\u00e9liorer l\u2019efficience. Le vocabulaire lui-m\u00eame est r\u00e9v\u00e9lateur : effets produits, retomb\u00e9es mesurables, externalit\u00e9s positives, indicateurs d\u2019attribution. L\u2019impact social devient ainsi un outil de pilotage, de normalisation, de contr\u00f4le. L\u2019\u00e9mancipation devient une donn\u00e9e \u00e0 encoder.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Pourtant, toutes les associations ne se r\u00e9signent pas \u00e0 cette logique uniforme. Certaines explorent d\u2019autres chemins. Elles tentent de s\u2019\u00e9loigner des outils standardis\u00e9s pour inventer une \u00e9valuation situ\u00e9e, incarn\u00e9e, construite avec les personnes concern\u00e9es. Des grilles collectives naissent, bricol\u00e9es avec soin, au croisement des r\u00e9cits, des v\u00e9cus, des gestes du quotidien. On y parle alors de vivre ensemble, de lien social, de mont\u00e9e en comp\u00e9tence, d\u2019\u00e9panouissement, de d\u00e9mocratie locale. Et c\u2019est d\u00e9j\u00e0 beaucoup. C\u2019est pr\u00e9cieux.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Mais il faut se demander : que reste-t-il de tout cela, une fois traduit dans les cadres de la mesure d\u2019impact telle qu\u2019elle est attendue par les financeurs, les institutions, les dispositifs d\u2019\u00e9valuation reconnus ? Que devient cette parole habitante, quand elle est filtr\u00e9e, comptabilis\u00e9e, transform\u00e9e en indicateurs ?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Car les mots que nous mobilisons, aussi puissants soient-ils, peuvent \u00eatre retourn\u00e9s contre nous. Si \u00ab vivre ensemble \u00bb gomme les conflits, les d\u00e9saccords, les rapports de domination, alors il devient une injonction au calme social. Si \u00ab lien social \u00bb remplace le travail sur les in\u00e9galit\u00e9s structurelles par une gestion de la convivialit\u00e9, on passe du politique au fonctionnel. Si l\u2019\u00ab \u00e9panouissement \u00bb est r\u00e9duit au d\u00e9veloppement personnel, il devient une norme comportementale et n\u2019admet que la responsabilisation individuelle. Si la \u00ab d\u00e9mocratie locale \u00bb ne donne ni pouvoir, ni moyens, ni droit au d\u00e9saccord, elle devient une mascarade de participation. Et si la \u00ab mont\u00e9e en comp\u00e9tence \u00bb sert \u00e0 d\u00e9placer sur les personnes la charge des r\u00e9ussites et des \u00e9checs, alors elle enterre les luttes pour la reconnaissance, les qualifications, les droits collectifs.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Dans ce cadre, la mesure d\u2019impact, m\u00eame bien intentionn\u00e9e, peut devenir un outil de neutralisation politique. On n\u2019y mesure pas ce qui d\u00e9range, ce qui transforme, ce qui fracture. On y mesure ce qui rentre dans la case. Ce qui peut se montrer, se vendre, se reproduire. Le d\u00e9saccord est effac\u00e9. L\u2019\u00e9mancipation devient un produit. L\u2019exp\u00e9rimentation sociale est convertie en performance.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Alors oui, il y a des tentatives int\u00e9ressantes, des d\u00e9tournements cr\u00e9atifs, des bricolages politiques. Mais tant que la logique dominante reste celle de l\u2019\u00e9valuation pour justifier, pour prouver, pour rendre compte \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur plut\u00f4t que pour se questionner, se renforcer, se transformer depuis l\u2019int\u00e9rieur, nous restons dans un syst\u00e8me d\u2019impact norm\u00e9. Et ce syst\u00e8me, au fond, ne supporte pas l\u2019inattendu, l\u2019impr\u00e9visible, le conflictuel. Il exige du mesurable. Il craint la rupture.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">\u00c0 nous de r\u00e9sister. De reprendre nos mots. D\u2019\u00e9valuer depuis les marges, pas depuis les tableaux Excel. D\u2019inventer des formes d\u2019\u00e9valuation qui soient en elles-m\u00eames des actes d\u2019\u00e9ducation populaire, de politisation, d\u2019auto-d\u00e9fense.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Oui le paradoxe demeure. Car m\u00eame en cherchant \u00e0 r\u00e9sister \u00e0 l\u2019outil d\u2019\u00e9valuation standardis\u00e9, m\u00eame en travaillant \u00e0 partir du v\u00e9cu des personnes, on reste souvent pris dans la logique de l\u2019\u00e9valuation comme justification, du compte \u00e0 rendre permanent. On nous demande de mesurer l\u2019indicible, de quantifier la chaleur humaine, d\u2019\u00e9valuer la puissance d\u2019agir comme on \u00e9valuerait un dispositif RH.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Le mod\u00e8le socio-\u00e9conomique : levier de transformation ou outil d\u2019int\u00e9gration ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Si l\u2019impact social questionne la mani\u00e8re dont on rend visible nos actions, le mod\u00e8le socio-\u00e9conomique interroge la mani\u00e8re dont on organise leur viabilit\u00e9. Ces deux dimensions sont indissociables et forment le cadre dans lequel nous \u00e9voluons aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Le mod\u00e8le socio-\u00e9conomique (MSE) est souvent pr\u00e9sent\u00e9 comme une boussole pour les associations : comment faire vivre son projet sans vendre son \u00e2me ? Comment articuler valeurs, richesses humaines, ancrage territorial et financement dans un contexte o\u00f9 l\u2019argent public se fait rare, et o\u00f9 la marchandisation des missions sociales s\u2019acc\u00e9l\u00e8re ?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Les travaux du LISRA<sup data-fn=\"683908f4-b00a-4964-ba05-9df1be683245\" class=\"fn\"><a href=\"#683908f4-b00a-4964-ba05-9df1be683245\" id=\"683908f4-b00a-4964-ba05-9df1be683245-link\">1<\/a><\/sup> \u00e9clairent cette tension fondamentale : penser le mod\u00e8le \u00e9conomique \u00e0 partir de l\u2019organisation sociale souhait\u00e9e, et non l\u2019inverse. Voil\u00e0 un renversement salutaire. Le projet d\u2019\u00e9ducation populaire, d\u2019\u00e9mancipation, de transformation, doit rester le c\u0153ur battant et le mod\u00e8le \u00e9conomique, un moyen de le faire vivre. Pas l\u2019inverse.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Mais dans la r\u00e9alit\u00e9, l\u2019\u00e9conomie colonise nos fa\u00e7ons de faire. On nous incite \u00e0 d\u00e9velopper des ressources propres, \u00e0 cr\u00e9er des activit\u00e9s g\u00e9n\u00e9ratrices de revenus, \u00e0 optimiser nos fonctionnements\u2026 Et l\u2019\u00c9conomie Sociale et Solidaire (ESS), qui devrait \u00eatre un espace tiers, une alternative, se retrouve ainsi \u00e0 jouer un r\u00f4le d\u2019amortisseur, diluant les revendications tout en facilitant l\u2019adaptation au n\u00e9olib\u00e9ralisme.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Encore une fois, des tentatives existent. Des coop\u00e9ratives se cr\u00e9ent \u00e0 la lisi\u00e8re des mod\u00e8les associatifs, avec l\u2019envie de sortir des logiques descendantes, de contourner les contraintes institutionnelles, de r\u00e9inventer une autre mani\u00e8re de faire ensemble. Elles s\u2019appuient sur des valeurs de proximit\u00e9, de solidarit\u00e9 concr\u00e8te, d\u2019\u00e9conomie du partage, de gouvernance d\u00e9mocratique. Des SCIC (Soci\u00e9t\u00e9 Coop\u00e9rative d\u2019Int\u00e9r\u00eat Collectif) \u00e9mergent, des circuits courts se structurent, des lieux se mutualisent. Le mod\u00e8le semble s\u00e9duisant : il promet une redistribution locale des richesses, une prise de d\u00e9cision partag\u00e9e, un ancrage territorial r\u00e9el. On parle de communs, de r\u00e9sistance, de transition, de transformation. Et parfois, ces promesses deviennent r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Pourtant, malgr\u00e9 ces promesses, la r\u00e9alit\u00e9 r\u00e9v\u00e8le de nombreuses contradictions. Car m\u00eame dans ces espaces alternatifs, la tension reste vive entre la n\u00e9cessit\u00e9 de survivre \u00e9conomiquement et le d\u00e9sir de pr\u00e9server l\u2019esprit du commun. La logique de projet, avec ses temporalit\u00e9s norm\u00e9es, ses appels \u00e0 financement, ses indicateurs d\u2019\u00e9valuation, s\u2019immisce partout. Elle impose son rythme, ses cadres, ses outils. Elle fait entrer dans l\u2019ombre ce qui ne se mesure pas, ce qui d\u00e9borde, ce qui d\u00e9range.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Dans ce contexte, la question revient avec insistance : comment ne pas perdre ce qui faisait la force du collectif initial ? Comment pr\u00e9server la spontan\u00e9it\u00e9 des engagements, le lien vivant du b\u00e9n\u00e9volat, les gestes d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9s, les paroles imparfaites mais justes ? Comment continuer \u00e0 accueillir le conflit, la divergence, la parole brute, quand tout pousse \u00e0 lisser, \u00e0 formaliser, \u00e0 s\u00e9curiser les formes d\u2019action ?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ainsi, sous couvert de viabilit\u00e9 \u00e9conomique, la dynamique militante se trouve progressivement neutralis\u00e9e. Le risque est l\u00e0 : l\u2019exigence de viabilit\u00e9 \u00e9conomique pourrait finir par imposer ses lois et en voulant trop bien faire, on en vienne \u00e0 institutionnaliser la marge. L\u2019\u00e9nergie militante pourrait se convertir en charge salariale, l\u2019autogestion deviendrait gouvernance proc\u00e9durale. Il y a le risque, aussi, que les luttes fondatrices soient oubli\u00e9es, effac\u00e9es derri\u00e8re des logos, des bilans d\u2019activit\u00e9 et des strat\u00e9gies de d\u00e9veloppement.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Et alors, ce qui devait \u00eatre un espace d\u2019\u00e9mancipation devient une structure comme une autre, int\u00e9gr\u00e9e dans l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me des politiques publiques, reconnue, labellis\u00e9e, mais neutralis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Pour \u00e9viter cela, il faut maintenir des lignes de fuite. Refuser la standardisation. Accueillir l\u2019impr\u00e9vu, l\u2019informel, le conflit. Ne pas c\u00e9der \u00e0 l\u2019obsession de la l\u00e9gitimation. Et surtout, continuer \u00e0 s\u2019ancrer dans les pratiques : celles qui mettent les mains dans la terre, dans la cuisine, dans le tissu vivant du quartier. Celles qui osent ne pas rentrer dans les cases. Celles qui affirment que le lien pr\u00e9c\u00e8de la structure. Que l\u2019engagement n\u2019a pas besoin d\u2019\u00eatre rentabilis\u00e9 pour exister. Ce n\u2019est pas simple. Mais c\u2019est \u00e0 ce prix que les coop\u00e9ratives resteront des espaces de transformation sociale, et non des variables d\u2019ajustement du n\u00e9olib\u00e9ralisme localis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Le glissement marchand : quand l\u2019\u00e9conomie envahit le solidaire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce n\u2019est pas simple. Parce qu\u2019aujourd\u2019hui, les institutions elles-m\u00eames alimentent le glissement. Elles tiennent un discours s\u00e9duisant, moderne, entrepreneurial, qui pousse les associations \u00e0 \u00ab\u202fse professionnaliser\u202f\u00bb, \u00e0 \u00ab\u202fdiversifier leurs ressources\u202f\u00bb, \u00e0 \u00ab\u202fcr\u00e9er de la valeur \u00e9conomique\u202f\u00bb. Il y a l\u00e0 un sous-entendu\u202f: devenir des petites entreprises comme les autres. On n\u2019appelle plus cela des subventions, mais des aides au d\u00e9veloppement de l\u2019activit\u00e9 ou des appels \u00e0 projets innovants. On ne soutient plus un projet dans sa globalit\u00e9, on finance ce qui entre dans les grilles. Et ce qui d\u00e9borde est invit\u00e9 \u00e0 se rentabiliser.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">La subvention, pens\u00e9e historiquement comme un soutien public \u00e0 une mission d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, se retrouve pervertie. Elle devient conditionn\u00e9e, morcel\u00e9e, temporaire. Elle est soumise \u00e0 des contreparties, \u00e0 des bilans d\u2019impact, \u00e0 des objectifs chiffr\u00e9s. Elle n\u2019est plus un levier d\u2019autonomie, mais un outil de pilotage. Et dans le m\u00eame mouvement, les associations sont pouss\u00e9es \u00e0 cr\u00e9er leurs propres ressources, \u00e0 vendre, \u00e0 facturer, \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer du chiffre pour compenser ce que l\u2019\u00c9tat et les collectivit\u00e9s ne veulent plus financer durablement.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Mais ce mod\u00e8le est fragile. Il pr\u00e9carise les \u00e9quipes. Il d\u00e9tourne les structures de leur raison d\u2019\u00eatre. Il pousse \u00e0 la concurrence entre acteurs du m\u00eame territoire. Il transforme les personnes (allocataires, usagers) en clients, les pratiques collectives en prestations, les territoires populaires en march\u00e9s \u00e0 conqu\u00e9rir. Cette logique transforme profond\u00e9ment notre champ d\u2019intervention, au risque de perdre ce qui fait sa sp\u00e9cificit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Or, ce n\u2019est pas notre champ. Nous ne sommes pas l\u00e0 pour r\u00e9pondre aux lois du march\u00e9. Nous ne sommes pas des op\u00e9rateurs de service, ni des start-up sociales, ni des laboratoires d\u2019innovation sociale au service du productivisme en crise. Notre champ, c\u2019est le champ du solidaire, du commun, de la coop\u00e9ration r\u00e9elle. C\u2019est celui o\u00f9 la valeur ne se mesure pas en euros mais en liens tiss\u00e9s, en pr\u00e9sences partag\u00e9es, en possibilit\u00e9s recr\u00e9\u00e9es. C\u2019est celui o\u00f9 l\u2019on agit non pour rentabiliser, mais pour transformer. Non pour adapter les gens \u00e0 l\u2019existant, mais pour remettre en cause ce qui les emp\u00eache de vivre dignement. Nous ne refusons pas de penser l\u2019\u00e9conomie. Mais nous la pensons depuis les marges, depuis les territoires d\u00e9laiss\u00e9s, depuis les usages partag\u00e9s, depuis le soin, la gratuit\u00e9, l\u2019accueil. Nous pensons l\u2019\u00e9conomie comme une cons\u00e9quence, pas comme un moteur. C\u2019est \u00e0 partir de ce milieu l\u00e0 que nous tenons debout.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Impact social et mod\u00e8le socio-\u00e9conomique : deux faces d\u2019un m\u00eame contr\u00f4le<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Impact social et mod\u00e8le \u00e9conomique ne sont pas seulement li\u00e9s : ils se renforcent mutuellement dans un m\u00e9canisme qui encadre et contr\u00f4le l\u2019action associative. Si l\u2019on regarde ensemble impact social et mod\u00e8le socio-\u00e9conomique, on constate qu\u2019ils forment deux faces compl\u00e9mentaires d\u2019un m\u00eame m\u00e9canisme de contr\u00f4le. L\u2019impact social et le mod\u00e8le socio-\u00e9conomique, \u00e0 premi\u00e8re vue, semblent donc relever de deux registres distincts : l\u2019un cherche \u00e0 \u00e9valuer les effets des actions, l\u2019autre \u00e0 assurer la viabilit\u00e9 du projet. Mais les deux s\u2019imbriquent \u00e9troitement dans une m\u00eame logique : celle de l\u2019int\u00e9gration des associations aux normes n\u00e9olib\u00e9rales de gestion, de performance et de reddition de comptes.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Derri\u00e8re la bienveillance des discours comme \u00ab donner du sens \u00bb, \u00ab valoriser les actions \u00bb, \u00ab p\u00e9renniser les projets \u00bb : il se cache une r\u00e9alit\u00e9 bien plus contraignante pusiqu\u2019il s\u2019agit d\u2019inscrire nos pratiques dans un syst\u00e8me d\u2019obligations mutuelles o\u00f9 la reconnaissance passe par la preuve, et la l\u00e9gitimit\u00e9 par la conformit\u00e9. La production de rapports d\u2019impact et la structuration du MSE sont devenues des conditions d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la ressource publique, voire \u00e0 la simple existence dans l\u2019espace politique local.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">L\u2019impact social, tel qu\u2019il est attendu aujourd\u2019hui, ne mesure pas ce que nous faisons : il mesure ce que les institutions veulent voir. Et ce qu\u2019elles veulent voir, ce sont des r\u00e9sultats compatibles avec leurs indicateurs, des effets positifs, visibles, chiffrables. Quant au mod\u00e8le socio-\u00e9conomique, il devient une matrice d\u2019acceptabilit\u00e9 : il faut montrer qu\u2019on est viable, qu\u2019on est structur\u00e9, qu\u2019on a su diversifier nos ressources, qu\u2019on ne d\u00e9pend pas uniquement de la subvention.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Cette double injonction (prouver son impact et garantir sa dynamique \u00e9conomique) cr\u00e9e une pression constante. Elle pousse les structures \u00e0 lisser leur discours, \u00e0 adapter leur projet, \u00e0 calibrer leurs pratiques. Elle rend suspect tout ce qui \u00e9chappe \u00e0 la mesure ou au march\u00e9. Elle produit une mise en concurrence permanente entre les associations, et contribue \u00e0 la disparition des formes les plus fragiles, les plus critiques, les plus inventives.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Et ce qui devait \u00eatre un levier de reconnaissance devient alors un instrument de contr\u00f4le. On ne parle plus de valeurs, de luttes, de conflictualit\u00e9, de pouvoir d\u2019agir. On parle d\u2019\u00ab\u202f\u00e9cosyst\u00e8me de valeur\u202f\u00bb, de \u00ab\u202fgouvernance partag\u00e9e\u202f\u00bb, de \u00ab\u202frichesses humaines\u202f\u00bb, d\u2019\u00ab&nbsp;innovation sociale&nbsp;\u00bb, d\u2019\u00ab&nbsp;utilit\u00e9 sociale&nbsp;\u00bb autant de mots habill\u00e9s pour ne pas d\u00e9ranger. Le politique se dilue dans le performatif. L\u2019\u00e9mancipation devient un indicateur. Le lien social une variable.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Alors, il est temps de renverser la table. De reprendre la main. De repolitiser nos pratiques et nos mots. Car ce qui est en jeu ici, ce n\u2019est pas une meilleure gestion, ce n\u2019est pas un pilotage plus fin. Ce qui est en jeu, c\u2019est notre capacit\u00e9 \u00e0 exister autrement, en dehors des logiques de rendement, de marchandisation et de mise en march\u00e9 du social. Et c\u2019est l\u00e0 que peut s\u2019ouvrir une autre voie, une voie par les marges, une voie des communs, des r\u00e9cits situ\u00e9s, des pratiques de rupture. Une voie o\u00f9 \u00e9valuer, c\u2019est se relier, pas se justifier. O\u00f9 le mod\u00e8le \u00e9conomique devient l\u2019expression d\u2019un projet politique, pas son corset. C\u2019est \u00e0 cette condition qu\u2019une autre logique peut \u00e9merger.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Contre-\u00e9valuation et communs populaires : vers une autre logique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Face \u00e0 ce double m\u00e9canisme de contr\u00f4le, quelles alternatives sont possibles ? Comment construire une \u00e9valuation et un mod\u00e8le \u00e9conomique qui ne soient pas des outils de soumission, mais des leviers d\u2019\u00e9mancipation ?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il ne suffit pas de \u00ab\u202fmesurer autrement\u202f\u00bb. Ce n\u2019est pas une affaire de m\u00e9thode ou de subtilit\u00e9 technique. Il faut aller plus loin : interroger ce que l\u2019on mesure, pour qui, dans quelle logique, au service de quelle vision du monde. Car derri\u00e8re toute mesure, il y a un regard. Et derri\u00e8re ce regard, une volont\u00e9 de contr\u00f4le, de r\u00e9gulation, de normalisation.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il ne s\u2019agit pas ici de rejeter toute forme d\u2019\u00e9valuation. \u00c9valuer, c\u2019est aussi s\u2019interroger, faire m\u00e9moire, transmettre, se donner les moyens de penser ce que l\u2019on fait et pour qui on le fait. Mais nous devons r\u00e9sister \u00e0 l\u2019\u00e9valuation comme dispositif de pouvoir. R\u00e9sister \u00e0 cette forme d\u2019\u00e9valuation descendante, ext\u00e9rieure, performative, qui pr\u00e9tend objectiver des r\u00e9alit\u00e9s humaines en les r\u00e9duisant \u00e0 des tableaux Excel. R\u00e9sister \u00e0 cette injonction \u00e0 la transparence qui, sous couvert de rendre visible, nous d\u00e9pouille de notre capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9finir nous-m\u00eames ce qui compte.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">En p\u00e9dagogie sociale, nous ne travaillons pas pour produire des indicateurs, ni pour valoriser des retomb\u00e9es. Nous travaillons \u00e0 partir du r\u00e9el, \u00e0 partir du quotidien, \u00e0 partir des corps, des paroles, des tensions. Ce que nous produisons ne se compte pas : il se raconte, il se transmet, il se tisse. Ce sont des transformations lentes, souterraines, instables. Ce sont des gestes minuscules mais d\u00e9cisifs. Ce sont des enfants qui reprennent confiance, des femmes qui se rassemblent pour cr\u00e9er un espace, des jeunes qui inventent leur mani\u00e8re d\u2019habiter le monde. Ce sont des conflits affront\u00e9s, des r\u00e9conciliations construites, des absences qui deviennent des pr\u00e9sences. Ce sont des existences qui reprennent place.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Et cela ne rentre dans aucun tableau d\u2019impact. Et c\u2019est tant mieux.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">L\u2019\u00e9ducation populaire, dans sa version politique, n\u2019a pas \u00e0 prouver son utilit\u00e9 \u00e0 ceux qui gouvernent. Elle a \u00e0 renforcer ses alliances, \u00e0 fabriquer ses propres r\u00e9cits, \u00e0 construire sa m\u00e9moire, \u00e0 affirmer sa puissance d\u2019agir. Elle ne cherche pas \u00e0 s\u2019adapter aux mod\u00e8les \u00e9conomiques dominants. Elle ne mendie pas sa place dans les appels \u00e0 projets. Elle ne mesure pas sa valeur \u00e0 l\u2019aune de la rentabilit\u00e9 ou de la valeur ajout\u00e9e.<br><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Elle cr\u00e9e ses propres formes, elle fabrique ses propres outils, elle choisit parfois de ne pas dire, de ne pas montrer, pour pr\u00e9server des espaces d\u2019exp\u00e9rimentation. Car certaines choses ne se montrent pas sans se trahir. Certaines pratiques ont besoin d\u2019ombre pour grandir.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">C\u2019est dans ces marges (ces espaces fragiles, incertains, non-institutionnels) que peut \u00e9merger une autre logique. Une logique de communs populaires, une \u00e9conomie du soin, de la gratuit\u00e9, de la pr\u00e9sence, de la coop\u00e9ration r\u00e9elle. Une \u00e9conomie non pas index\u00e9e sur la croissance, mais sur le souci de l\u2019autre, sur la qualit\u00e9 des liens, sur la capacit\u00e9 \u00e0 faire ensemble malgr\u00e9 tout.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ces communs populaires ne sont pas des mod\u00e8les exportables, des dispositifs duplicables, des labels d\u2019innovation sociale. Ce sont des pratiques de terrain, des formes de vie, des cultures de r\u00e9sistance. Ils s\u2019inventent au jour le jour, dans les interstices du syst\u00e8me. Ils accueillent les savoirs ordinaires, les silences, les col\u00e8res, les solidarit\u00e9s. Ils ne r\u00e9pondent pas aux indicateurs, mais au besoin vital de tenir debout ensemble, de faire communaut\u00e9, de cr\u00e9er un nous qui ne se fabrique pas dans les fiches projets mais dans les luttes et les fragilit\u00e9s partag\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Alors \u00e9valuer autrement, c\u2019est possible \u00e0 condition de partir du r\u00e9el, du v\u00e9cu, et non des attentes institutionnelles. \u00c0 condition de ne pas le faire dans les cadres attendus. Il ne s\u2019agit pas de remplir autrement les cases des rapports d\u2019activit\u00e9, ni d\u2019embellir l\u2019indicateur avec un peu de r\u00e9cit. Il s\u2019agit de cr\u00e9er des espaces \u00e0 part, hors des logiques de validation. C\u2019est tenir un carnet de bord sensible dans la rue plut\u00f4t qu\u2019un tableau d\u2019indicateurs. C\u2019est organiser un cercle de parole entre habitants pour faire m\u00e9moire d\u2019un projet, plut\u00f4t que de distribuer un questionnaire de satisfaction. C\u2019est raconter ce qui s\u2019est pass\u00e9 avec des r\u00e9cits, des dessins, du th\u00e9\u00e2tre, plut\u00f4t qu\u2019un rapport fig\u00e9. C\u2019est inviter un collectif alli\u00e9 \u00e0 porter un regard critique et situ\u00e9 sur nos pratiques. C\u2019est exposer des traces de vie (photos, objets, mots glan\u00e9s) pour t\u00e9moigner de ce qui a travers\u00e9 un lieu, un groupe, un temps. C\u2019est faire une recherche action avec les gens du quartier dans leur milieu de vie ou former des groupes de recherches participatives en publiant les travaux (dans des livres, des articles). Ces formes d\u2019\u00e9valuation ne mesurent pas la conformit\u00e9 : elles racontent l\u2019essentiel. Elles ne trahissent pas nos intentions, elles les prolongent. Et surtout, elles redonnent \u00e0 celles et ceux qui font l\u2019action le pouvoir d\u2019en dire le sens.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Mesurer ou transformer ?<\/strong><br>Nous savons aujourd\u2019hui que c\u00e9der \u00e0 la logique de la mesure, m\u00eame en l\u2019am\u00e9nageant, c\u2019est risquer de perdre ce qui fait la force de nos pratiques : leur ancrage vivant, leur conflictualit\u00e9, leur capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9sister au formatage. Ce n\u2019est pas une affaire de m\u00e9thode, mais une question politique.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Refuser d\u2019entrer dans les cadres, c\u2019est choisir de raconter autrement. De cr\u00e9er nos propres espaces d\u2019\u00e9valuation : partag\u00e9s, situ\u00e9s, indisciplin\u00e9s. Des espaces o\u00f9 ce qui compte ne se chiffre pas, mais se raconte, se transmet, se vit. Et surtout, o\u00f9 l\u2019on n\u2019\u00e9value pas pour prouver, mais pour comprendre, renforcer, et continuer \u00e0 faire corps.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Nous n\u2019avons pas besoin d\u2019une \u00e9valuation qui valide ce que nous faisons.<br>Nous avons besoin d\u2019espaces qui reconnaissent ce que nous sommes.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Et ces espaces ne se qu\u00e9mandent pas. Ils se construisent. Ils se d\u00e9fendent. Ils se cultivent. Alors construisons, d\u00e9fendons, cultivons ces espaces. Ils sont le socle d\u2019une autre mani\u00e8re d\u2019\u00eatre ensemble Nous avons besoin de lieux pour penser ce que nous faisons, ensemble.<\/p>\n\n\n<ol style=\"text-transform:none;\" class=\"wp-block-footnotes has-small-font-size\"><li id=\"683908f4-b00a-4964-ba05-9df1be683245\">Laboratoire d\u2019Innovation Sociale par le recherche Action &#8211; <a href=\"https:\/\/www.fonjep.org\/sites\/default\/files\/public\/fonjep_ckeditor\/pdf\/MSE\/ETAT-ART-LISRA.pdf\">https:\/\/www.fonjep.org\/sites\/default\/files\/public\/fonjep_ckeditor\/pdf\/MSE\/ETAT-ART-LISRA.pdf<\/a> <a href=\"#683908f4-b00a-4964-ba05-9df1be683245-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 1\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Christophe Pruvot Mesurer ou transformer ?Cette question, en apparence technique, est au c\u0153ur d\u2019un basculement politique profond qui traverse le monde associatif, l\u2019\u00e9ducation populaire, et les pratiques sociales engag\u00e9es. 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