{"id":1931,"date":"2025-06-23T16:19:36","date_gmt":"2025-06-23T14:19:36","guid":{"rendered":"https:\/\/christophepruvot.org\/?p=1931"},"modified":"2025-07-17T12:00:37","modified_gmt":"2025-07-17T10:00:37","slug":"individu-personne-sujet-penser-lhumain-dans-nos-pratiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/2025\/06\/23\/individu-personne-sujet-penser-lhumain-dans-nos-pratiques\/","title":{"rendered":"Individu, personne, sujet : penser l&rsquo;humain dans nos pratiques"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"text-transform:none\"><em>Par Christophe Pruvot<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Introduction \u2013 De quoi parle-t-on, quand on parle d\u2019individu, de personne, de sujet ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce texte est n\u00e9 d\u2019un besoin de clarification. Non pas une clarification th\u00e9orique, scolaire, acad\u00e9mique mais une clarification politique. Car les mots ont un poids. Ils d\u00e9signent, classent, orientent. Ils engagent des pratiques, des postures, des institutions. C\u2019est moi, travailleur social, \u00e9ducateur, formateur, militant de terrain, qui ai souhait\u00e9 astiquer ces termes (individu, personne, sujet) pour ne plus les confondre, pour leur redonner leur sens, et surtout pour les replacer dans le contexte de nos pratiques sociales, \u00e9ducatives et politiques.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Pourquoi parler de \u00ab personnalisation \u00bb plut\u00f4t que d\u2019\u00ab individualisation \u00bb ? Pourquoi insister sur la notion de personne quand les politiques publiques parlent d\u2019\u00ab usagers \u00bb ?<br>Pourquoi, enfin, choisir le mot sujet quand tant de dispositifs nous transforment en objets de gestion ou en sujets assujettis ?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Car c\u2019est bien l\u00e0 que se joue une part de notre engagement : dans la tension entre le sujet libre (celui qui se pense et se construit dans l\u2019\u00e9mancipation, la relation, la parole) et le sujet assujetti, celui que l\u2019on nomme ainsi pour mieux le soumettre, le cadrer, l\u2019\u00e9teindre. Il y a dans ce double sens du mot \u00ab sujet \u00bb toute une histoire : celle de la domination, mais aussi celle des luttes pour en sortir.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Et c\u2019est \u00e0 cette crois\u00e9e que je veux me placer, dans un dialogue vivant avec Frantz Fanon, qui parlait du sujet colonis\u00e9 et de sa r\u00e9appropriation de lui-m\u00eame, et Paulo Freire, qui voyait dans l\u2019\u00e9ducation populaire le chemin d\u2019un sujet qui devient acteur conscient de sa propre histoire.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ces questions ne sont pas des jeux de langage. Elles touchent au c\u0153ur de ce que nous d\u00e9fendons dans nos engagements quotidiens. Car c\u2019est \u00e0 travers les mots que l\u2019on pense le monde. Et c\u2019est avec eux que l\u2019on d\u00e9cide, parfois sans s\u2019en rendre compte, de se taire ou de r\u00e9sister.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>L\u2019individu : unit\u00e9 minimale, figure de la gestion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">L\u2019\u00e9tymologie du mot vient : du latin individuum, form\u00e9 de in (n\u00e9gation) et dividuum (divisible). Litt\u00e9ralement, l\u2019individu est \u00ab ce qui ne peut \u00eatre divis\u00e9 \u00bb. Au sens originel : l\u2019individu est ce qui est indivisible, une unit\u00e9 enti\u00e8re et distincte. D\u2019abord utilis\u00e9 en philosophie pour d\u00e9signer une entit\u00e9 singuli\u00e8re, une substance unique. A partir du XVIIIe si\u00e8cle, le mot prend un sens anthropologique et politique. Il devient l\u2019unit\u00e9 de base de la soci\u00e9t\u00e9 dans la pens\u00e9e lib\u00e9rale. Dans les sciences sociales, l\u2019individu est souvent isol\u00e9 de son contexte, ce qui facilite la gestion, la cat\u00e9gorisation, la statistique.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">L\u2019individu est un \u00eatre r\u00e9el, vivant, biologique. Il est identifiable, quantifiable, mesurable. Il est souvent r\u00e9duit \u00e0 un num\u00e9ro, un identifiant, une donn\u00e9e dans un tableau Excel. L\u2019individu est une entit\u00e9 isol\u00e9e, \u00ab indivisible \u00bb, nous dit la racine latine. Il est le point de d\u00e9part des logiques statistiques, des fichiers usagers, des d\u00e9marches administratives.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Dans les institutions sociales, on nous parle d\u2019\u00ab accompagnement individualis\u00e9 \u00bb. Et dans ce mot, trop souvent, ce n\u2019est pas la personne qui est reconnue, encore moins le sujet. C\u2019est l\u2019individu, nu, r\u00e9duit \u00e0 ses besoins, \u00e0 ses manques, \u00e0 ses sympt\u00f4mes. Un jeune \u00ab en difficult\u00e9 \u00bb. Une femme \u00ab isol\u00e9e \u00bb. Un usager \u00ab sans emploi \u00bb. Des individus \u00e0 traiter, \u00e0 orienter, \u00e0 prescrire.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">L\u2019individu est la figure favorite des politiques n\u00e9olib\u00e9rales : autonome mais seul, libre mais responsable de ses \u00e9checs. Un individu \u00ab employable \u00bb, \u00ab activable \u00bb, \u00ab ins\u00e9rable \u00bb\u2026 ou \u00e0 d\u00e9faut, \u00e0 surveiller.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il nous faut r\u00e9sister \u00e0 cette r\u00e9duction. L\u2019individu n\u2019est pas ill\u00e9gitime. Il est le point de d\u00e9part du vivant. Mais il n\u2019est pas le tout de l\u2019humain.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>La personne : dignit\u00e9 et humanit\u00e9 en partage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">L\u2019\u00e9tymologie du mot vient du latin persona, qui d\u00e9signait le masque de th\u00e9\u00e2tre port\u00e9 par les acteurs dans l\u2019Antiquit\u00e9 romaine. Par extension, persona est devenu le \u00ab r\u00f4le social \u00bb ou le \u00ab personnage \u00bb. Au sens originel, la persona n\u2019est pas la personne int\u00e9rieure, mais le r\u00f4le visible, la figure publique que l\u2019on donne \u00e0 voir. Avec le christianisme et la philosophie morale, le mot prend un sens ontologique et \u00e9thique : la personne est un \u00eatre dou\u00e9 de raison, de conscience, porteur de dignit\u00e9. En droit, la personne devient sujet de droits. Le passage de la persona au sens moderne traduit un \u00e9largissement du masque au porteur du masque : une reconnaissance de l\u2019humanit\u00e9 derri\u00e8re le r\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">La personne, c\u2019est l\u2019individu qui porte en lui une histoire, une int\u00e9riorit\u00e9, une dignit\u00e9. Il n\u2019est plus simplement un \u00eatre vivant. Il est un \u00eatre r\u00e9fl\u00e9chi, moral, relationnel.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">La personne, c\u2019est celle qu\u2019on rencontre vraiment. Celle dont on cherche \u00e0 conna\u00eetre le pr\u00e9nom, le regard, le parcours. Celle qu\u2019on \u00e9coute, qu\u2019on respecte. La personne est incarn\u00e9e. Elle n\u2019est pas un profil ou un dossier. Elle est un corps et un esprit, un \u00eatre en lien, capable de discernement et d\u2019engagement.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Dans nos pratiques d\u2019accompagnement social, dans les centres sociaux ou les structures d\u2019accueil, nous d\u00e9fendons la personnalisation des relations, \u00e0 l\u2019inverse de l\u2019individualisation des parcours. Parce que la personnalisation suppose la reconnaissance mutuelle. Elle exige du temps, du lien, de l\u2019\u00e9thique.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Reconna\u00eetre la personne, c\u2019est refuser la standardisation des r\u00e9ponses. C\u2019est consid\u00e9rer que chaque \u00eatre humain est porteur de droits, de d\u00e9sirs, de potentialit\u00e9s. Et cela change tout. Cela oblige \u00e0 ralentir. \u00c0 dialoguer. \u00c0 composer avec l\u2019autre. \u00c0 sortir de la gestion pour entrer dans la relation.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Le sujet : conscience, responsabilit\u00e9 et \u00e9mancipation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">L\u2019\u00e9tymologie du mot vient du latin subjectus, participe pass\u00e9 de subicere, qui signifie \u00ab jeter dessous \u00bb, \u00ab soumettre \u00bb. Au sens originel, le subjectus est celui qui est soumis \u00e0 une autorit\u00e9 sup\u00e9rieure, notamment le sujet du roi ou le sujet de l\u2019\u00c9tat. En philosophie moderne, le \u00ab sujet \u00bb devient aussi celui qui pense, qui per\u00e7oit, qui agit, en opposition \u00e0 l\u2019objet. Le sujet devient conscience, raison, autonomie. D\u2019o\u00f9 la tension : un m\u00eame mot pour d\u00e9signer \u00e0 la fois l\u2019\u00eatre pensant autonome et l\u2019\u00eatre soumis au pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Le sujet, c\u2019est la personne qui pense sa vie. Qui s\u2019en saisit. Qui agit. Le sujet est politique. Il se constitue dans l\u2019exp\u00e9rience, dans le conflit parfois, dans le refus aussi. Il se construit en r\u00e9sistance.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">\u00catre sujet, c\u2019est dire \u00ab je \u00bb, dans un monde qui nous voudrait silencieux ou consentants. C\u2019est choisir. C\u2019est dire non. C\u2019est d\u00e9sob\u00e9ir. Le sujet est \u00e9mancip\u00e9 ou en chemin d\u2019\u00e9mancipation. Il n\u2019est pas d\u00e9termin\u00e9 enti\u00e8rement par sa condition. Il n\u2019est pas la somme de ses manques. Il est une force qui cherche du sens.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Dans les pratiques de p\u00e9dagogie sociale, nous parlons souvent du sujet comme d\u2019un acteur collectif. Un enfant qui prend la parole dans un groupe. Un habitant qui propose une action. Une m\u00e8re de famille qui d\u00e9cide de s\u2019impliquer dans la vie du centre social. Le sujet est capable. Capable d\u2019apprendre, de cr\u00e9er, de transformer.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Et c\u2019est parce que nous croyons au sujet que nous croyons \u00e0 l\u2019\u00e9ducation populaire. Celle qui ne donne pas la parole mais la reconna\u00eet. Celle qui ne prescrit pas des r\u00e9ponses mais fait \u00e9merger des questions. Celle qui fait de l\u2019autre un interlocuteur, jamais un objet d\u2019intervention.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Penser et agir avec l\u2019humain<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Nous avons besoin de cette triple distinction : pour r\u00e9sister \u00e0 la d\u00e9shumanisation, pour habiter nos pratiques avec exigence, pour redonner sens \u00e0 nos engagements.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Car derri\u00e8re ces mots (individu, personne, sujet) se joue un rapport \u00e0 l\u2019humain. \u00c0 sa vuln\u00e9rabilit\u00e9, \u00e0 sa puissance, \u00e0 sa complexit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Et c\u2019est cette complexit\u00e9 que nous voulons accueillir. Non pas pour enfermer mais pour ouvrir des possibles. Non pas pour cat\u00e9goriser mais pour reconna\u00eetre. Non pas pour g\u00e9rer mais pour accompagner, relier, faire grandir.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Et si nous devions choisir un cap, ce serait celui-ci : refuser les logiques de contr\u00f4le, d\u00e9fendre les logiques d\u2019\u00e9mancipation. Faire le pari du sujet. Toujours.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Quand les institutions parlent d\u2019individus<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Quand les textes officiels parlent d\u2019individus, il faut entendre des sujets que l\u2019on r\u00e9duit au silence. Quand une institution parle d\u2019individualisation des parcours, elle parle souvent de standardisation des r\u00e9ponses, d\u00e9guis\u00e9e en personnalisation.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Dans les politiques publiques, l\u2019individu est souvent celui que l\u2019on classe, cible, segmente : l\u2019individu b\u00e9n\u00e9ficiaire, l\u2019individu accompagn\u00e9, l\u2019individu actif ou inactif. L\u2019individu est isol\u00e9, d\u00e9tach\u00e9 de tout contexte.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">On isole les gens de leurs conditions sociales, on les renvoie \u00e0 leurs responsabilit\u00e9s individuelles, \u00e0 leur motivation, leur engagement personnel.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">C\u2019est la vision n\u00e9olib\u00e9rale de l\u2019humain comme entrepreneur de lui-m\u00eame, sans histoire ni racine, sans liens ni luttes.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">L\u00e0 o\u00f9 nous disons personne, l\u2019institution parle b\u00e9n\u00e9ficiaire.<br>L\u00e0 o\u00f9 nous disons sujet, l\u2019institution parle usager.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ces mots ne sont pas seulement des \u00e9tiquettes. Ils sont des mani\u00e8res de voir le monde, d\u2019agir sur lui ou de le verrouiller.<br>Et notre r\u00f4le, dans les m\u00e9tiers du social, de l\u2019\u00e9ducation, de l\u2019animation, ce n\u2019est pas d\u2019utiliser le lexique du pouvoir, mais de le d\u00e9construire, de le subvertir.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Le sujet assujetti, le sujet libre : une tension fondatrice<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Pourquoi donc le mot sujet d\u00e9signe-t-il \u00e0 la fois celui qui ob\u00e9it et celui qui s\u2019\u00e9mancipe\u202f? Pourquoi un m\u00eame terme peut-il \u00e0 la fois nommer la soumission et l\u2019autonomie, l\u2019ob\u00e9issance au roi et la conqu\u00eate de soi\u202f?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce n\u2019est pas un hasard. Cette tension r\u00e9v\u00e8le quelque chose de profond sur notre condition humaine, sur ce que c\u2019est qu\u2019\u00eatre humain dans le monde social et politique.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Historiquement, le mot <em>sujet<\/em> vient du latin subjectus, \u00ab\u202fce qui est plac\u00e9 dessous\u202f\u00bb. Le sujet du roi est celui qui est plac\u00e9 sous son autorit\u00e9. Il n\u2019existe politiquement que dans cette soumission. Il est compt\u00e9, recens\u00e9, gouvern\u00e9. Il est objet du pouvoir, m\u00eame s\u2019il est nomm\u00e9 <em>sujet<\/em>. Ce mot porte alors en lui une violence symbolique\u202f: il donne une apparence de reconnaissance tout en maintenant dans la d\u00e9pendance et la hi\u00e9rarchie.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Mais \u00e0 mesure que les Lumi\u00e8res, les luttes populaires, les mouvements d\u2019\u00e9ducation ont boulevers\u00e9 les ordres \u00e9tablis, le mot a chang\u00e9 de charge politique. Le sujet devient aussi celui qui se pense, se construit et se lib\u00e8re. Il devient auteur de sa propre histoire. Il s\u2019autod\u00e9termine, il pense par lui-m\u00eame. Il n\u2019est plus \u00ab\u202fsujet du roi\u202f\u00bb, il devient sujet de sa vie.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Et c\u2019est bien cela qui est au c\u0153ur de toute d\u00e9marche d\u2019\u00e9ducation populaire et de p\u00e9dagogie sociale. Faire \u00e9merger ce sujet-l\u00e0. Celui qui prend position au lieu d\u2019\u00eatre positionn\u00e9. Celui qui prend parole au lieu d\u2019\u00eatre assign\u00e9. Celui qui se construit en r\u00e9sistant, en d\u00e9sob\u00e9issant parfois, en pensant contre.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">La grande t\u00e2che de l\u2019\u00e9mancipation, ce n\u2019est pas seulement de lib\u00e9rer les corps, c\u2019est de faire advenir le sujet pensant \u00e0 partir du sujet assujetti.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Dans nos institutions, dans les dispositifs, dans les d\u00e9marches dites d\u2019 accompagnement, on continue souvent \u00e0 parler de sujet sans voir cette dualit\u00e9.&nbsp; On utilise le mot comme un masque, comme s\u2019il allait de soi. Mais parle-t-on ici du sujet autonome ou du sujet administr\u00e9\u202f? Du sujet acteur ou du sujet objet de protocole\u202f ?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">C\u2019est pourquoi il faut astiquer les mots, les faire briller pour mieux voir les contradictions qu\u2019ils portent. Dire sujet, c\u2019est convoquer toute une histoire de domination et de lib\u00e9ration. C\u2019est parler de pouvoir. C\u2019est parler de transformation. Et c\u2019est, au fond, poser une question politique : suis-je auteur ou suis-je acteur ?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Du sujet assujetti au sujet en lutte : Fanon, Freire et la p\u00e9dagogie de l\u2019\u00e9mancipation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Frantz Fanon<sup data-fn=\"49967077-ecfa-4451-9692-8164b45e548c\" class=\"fn\"><a href=\"#49967077-ecfa-4451-9692-8164b45e548c\" id=\"49967077-ecfa-4451-9692-8164b45e548c-link\">1<\/a><\/sup>, dans <em>Peau noire, masques blancs<\/em><sup data-fn=\"a742fdbf-8c44-4e30-b48b-b33ca05cac5b\" class=\"fn\"><a href=\"#a742fdbf-8c44-4e30-b48b-b33ca05cac5b\" id=\"a742fdbf-8c44-4e30-b48b-b33ca05cac5b-link\">2<\/a><\/sup> et <em>Les Damn\u00e9s de la Terre<\/em><sup data-fn=\"c7521c7e-f3ff-4f7e-81a9-8fe6ad3c5542\" class=\"fn\"><a href=\"#c7521c7e-f3ff-4f7e-81a9-8fe6ad3c5542\" id=\"c7521c7e-f3ff-4f7e-81a9-8fe6ad3c5542-link\">3<\/a><\/sup>, nous met face \u00e0 une v\u00e9rit\u00e9 brutale\u202f: le sujet colonis\u00e9 n\u2019est pas seulement domin\u00e9 ext\u00e9rieurement, il est alt\u00e9r\u00e9 int\u00e9rieurement. Il int\u00e9riorise l\u2019image du ma\u00eetre, il pense avec les mots de l\u2019oppresseur, il voit le monde avec des yeux qui ne sont pas les siens. Il est sujet\u202f, mais dans le sens d\u2019un \u00eatre produit par la domination, fa\u00e7onn\u00e9 par un discours qui nie sa propre humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Fanon \u00e9crit : \u00ab\u202fLe colonis\u00e9 est un \u00eatre anormal qui ne peut devenir homme qu\u2019en brisant les cha\u00eenes.\u202f\u00bb La lib\u00e9ration ne se fait pas uniquement en changeant les lois ou les r\u00e9gimes, mais en se d\u00e9colonisant de l\u2019int\u00e9rieur, en reconstruisant une parole, une pens\u00e9e, un corps, une dignit\u00e9. Fanon nous dit qu\u2019on ne na\u00eet pas sujet libre : on le devient, \u00e0 travers le combat, le refus, l\u2019acte de d\u00e9sob\u00e9issance fondatrice.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">C\u2019est l\u00e0 qu\u2019intervient Paulo Freire<sup data-fn=\"1dbe336c-399d-444c-b893-d6141b80a1ab\" class=\"fn\"><a href=\"#1dbe336c-399d-444c-b893-d6141b80a1ab\" id=\"1dbe336c-399d-444c-b893-d6141b80a1ab-link\">4<\/a><\/sup>, qui propose une p\u00e9dagogie du devenir sujet. Dans <em>P\u00e9dagogie des opprim\u00e9s<\/em><sup data-fn=\"6fda6b9e-a822-440b-8db6-945ab6d494fd\" class=\"fn\"><a href=\"#6fda6b9e-a822-440b-8db6-945ab6d494fd\" id=\"6fda6b9e-a822-440b-8db6-945ab6d494fd-link\">5<\/a><\/sup>, il d\u00e9nonce l\u2019\u00e9ducation bancaire, celle qui remplit des t\u00eates au lieu de faire germer la pens\u00e9e. L\u2019\u00e9ducation des dominants est une p\u00e9dagogie de l\u2019assujettissement\u202f: elle transmet des savoirs morts, elle neutralise la critique, elle d\u00e9sactive la pens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Freire appelle alors \u00e0 une \u00e9ducation dialogique o\u00f9 l\u2019\u00e9ducateur et l\u2019\u00e9duqu\u00e9 grandissent ensemble. Une \u00e9ducation politique, situ\u00e9e, incarn\u00e9e. Il \u00e9crit : \u00ab\u202fPersonne n\u2019\u00e9duque personne, personne ne s\u2019\u00e9duque seul, les hommes s\u2019\u00e9duquent ensemble, par la m\u00e9diation du monde.\u202f\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">C\u2019est dans ce va-et-vient entre l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue et le monde social que le sujet \u00e9merge. Non pas comme individu isol\u00e9, mais comme sujet collectif en lutte pour son humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Fanon et Freire se rejoignent : le sujet libre n\u2019est pas donn\u00e9, il est contr\u00f4l\u00e9 par le monde mais il peut se r\u00e9inventer par la praxis, par l\u2019engagement, par le conflit assum\u00e9 avec les structures qui l\u2019\u00e9crasent.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>\u00catre sujet, c\u2019est \u00eatre en devenir<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Dans nos pratiques sociales, \u00e9ducatives, politiques, nous devons toujours nous demander\u202f: quel sujet voulons-nous faire advenir\u202f?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><br>Le sujet pris en charge, celui qu\u2019on oriente, qu\u2019on \u00e9value, qu\u2019on corrige ? Ou le sujet qui se l\u00e8ve, qui pense, qui parle, qui agit m\u00eame si cela d\u00e9range\u202f?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Parler de sujet ne suffit pas. Il faut, comme Freire nous y invite, refuser toute neutralit\u00e9 et faire le choix d\u2019une \u00e9ducation qui r\u00e9veille plut\u00f4t qu\u2019une institution qui endort. Il faut, comme Fanon, refuser de marcher dans des habits cousus par l\u2019oppresseur, et oser cr\u00e9er des espaces o\u00f9 chacun peut retrouver sa voix, sa col\u00e8re, son pouvoir d\u2019agir.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Le sujet \u00e9mancip\u00e9 ne na\u00eet pas dans les dispositifs. Il na\u00eet dans la lutte, dans la parole retrouv\u00e9e, dans l\u2019acte de refuser la place assign\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Conclusion \u2014 Faire \u00e9merger des sujets, ensemble<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce texte est n\u00e9 d\u2019un besoin. D\u2019un besoin de clarification, d\u2019un besoin d\u2019astiquage des mots individu, personne, sujet que l\u2019on emploie trop souvent \u00e0 la vol\u00e9e, comme des concepts interchangeables, alors qu\u2019ils ne renvoient pas aux m\u00eames r\u00e9alit\u00e9s, aux m\u00eames intentions, aux m\u00eames visions du monde. Cet article est n\u00e9 aussi d\u2019un refus : refus de l\u2019assimilation de l\u2019\u00eatre humain \u00e0 une fonction, \u00e0 une case, \u00e0 un statut administratif. Refus de la neutralit\u00e9 des institutions, des politiques publiques qui nomment sans \u00e9couter, qui cat\u00e9gorisent sans comprendre.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Dans nos m\u00e9tiers d\u2019accompagnement, d\u2019\u00e9ducation, de relation, dans nos pratiques militantes, sociales, p\u00e9dagogiques, les mots engagent. Et selon que l\u2019on parle d\u2019un <em>individu<\/em>, d\u2019une <em>personne<\/em>, ou d\u2019un <em>sujet<\/em>, on trace des chemins diff\u00e9rents. L\u2019individu est souvent isol\u00e9, mesur\u00e9, standardis\u00e9. La personne est d\u00e9j\u00e0 reconnue dans sa dignit\u00e9. Le sujet, lui, se l\u00e8ve, doute, lutte, se pense comme un \u00eatre en relation, en devenir, en puissance.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Mais l\u00e0 encore, parler de sujet ne suffit pas. Cette notion demande \u00e0 \u00eatre retourn\u00e9e, travaill\u00e9e, politis\u00e9e. Devenir sujet, c\u2019est refuser sa condition d\u2019objet, c\u2019est oser penser, dire, contester, esp\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">La p\u00e9dagogie sociale, dans cette perspective, n\u2019est pas un outil parmi d\u2019autres. Elle est un engagement \u00e9thique. Elle accueille la personne, elle accompagne, mais elle vise, surtout, l\u2019\u00e9mergence du sujet. Ce sujet qui pense, qui doute, qui r\u00e9siste. Ce sujet qui ne se contente pas d\u2019\u00eatre ins\u00e9r\u00e9, mais qui cherche \u00e0 transformer ce qui l\u2019emp\u00eache de vivre pleinement.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il ne s\u2019agit pas de produire des citoyens conformes, mais des personnes capables de d\u00e9sob\u00e9ir, de cr\u00e9er, d\u2019imaginer un autre monde, en dialoguant, en se formant, en agissant. L\u2019\u00e9ducation populaire radicale et politique est cette fabrique fragile et pr\u00e9cieuse de la pens\u00e9e partag\u00e9e. Elle trace des chemins de libert\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 d\u2019autres posent des grilles.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Alors oui, parler d\u2019individu, de personne et de sujet, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 faire un choix. Un choix de soci\u00e9t\u00e9. Un choix de monde \u00e0 habiter. Un choix de relations \u00e0 construire. Un choix de luttes \u00e0 mener ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<ol style=\"text-transform:none;\" class=\"wp-block-footnotes has-small-font-size\"><li id=\"49967077-ecfa-4451-9692-8164b45e548c\">Frantz Fanon (1925-1961) est un intellectuel martiniquais, psychiatre, militant anticolonialiste et th\u00e9oricien majeur de la d\u00e9colonisation. Il s\u2019inscrit \u00e0 la crois\u00e9e de la philosophie, de la psychologie, de la sociologie et de la politique. Son \u0153uvre analyse avec force la violence psychique et sociale produite par le colonialisme, en mettant en lumi\u00e8re ses effets sur l\u2019identit\u00e9, la subjectivit\u00e9 et la structure sociale des colonis\u00e9s. <a href=\"#49967077-ecfa-4451-9692-8164b45e548c-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 1\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"a742fdbf-8c44-4e30-b48b-b33ca05cac5b\">Fanon, Frantz. <em>Peau noire, masques blancs<\/em>. Paris : \u00c9ditions du Seuil, coll. \u00ab Points Essais \u00bb, 2001. <a href=\"#a742fdbf-8c44-4e30-b48b-b33ca05cac5b-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 2\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"c7521c7e-f3ff-4f7e-81a9-8fe6ad3c5542\">Fanon, Frantz. <em>Les Damn\u00e9s de la Terre<\/em>. Paris : La D\u00e9couverte \/ Poche, 2002. <a href=\"#c7521c7e-f3ff-4f7e-81a9-8fe6ad3c5542-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 3\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"1dbe336c-399d-444c-b893-d6141b80a1ab\">Paulo Freire (1921\u20131997). Paulo Freire est un p\u00e9dagogue et philosophe br\u00e9silien, consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019un des penseurs les plus influents dans le champ de l\u2019\u00e9ducation, notamment pour les mouvements d\u2019alphab\u00e9tisation populaire et les p\u00e9dagogies critiques. Son \u0153uvre centrale, <em>P\u00e9dagogie des opprim\u00e9s<\/em>, a marqu\u00e9 profond\u00e9ment l\u2019\u00e9ducation populaire, les mouvements sociaux, et les pratiques \u00e9ducatives engag\u00e9es dans la justice sociale. <a href=\"#1dbe336c-399d-444c-b893-d6141b80a1ab-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 4\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"6fda6b9e-a822-440b-8db6-945ab6d494fd\">Freire, Paulo. La p\u00e9dagogie des opprim\u00e9s. Agone \/ Contre feux, 2021. <a href=\"#6fda6b9e-a822-440b-8db6-945ab6d494fd-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 5\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Christophe Pruvot Introduction \u2013 De quoi parle-t-on, quand on parle d\u2019individu, de personne, de sujet ? Ce texte est n\u00e9 d\u2019un besoin de clarification. Non pas une clarification th\u00e9orique, scolaire, acad\u00e9mique mais une clarification politique. Car les mots ont un poids. 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