{"id":1920,"date":"2025-06-03T13:56:02","date_gmt":"2025-06-03T11:56:02","guid":{"rendered":"https:\/\/christophepruvot.org\/?p=1920"},"modified":"2025-07-17T11:54:13","modified_gmt":"2025-07-17T09:54:13","slug":"aller-vers-la-presence-sociale-comme-choix-politique-et-pedagogique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/2025\/06\/03\/aller-vers-la-presence-sociale-comme-choix-politique-et-pedagogique\/","title":{"rendered":"Aller vers : la pr\u00e9sence sociale comme choix politique et p\u00e9dagogique"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"text-transform:none\">Par Christophe Pruvot<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Nous vivons une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019action \u00e9ducative se voit somm\u00e9e de produire, de rendre compte, d\u2019\u00eatre performante. O\u00f9 l\u2019on mesure les effets, o\u00f9 l\u2019on chiffre les publics, o\u00f9 l\u2019on rationalise le lien. Dans cette injonction permanente \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9, une autre voie subsiste (fragile, exigeante, mais profond\u00e9ment humaine) : celle de l\u2019\u00ab aller vers \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Aller vers, c\u2019est rompre avec les postures de surplomb. C\u2019est refuser de penser l\u2019action sociale comme une m\u00e9canique descendante, o\u00f9 l\u2019on viendrait distribuer des services depuis une position dominante. Aller vers, ce n\u2019est pas juste sortir des murs : c\u2019est sortir des logiques de contr\u00f4le, de l\u2019assignation institutionnelle, des routines d\u2019enfermement.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Et pourtant, combien de dispositifs dits \u00ab hors les murs \u00bb ne sont que des transpositions ? Combien de projets \u00ab de rue \u00bb n\u2019ont d\u2019ext\u00e9rieur que le d\u00e9cor, mais pas la logique ? On vient, on installe une tente, on fait une animation, on distribue des flyers. Mais on reste dans le paradigme de l\u2019offre. On vient proposer, attirer, parfois convaincre. Mais rarement on \u00e9coute vraiment. Rarement on s\u2019abandonne \u00e0 ce que l\u2019autre a \u00e0 dire.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Or l\u2019\u00ab aller vers \u00bb, dans une perspective de p\u00e9dagogie sociale, ne rel\u00e8ve pas de la prestation. Il ne s\u2019agit pas d\u2019exporter une action pens\u00e9e ailleurs, calibr\u00e9e \u00e0 l\u2019avance, et plaqu\u00e9e sur un quartier ou une population. Il s\u2019agit d\u2019un d\u00e9placement int\u00e9rieur, d\u2019un choix de se rendre disponible, de s\u2019exposer, de co-construire avec. De vivre l\u2019\u00e9ducation comme une aventure partag\u00e9e dans l\u2019incertitude du dehors.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Une \u00e9thique de l\u2019engagement<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Aller vers, c\u2019est accepter de ne pas savoir. C\u2019est refuser le confort des r\u00e9ponses toutes faites. C\u2019est aller l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on ne ma\u00eetrise pas tout, o\u00f9 l\u2019on ne peut pas tout pr\u00e9voir. Et c\u2019est justement l\u00e0, dans cette zone d\u2019incertitude, que peut \u00e9merger une autre mani\u00e8re de faire soci\u00e9t\u00e9, de faire relation, de faire \u00e9ducation.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Cela implique une \u00e9thique. Une exigence. Un engagement radical, dans le sens premier du mot : aller \u00e0 la racine de ce que l\u2019on est, de ce que l\u2019on veut d\u00e9fendre. Aller vers, c\u2019est \u00eatre avec : non pas \u00e0 c\u00f4t\u00e9, encore moins au-dessus. C\u2019est reconna\u00eetre que la relation \u00e9ducative est d\u2019abord une relation humaine, situ\u00e9e, construite, mouvante.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">C\u2019est accepter de ne pas avoir de bureau, de ne pas avoir de poste fixe, de ne pas avoir de fiche de poste fig\u00e9e. C\u2019est vivre l\u2019\u00e9ducation dans la rue, dans les interstices, dans les marges. C\u2019est construire du sens l\u00e0 o\u00f9 souvent, on pense qu\u2019il n\u2019y en a pas.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>L\u2019intervention hors les murs : pas un simple d\u00e9placement, une refondation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Inspir\u00e9e de figures fondatrices (Korczak, Freinet, Freire, Radlinska) la p\u00e9dagogie sociale se pense dans le quotidien des gens, dans leur lieu de vie, dans l\u2019espace du possible. Depuis les ann\u00e9es 1970, elle prend forme dans les quartiers, les cit\u00e9s, les zones p\u00e9riph\u00e9riques, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019action publique recule ou se d\u00e9shumanise.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Mais attention : l\u2019\u00ab aller vers \u00bb n\u2019est pas un gadget. Il n\u2019est pas une d\u00e9clinaison. Il n\u2019est pas un outil au service des politiques de l\u2019offre. Il est une refondation. Une autre mani\u00e8re de penser la rencontre, le soin, le d\u00e9veloppement. Il repose sur des principes : la r\u00e9gularit\u00e9, la confiance, la cohabitation, le refus de l\u2019urgence, l\u2019inscription dans la dur\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Les ateliers de rue, les maraudes \u00e9ducatives, les biblioth\u00e8ques mobiles, les r\u00e9unions dans les halls, les promenades partag\u00e9es, les conversations de seuil, les \u00e9coles du dehors : autant de pratiques modestes, parfois invisibles, souvent non reconnues, mais qui tissent du lien, de l\u2019attention, de la dignit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Une dynamique vivante : la p\u00e9dagogie en mouvement<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Aller vers, ce n\u2019est pas seulement des lieux, des actions, des moments. C\u2019est aussi une circulation naturelle entre diff\u00e9rents niveaux de relation, une mani\u00e8re de faire \u00e9voluer les liens, de cr\u00e9er des espaces de rencontre adapt\u00e9s \u00e0 chacun. On peut rep\u00e9rer trois mouvements compl\u00e9mentaires, trois fa\u00e7ons de s\u2019impliquer, d\u2019entrer dans la relation, de participer.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Le cercle large, l\u2019espace ouvert \u00e0 tous, le grand collectif. Il s\u2019agit de ces actions qui s\u2019adressent \u00e0 tous sans distinction : les ateliers de rue, les cantines, les f\u00eates de quartier, les animations libres. Ici, on ne s\u00e9lectionne pas, on ne filtre pas. On accueille quiconque se pr\u00e9sente. L\u2019objectif est simple : \u00eatre pr\u00e9sent l\u00e0 o\u00f9 les gens vivent, cr\u00e9er de l\u2019ambiance, rendre l\u2019espace public un peu plus habitable. Ce premier niveau est crucial : il permet de cr\u00e9er des premiers contacts, sans pression, sans inscription, sans formalit\u00e9s. C\u2019est le terreau de la confiance.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Les petits groupes en travail. Des espaces pour faire ensemble. Certains enfants, certaines familles, s\u2019investissent davantage. Ils restent plus longtemps, proposent des id\u00e9es, demandent \u00e0 participer. Avec eux, on peut aller plus loin : organiser une sortie, monter un projet, r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 une action commune. Ces petits groupes se forment naturellement, par affinit\u00e9s, par d\u00e9sir, par envie de faire. Ils ne sont pas fig\u00e9s. Ils \u00e9voluent. Ils permettent une autre qualit\u00e9 de relation, plus continue, plus construite. C\u2019est l\u00e0 que se joue le passage de la participation \u00e0 l\u2019engagement.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Les relations de confiance ou l\u2019accompagnement personnalis\u00e9. Enfin, certaines personnes nouent une relation particuli\u00e8re avec un membre de l\u2019\u00e9quipe. Un lien singulier se tisse. Une parole plus intime se pose. C\u2019est parfois une demande d\u2019aide, parfois juste le besoin de parler, de se sentir \u00e9cout\u00e9. Ici, la p\u00e9dagogie devient personnelle, sans devenir privative. On ne \u00ab suit \u00bb pas quelqu\u2019un pour le changer, mais pour le soutenir, l\u2019encourager, le reconna\u00eetre. Ces liens-l\u00e0 sont pr\u00e9cieux : ils t\u00e9moignent d\u2019une vraie proximit\u00e9, d\u2019une reconnaissance mutuelle.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Repenser la proximit\u00e9 : vers une pr\u00e9sence plurielle, incarn\u00e9e et politique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Le terme de \u00ab proximit\u00e9 \u00bb, souvent galvaud\u00e9, doit \u00eatre repens\u00e9 dans une logique sensible et politique. Il ne s\u2019agit pas simplement d\u2019\u00eatre \u00ab proche \u00bb au sens spatial. Il s\u2019agit de construire une pr\u00e9sence incarn\u00e9e, \u00e0 la fois attentive, engag\u00e9e, et critique. Cette pr\u00e9sence se d\u00e9cline dans plusieurs dimensions, non pas comme des cat\u00e9gories fig\u00e9es, mais comme des tensions \u00e0 habiter.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Une proximit\u00e9 d\u2019habitude et de pr\u00e9sence. C\u2019est la premi\u00e8re \u00e9vidence : \u00eatre l\u00e0. \u00catre pr\u00e9sent de mani\u00e8re r\u00e9guli\u00e8re, identifiable. Marcher, croiser, saluer. \u00catre reconnu, pas seulement comme un professionnel, mais comme une figure famili\u00e8re. Conna\u00eetre le quartier, les rythmes, les saisons, les rituels. Ne pas venir \u00ab ponctuellement \u00bb, mais faire corps avec un territoire. Ici, la pr\u00e9sence ne s\u2019improvise pas. Elle se construit dans la dur\u00e9e, dans l\u2019\u00e9coute, dans la patience. Elle se vit dans l\u2019informel, dans l\u2019insignifiant. Une discussion au pied d\u2019un immeuble, un regard \u00e9chang\u00e9, une attente partag\u00e9e peuvent valoir bien plus qu\u2019un long discours.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Une proximit\u00e9 d\u2019intention et de positionnement. Aller vers, c\u2019est aussi choisir un camp. Celui des invisibles, des exclus, des \u00e9corch\u00e9s. Ce n\u2019est pas une neutralit\u00e9 bienveillante : c\u2019est une position politique. On ne travaille pas \u00ab pour tout le monde \u00bb. On travaille avec celles et ceux qui n\u2019ont pas voix au chapitre, qui ne sont pas convi\u00e9s \u00e0 la table des d\u00e9cisions. Cela suppose un regard critique sur les institutions, une capacit\u00e9 \u00e0 dire non, \u00e0 refuser de collaborer \u00e0 des dispositifs de contr\u00f4le, d\u2019\u00e9valuation forc\u00e9e, de mise sous tutelle. C\u2019est une proximit\u00e9 de lutte. Une pr\u00e9sence subversive, parfois silencieuse, mais toujours situ\u00e9e. C\u2019est aussi un engagement pour que les personnes rencontr\u00e9es deviennent actrices de leur propre histoire, pas simplement b\u00e9n\u00e9ficiaires d\u2019un service.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Une proximit\u00e9 de reconnaissance culturelle. Parler avec, et non parler \u00e0. Accepter les silences, les d\u00e9tours, les expressions. Ne pas corriger, ne pas normaliser. Laisser l\u2019autre venir avec ses mots, ses r\u00e9f\u00e9rences, sa langue. Ne pas exiger une traduction imm\u00e9diate dans les codes dominants. C\u2019est une proximit\u00e9 qui se joue dans le respect du langage de l\u2019autre, mais aussi dans la reconnaissance de sa culture, de son humour, de ses col\u00e8res. C\u2019est entendre la plainte comme une parole politique, la col\u00e8re comme une demande de reconnaissance. C\u2019est \u00eatre au diapason du sensible, sans jamais juger.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Une proximit\u00e9 de relation et de r\u00e9ciprocit\u00e9. La relation n\u2019est pas un moyen. Elle est le c\u0153ur du travail. Ce n\u2019est pas une \u00e9tape vers autre chose. C\u2019est la finalit\u00e9 elle-m\u00eame. Il ne s\u2019agit pas de \u00ab faire du lien \u00bb pour ensuite orienter, ins\u00e9rer ou int\u00e9grer. Le lien, la rencontre, l\u2019\u00e9coute sont des actes politiques en soi. L\u2019\u00e9ducateur devient compagnon de route, pr\u00e9sence rassurante, r\u00e9f\u00e9rent non d\u00e9sign\u00e9 mais reconnu. Il partage, il raconte, il se livre aussi. Il n\u2019est pas un professionnel distant, mais un adulte impliqu\u00e9, affectivement et humainement. Cette proximit\u00e9-l\u00e0 suppose une \u00e9thique forte : celle de ne pas instrumentaliser la relation, de ne pas l\u2019utiliser pour parvenir \u00e0 une fin, mais de l\u2019honorer comme un espace de co-construction.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Une proximit\u00e9 de relais et d\u2019interpellation. Enfin, l\u2019\u00e9ducateur \u00ab en aller vers \u00bb est aussi un relai, un m\u00e9diateur, parfois un lanceur d\u2019alerte. Il voit ce que d\u2019autres ne voient pas. Il entend ce que les institutions refusent parfois d\u2019\u00e9couter. Il se fait la caisse de r\u00e9sonance de vies discr\u00e8tes, bris\u00e9es ou en r\u00e9sistance. Mais il ne parle pas \u00ab \u00e0 la place \u00bb. Il facilite. Il construit des passerelles. Il permet que la parole circule. Et quand il le faut, il d\u00e9nonce. Il interpelle. Il porte la parole quand l\u2019autre ne le peut pas encore.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Faire du dehors un espace \u00e9ducatif<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">L\u2019espace public est souvent per\u00e7u comme un espace de danger, de d\u00e9viance, de marginalit\u00e9. On y voit des jeunes d\u00e9s\u0153uvr\u00e9s, des familles en errance, des exclusions. Mais pour qui sait regarder autrement, le dehors est aussi un espace d\u2019\u00e9ducation, d\u2019\u00e9change, de cr\u00e9ation.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Aller vers, c\u2019est donc faire du dehors un terrain p\u00e9dagogique, au sens noble du terme : un lieu o\u00f9 l\u2019on apprend, ensemble. O\u00f9 l\u2019on cr\u00e9e des savoirs, des histoires, des pratiques. O\u00f9 l\u2019on fabrique du commun. O\u00f9 l\u2019on invente une autre mani\u00e8re d\u2019\u00eatre ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Cela suppose de sortir du temps lin\u00e9aire, de l\u2019agenda, du programme. Cela demande de ralentir, de s\u2019ajuster, d\u2019accueillir l\u2019impr\u00e9vu. C\u2019est une \u00e9ducation de la lenteur, du quotidien, de la relation.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Des pratiques concr\u00e8tes, enracin\u00e9es dans les lieux de vie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Aller vers, ce n\u2019est pas une abstraction. C\u2019est une s\u00e9rie de gestes tr\u00e8s concrets, des formes d\u2019action modestes et puissantes, qui prennent corps dans l\u2019espace public, au pied des immeubles, sur les places, dans les parcs, dans les cours d\u2019\u00e9cole. Ces pratiques, souvent peu visibles, parfois ignor\u00e9es des institutions, constituent pourtant un socle d\u2019hospitalit\u00e9, de reconnaissance et d\u2019intelligence collective.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Les ateliers \u00e9ducatifs de rue : une \u00e9cole \u00e0 ciel ouvert<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ils surgissent dans un coin d\u2019herbe, une dalle de b\u00e9ton, un square oubli\u00e9. On y installe quelques tapis, du mat\u00e9riel, des jeux, des livres. Et on attend. Ou plut\u00f4t : on accueille. Les enfants arrivent, curieux, h\u00e9sitants, joyeux. Ils n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 convoqu\u00e9s. Ils viennent parce qu\u2019ils en ont envie. Ils savent qu\u2019ici, on peut jouer, lire, parler, cr\u00e9er, sans \u00eatre jug\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce n\u2019est pas une animation, ce n\u2019est pas une garderie. C\u2019est un espace \u00e9ducatif, librement investi, o\u00f9 le lien pr\u00e9c\u00e8de l\u2019objectif, o\u00f9 la confiance vient avant le contenu.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Les cantines de rue : cuisiner pour cr\u00e9er du lien<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Dans certaines rues, une marmite chauffe \u00e0 m\u00eame le trottoir. On pr\u00e9pare un repas simple, bon march\u00e9, partag\u00e9. Les habitants participent, donnent un coup de main, ou simplement viennent manger, discuter, souffler un instant. Ici, la nourriture devient pr\u00e9texte \u00e0 la rencontre. On se retrouve autour de la table, sans formulaire, sans condition, sans \u00e9tiquette.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce n\u2019est pas de l\u2019aide alimentaire : c\u2019est une mani\u00e8re de refaire communaut\u00e9, en mettant la convivialit\u00e9 au c\u0153ur de l\u2019espace public.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Les maraudes \u00e9ducatives : marcher pour aller \u00e0 la rencontre<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">La maraude n\u2019est pas seulement un outil d\u2019observation. Elle est un acte de pr\u00e9sence, d\u2019attention, de disponibilit\u00e9. On marche dans les rues, on croise les enfants, les ados, les familles. On salue, on \u00e9change, on prend des nouvelles. Parfois on s\u2019arr\u00eate. Parfois on ne dit rien. Mais on est l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Cette pr\u00e9sence informelle, r\u00e9guli\u00e8re, tisse une trame invisible qui donne \u00e0 voir une autre forme de travail \u00e9ducatif : un travail sans local, sans horaire fixe, mais qui cr\u00e9e une vraie densit\u00e9 relationnelle.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Les promenades apprenantes et les classes du dehors : bouger pour penser autrement<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ici, le monde est le terrain d\u2019apprentissage. On quitte les murs de la classe, on sort dans le quartier, on d\u00e9couvre, on observe. La ville devient le livre, la rue devient le tableau. On apprend en marchant, en discutant, en observant.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Les enfants red\u00e9couvrent leur environnement : ils deviennent acteurs, explorateurs. Ce n\u2019est pas une sortie ponctuelle : c\u2019est un choix p\u00e9dagogique. Une fa\u00e7on de remettre les savoirs en mouvement.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Les biblioth\u00e8ques de rue : transmettre sans murs<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Un tapis, une caisse de livres, une voix qui lit. Et d\u00e9j\u00e0 des enfants s\u2019installent. Ils \u00e9coutent, feuillettent, posent des questions. Il n\u2019y a pas d\u2019inscription, pas de pr\u00eat, pas de carte. Il y a une invitation \u00e0 r\u00eaver, \u00e0 imaginer, \u00e0 penser.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ces biblioth\u00e8ques sont un acte de r\u00e9sistance contre l\u2019exclusion culturelle. Elles disent \u00e0 chaque enfant : <em>\u00ab Tu as le droit aux histoires. Tu as droit aux mots. Tu as droit \u00e0 la beaut\u00e9. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Les r\u00e9unions de hall d\u2019immeuble : retrouver un lieu pour parler<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Dans certains quartiers, les halls sont les derniers lieux communs. On y passe, on s\u2019y arr\u00eate, on s\u2019y croise. Organiser une r\u00e9union dans ce lieu, c\u2019est prendre au s\u00e9rieux la parole des habitants, c\u2019est reconna\u00eetre leur droit \u00e0 se r\u00e9unir, \u00e0 discuter de ce qui les concerne, sans aller dans une salle municipale ou un centre social.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">C\u2019est une politique du pas de porte, du quotidien, du v\u00e9cu. Une politique humble, mais essentielle.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Le porte-\u00e0-porte : entrer en relation sans attendre qu\u2019on vienne<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">On frappe. On se pr\u00e9sente. On propose un \u00e9change, une information, une \u00e9coute. Parfois la porte reste ferm\u00e9e. Parfois elle s\u2019ouvre un peu. C\u2019est une d\u00e9marche lente, respectueuse, qui ne force rien, mais qui donne une chance \u00e0 la rencontre.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">C\u2019est aussi une mani\u00e8re d\u2019aller vers ceux que l\u2019on ne voit jamais, ceux qui ne sortent pas, qui ne demandent rien, mais qui existent, qui comptent, qui ont droit \u00e0 la relation.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Une utopie active, une folie organis\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">On dira que c\u2019est na\u00eff. Que c\u2019est insuffisant. Que ce n\u2019est pas mesurable. Que ce n\u2019est pas efficace. Mais c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette fragilit\u00e9 qui fait la force de l\u2019\u00ab aller vers \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Dans un monde de proc\u00e9dures, de normes, de fichiers, nous faisons le pari de la parole, du geste gratuit, de la relation libre. Dans un monde de murs, nous choisissons l\u2019ouverture. Dans un monde qui segmente, nous construisons des ponts.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Aller vers, c\u2019est une folie douce. Une folie n\u00e9cessaire. Une folie lucide. C\u2019est croire, malgr\u00e9 tout, que la rencontre peut changer une vie. Qu\u2019un adulte attentif peut faire la diff\u00e9rence. Qu\u2019un atelier de rue peut ouvrir un monde. Qu\u2019une parole \u00e9chang\u00e9e sur un trottoir peut faire basculer une trajectoire.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Nous ne changerons peut-\u00eatre pas le syst\u00e8me. Mais nous habitons les failles, et c\u2019est l\u00e0 que la lumi\u00e8re passe et que le syst\u00e8me peut se fissurer.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Christophe Pruvot Nous vivons une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019action \u00e9ducative se voit somm\u00e9e de produire, de rendre compte, d\u2019\u00eatre performante. O\u00f9 l\u2019on mesure les effets, o\u00f9 l\u2019on chiffre les publics, o\u00f9 l\u2019on rationalise le lien. 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