{"id":1917,"date":"2025-06-03T13:53:00","date_gmt":"2025-06-03T11:53:00","guid":{"rendered":"https:\/\/christophepruvot.org\/?p=1917"},"modified":"2025-07-17T12:01:54","modified_gmt":"2025-07-17T10:01:54","slug":"habiter-les-lieux-faire-lien-tenir-dans-le-milieu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/2025\/06\/03\/habiter-les-lieux-faire-lien-tenir-dans-le-milieu\/","title":{"rendered":"Habiter les lieux, faire lien, tenir dans le milieu"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"text-transform:none\">Par Christophe Pruvot<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Nous ne faisons pas de la p\u00e9dagogie hors-sol, dans une bulle\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Nous sommes dans la vie, la vraie, celle qui crie, qui pleure, qui chante, qui souffre, qui lutte, qui joue, qui peut rire aussi, qui compte, qui se l\u00e8ve, qui ne dors pas, qui est fatigu\u00e9e, qui est malade, qui r\u00eave, qui esp\u00e8re, qui est en col\u00e8re\u2026<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Nous ne nous contentons pas d\u2019interventions th\u00e9oriques, d\u00e9sincarn\u00e9es, plaqu\u00e9es sur des publics que nous ne conna\u00eetrions pas. Nous refusons la distance, les dispositifs incompr\u00e9hensibles, les projets parachut\u00e9s. Nous ne venons pas appliquer des protocoles abstraits sur des territoires fig\u00e9s par les diagnostics. Nous venons habiter. Habiter un lieu, ce n\u2019est pas s\u2019y installer ponctuellement pour cocher des cases. C\u2019est s\u2019ancrer dans les usages, dans les m\u00e9moires, dans les silences aussi. C\u2019est entrer dans un territoire comme on entre dans une histoire d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Nous choisissons d\u2019\u00eatre l\u00e0 o\u00f9 les institutions reculent, l\u00e0 o\u00f9 les services ferment, l\u00e0 o\u00f9 les gens se d\u00e9brouillent, s\u2019isolent ou s\u2019entraident. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019on vit sans avoir toujours les mots pour le dire, sans toujours \u00eatre regard\u00e9. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019on n\u2019est pas invit\u00e9 \u00e0 prendre la parole, \u00e0 prendre part, \u00e0 prendre place.<br>C\u2019est l\u00e0 que notre p\u00e9dagogie sociale prend tout son sens. Mais pour penser ces pr\u00e9sences, pour nommer ce que nous faisons, il nous faut des rep\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Trois notions fondamentales : territoire, environnement, milieu. Trois mani\u00e8res de lire un espace. Trois fa\u00e7ons d\u2019habiter autrement.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Le territoire : ce que l\u2019on nous assigne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Le territoire, dans sa d\u00e9finition classique, est un espace g\u00e9ographique d\u00e9limit\u00e9, d\u00e9coup\u00e9, administr\u00e9 par les pouvoirs publics. Il est la traduction institutionnelle de l\u2019espace v\u00e9cu, \u00e0 travers les cartes, les zonages, les arr\u00eat\u00e9s pr\u00e9fectoraux. C\u2019est ce que l\u2019\u00c9tat d\u00e9coupe, surveille, am\u00e9nage. C\u2019est ce que les politiques publiques nomment, ciblent, instrumentalisent.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">On y parle de QPV, de ZFU, de contrats de ville, de p\u00e9rim\u00e8tres d\u2019action. On y planifie des projets sans y ancrer les pr\u00e9sences humaines. On y affecte des financements sans y \u00e9couter les besoins. On y impose des diagnostics sans tenir compte des v\u00e9cus.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Mais pour nous, le territoire n\u2019est pas neutre. C\u2019est un espace de luttes, un lieu de tensions, un terrain travers\u00e9 de rapports de domination. C\u2019est l\u2019endroit o\u00f9 les in\u00e9galit\u00e9s sont visibles, o\u00f9 les politiques d\u2019exception deviennent la norme. Et le territoire nous oblige \u00e0 rendre des comptes, parfois \u00e0 se conformer \u00e0 une autorit\u00e9 ou \u00e0 tricher et imaginer pour faire un travail juste et de qualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Le territoire, c\u2019est flou et pourtant il a des effets sur les vies des personnes qui l\u2019habitent. C\u2019est comme une commune rurale o\u00f9 le dernier service public a ferm\u00e9 il y a trois ans. Pas de m\u00e9decin, plus d\u2019\u00e9cole, un isolement total. Le territoire, ici, est une carte vide, une r\u00e9alit\u00e9 abandonn\u00e9e. C\u2019est aussi un quartier en \u201cpolitique de la ville\u201d, dont les habitants d\u00e9couvrent qu\u2019ils sont \u201cprioritaires\u201d \u00e0 travers des appels \u00e0 projets. On parle d\u2019eux, jamais avec eux. OU encore le territoire peut prendre la forme d\u2019une zone g\u00e9r\u00e9e par la CAF, o\u00f9 les \u00e9ducateurs innovants sont frein\u00e9s par des grilles d\u2019\u00e9valuation fig\u00e9es, des cadres rigides, et des contr\u00f4les permanents.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Travailler sur un territoire, ce n\u2019est pas toujours accepter les cadres qui sont impos\u00e9s. C\u2019est lire les rapports de force \u00e0 travers les murs, les rues, les d\u00e9placements. C\u2019est identifier les marges, les interstices, les lieux de possible. C\u2019est ne pas se soumettre aux zonages, mais les d\u00e9tourner, pour ouvrir d\u2019autres voies.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Nous sommes l\u00e0 pour cr\u00e9er des br\u00e8ches, pour ins\u00e9rer des espaces de libert\u00e9, pour faire lien l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on cloisonne.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>L\u2019environnement : un levier d\u2019action en p\u00e9dagogie sociale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Dans une perspective de p\u00e9dagogie sociale, l\u2019environnement ne se limite pas \u00e0 un cadre de vie neutre ou \u00e0 un simple d\u00e9cor. Il d\u00e9signe l\u2019ensemble des ressources, visibles ou invisibles, qui entourent les individus et influencent directement leur qualit\u00e9 de vie, leur acc\u00e8s aux droits, leur autonomie et leur capacit\u00e9 d\u2019agir. Cet environnement englobe des \u00e9l\u00e9ments mat\u00e9riels \u2014 comme les infrastructures, les \u00e9quipements ou les services \u2014 mais aussi des dimensions immat\u00e9rielles : r\u00e9seaux sociaux, dynamiques locales, formes de solidarit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce qui entoure les personnes dans leur quotidien \u2014 transports, lieux de rencontre, groupes de voisinage, structures d\u2019accueil ou de m\u00e9diation \u2014 constitue bien plus qu\u2019un contexte : c\u2019est un v\u00e9ritable outil \u00e9ducatif, un r\u00e9servoir de possibilit\u00e9s \u00e0 explorer et \u00e0 mobiliser. La p\u00e9dagogie sociale repose sur cette capacit\u00e9 \u00e0 rendre lisibles, accessibles et utilisables ces ressources souvent n\u00e9glig\u00e9es, particuli\u00e8rement dans les territoires fragilis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Un environnement bien investi devient un terrain d\u2019action propice \u00e0 la mise en \u0153uvre de projets concrets. Les maisons de quartier, les centres sociaux ou les \u00e9quipements municipaux peuvent accueillir des ateliers collectifs, des formations, ou des moments de convivialit\u00e9 qui soutiennent l\u2019expression, la participation et la construction de liens durables. Les transports en commun, en facilitant l\u2019acc\u00e8s aux institutions et aux activit\u00e9s, jouent \u00e9galement un r\u00f4le d\u00e9terminant dans l\u2019\u00e9mancipation des personnes.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Les services de proximit\u00e9 \u2014 missions locales, centres m\u00e9dico-sociaux, structures d\u2019\u00e9ducation populaire \u2014 contribuent \u00e0 accompagner les parcours de vie en apportant un soutien sur des aspects essentiels : sant\u00e9, emploi, parentalit\u00e9, apprentissage, etc. \u00c0 cela s\u2019ajoutent les r\u00e9seaux sociaux et communautaires : associations locales, clubs sportifs, collectifs d\u2019habitants, entraide entre voisins ou groupes informels, souvent invisibles dans les politiques publiques, mais pourtant d\u00e9terminants pour rompre l\u2019isolement et favoriser l\u2019inclusion.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Aujourd\u2019hui, m\u00eame les environnements num\u00e9riques font partie de ce tissu de ressources. Les espaces d\u2019acc\u00e8s public \u00e0 Internet, les plateformes de solidarit\u00e9, ou encore les groupes locaux sur les r\u00e9seaux sociaux deviennent des lieux de m\u00e9diation, de mobilisation et de circulation de l\u2019information, en particulier pour les publics \u00e9loign\u00e9s des circuits traditionnels.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Penser l\u2019environnement dans une approche \u00e9ducative, c\u2019est donc reconna\u00eetre sa valeur strat\u00e9gique : il peut \u00e0 la fois ouvrir des portes, cr\u00e9er des appartenances, soutenir les transitions de vie et renforcer l\u2019autonomie. L\u00e0 o\u00f9 ces ressources sont absentes, inaccessibles ou dispers\u00e9es, il s\u2019agit alors de jouer un r\u00f4le de m\u00e9diateur, de tisseur de liens, pour permettre aux personnes de se r\u00e9approprier leur territoire, de s\u2019inscrire dans des r\u00e9seaux vivants, et d\u2019en devenir actrices.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ainsi, l\u2019environnement devient un levier d\u2019\u00e9mancipation, d\u00e8s lors qu\u2019on le consid\u00e8re non comme un d\u00e9cor fig\u00e9, mais comme un syst\u00e8me de ressources, de relations et de solidarit\u00e9s \u00e0 activer \u2014 un terrain d\u2019\u00e9ducation \u00e0 part enti\u00e8re, qui peut transformer les trajectoires individuelles \u00e0 partir de ce qui est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Le milieu : ce qui se vit, ce qui soutient, ce qui transforme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de la notion d\u2019environnement \u2014 souvent abord\u00e9 comme un ensemble de ressources \u00e0 mobiliser \u2014 la p\u00e9dagogie sociale introduit une autre dimension, plus fine, plus charnelle : celle du milieu. Le milieu, c\u2019est ce qui ne se mesure pas. C\u2019est l\u2019espace affectif, subjectif, relationnel dans lequel les individus vivent r\u00e9ellement, non comme b\u00e9n\u00e9ficiaires de dispositifs, mais comme sujets d\u2019existence.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il ne s\u2019agit pas ici de d\u00e9crire un cadre g\u00e9ographique ou une carte d\u2019\u00e9quipements, mais de parler de la chair du quotidien. Le milieu, ce sont les odeurs d\u2019un palier, les silences lourds d\u2019un hall d\u2019immeuble, les tensions muettes d\u2019une cage d\u2019escalier, les rituels discrets d\u2019un quartier. C\u2019est l\u00e0 que l\u2019on se croise, que l\u2019on s\u2019\u00e9vite, que l\u2019on se reconna\u00eet \u2014 ou pas. C\u2019est l\u00e0 que les \u00e9ducateurs sociaux, les m\u00e9diateurs, les intervenants doivent apprendre \u00e0 \u00eatre pr\u00e9sents sans occuper l\u2019espace, \u00e0 \u00e9couter sans orienter, \u00e0 accompagner sans surplomb.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Le milieu, c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 surgit ce que les dispositifs ne savent pas toujours accueillir comme ce jeune qui finit par dire qu\u2019il n\u2019en peut plus des contr\u00f4les de police et qu\u2019il pr\u00e9f\u00e8re d\u00e9sormais se taire, cette m\u00e8re que l\u2019on retrouve chaque semaine, avec ses enfants, dans l\u2019attente d\u2019un logement, d\u2019une \u00e9cole, d\u2019un statut, ces femmes qui, dans un atelier de rue ou \u00e0 la sortie de l\u2019\u00e9cole, parlent pour la premi\u00e8re fois des humiliations v\u00e9cues dans les institutions, de la honte, des menaces, ce repas de rue, chaque vendredi, o\u00f9 l\u2019on partage non seulement de la nourriture, mais des paroles, des regards, une dignit\u00e9, etc.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Le milieu, c\u2019est ce que le territoire ne connait pas comme ce passage pour amener les enfants \u00e0 l\u2019\u00e9cole, o\u00f9 ce terrain de jeu que des jeunes on r\u00e9ussi \u00e0 ouvrir par eux-m\u00eame, ce garage transform\u00e9 en salle de r\u00e9p\u00e9tition o\u00f9 l\u2019on fait de la musique apr\u00e8s les cours, ce bout de trottoir o\u00f9 les femmes du quartier se retrouvent chaque apr\u00e8s-midi, ce hall d\u2019immeuble devenu point de ralliement, ce passage entre deux rues que les enfants prennent chaque jour pour aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole, ce mur couvert de graffitis, etc<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ces exemples illustrent \u00e0 quel point le milieu est fait d\u2019usages, de gestes, de bricolages et de pr\u00e9sences qui \u00e9chappent aux plans d\u2019am\u00e9nagement, mais qui font lien, qui font lieu, qui soutiennent. C\u2019est l\u00e0 que s\u2019enracine la p\u00e9dagogie sociale : dans ces marges vivantes que le territoire administratif ou institutionnel ne voit pas, mais o\u00f9 la vie se joue, pleinement.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Le milieu, c\u2019est ce qui reste quand tout le reste a \u00e9chou\u00e9. Quand les dispositifs se sont retir\u00e9s, quand les budgets sont \u00e9puis\u00e9s, quand il ne reste plus que la relation. Il n\u2019y a pas de protocole, pas de grille d\u2019\u00e9valuation, pas de fiche de suivi. Il y a la pr\u00e9sence, la fragilit\u00e9 partag\u00e9e, et dans cette fragilit\u00e9, une puissance de transformation.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Car c\u2019est dans ce tissu ordinaire que s\u2019inventent d\u2019autres formes de r\u00e9sistance et de solidarit\u00e9. Une salle des f\u00eates laiss\u00e9e \u00e0 l\u2019abandon, transform\u00e9e en atelier de cuisine pour des jeunes du quartier. Une ancienne assistante sociale qui, m\u00eame retrait\u00e9e, continue d\u2019aider \u00e0 remplir des papiers, sans condition ni mandat. Un kiosque de square, chaque jeudi, devenu biblioth\u00e8que de rue. Des m\u00e8res qui organisent, entre elles, la garde de leurs enfants en l\u2019absence de cr\u00e8che.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ces sc\u00e8nes, ces pratiques, ces micro-initiatives ne figurent dans aucun rapport d\u2019activit\u00e9. Elles \u00e9chappent aux appels d\u2019offres, aux logiques d\u2019\u00e9valuation, aux indicateurs de performance. Et pourtant, elles tiennent, elles soutiennent, elles r\u00e9parent. Elles sont le c\u0153ur vivant du milieu.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Reconna\u00eetre le milieu, c\u2019est un geste politique. Cela implique de faire \u00e9merger sans capter, de soutenir sans instrumentaliser, de construire des alliances au lieu d\u2019imposer des dispositifs. C\u2019est aussi accepter que le savoir ne vient pas seulement d\u2019en haut, mais qu\u2019il se tisse dans les marges, dans les interstices, dans les solidarit\u00e9s discr\u00e8tes et les pr\u00e9sences silencieuses.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Le milieu, c\u2019est ce qui permet \u00e0 la p\u00e9dagogie sociale de travailler avec, et non pour. C\u2019est l\u00e0 que se joue la possibilit\u00e9 d\u2019un agir commun, d\u2019une transformation partag\u00e9e, ancr\u00e9e dans la vie r\u00e9elle, dans l\u2019ordinaire, dans ce que l\u2019on ressent avant m\u00eame de pouvoir le dire.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Faire lieu, faire lien, faire communaut\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Territoire, environnement, milieu : ces trois dimensions ne s\u2019opposent pas. Elles se compl\u00e8tent, s\u2019imbriquent, se r\u00e9pondent. L\u2019une sans l\u2019autre perd de sa force. C\u2019est \u00e0 leur croisement que la p\u00e9dagogie sociale d\u00e9ploie tout son potentiel : en reconnaissant le territoire sans s\u2019y soumettre, en mobilisant l\u2019environnement sans l\u2019\u00e9puiser, en habitant le milieu sans l\u2019\u00e9craser.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Faire lieu, c\u2019est redonner de la valeur \u00e0 ce qui est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, dans sa simplicit\u00e9 et sa profondeur : la m\u00e9moire d\u2019une rue, les rituels d\u2019un quartier, la charge affective d\u2019un banc public. C\u2019est dire que l\u2019espace commun, m\u00eame ab\u00eem\u00e9, peut redevenir signifiant.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Faire lien, c\u2019est renouer les fils de la relation l\u00e0 o\u00f9 ils ont \u00e9t\u00e9 rompus. C\u2019est accueillir la parole, \u00e9couter les silences, reconna\u00eetre les col\u00e8res. C\u2019est relier des v\u00e9cus, des r\u00e9cits, des trajectoires \u2014 non pour les uniformiser, mais pour leur permettre de se rencontrer.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Faire communaut\u00e9, enfin, c\u2019est cr\u00e9er un espace de reconnaissance mutuelle, o\u00f9 chacun peut dire \u201cnous\u201d sans renier son \u201cje\u201d. C\u2019est permettre \u00e0 des subjectivit\u00e9s dispers\u00e9es de se rassembler, sans hi\u00e9rarchie, dans un espace partag\u00e9 de dignit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Une p\u00e9dagogie du pr\u00e9sent<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce que nous d\u00e9fendons, ce n\u2019est pas une p\u00e9dagogie de l\u2019anticipation, calibr\u00e9e par des objectifs et des \u00e9ch\u00e9ances. C\u2019est une p\u00e9dagogie du pr\u00e9sent, incarn\u00e9e, incertaine, mais profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans la vie telle qu\u2019elle se donne \u00e0 voir. Ce n\u2019est pas une m\u00e9thode reproductible ; c\u2019est une \u00e9thique du lien. Une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre l\u00e0, de tenir bon, ensemble, dans l\u2019\u00e9paisseur du r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Nous croyons que chaque lieu peut redevenir un lieu d\u2019\u00e9mancipation, chaque relation un espace d\u2019\u00e9galit\u00e9, chaque geste un acte politique. Nous accompagnons sans diriger, nous construisons sans imposer, nous r\u00e9sistons sans bruit, mais sans rel\u00e2che.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Et maintenant ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il est temps de rompre avec la r\u00e9signation, de cesser de consid\u00e9rer certains lieux comme irr\u00e9cup\u00e9rables, certaines vies comme \u201chors cadre\u201d, certains quartiers comme perdus. Il est temps de refaire du travail social un acte d\u2019engagement, et non une suite d\u2019interventions standardis\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Dans chaque territoire, m\u00eame d\u00e9sert\u00e9, dans chaque hall, chaque square, chaque lieu oubli\u00e9, existe un pouvoir latent : celui de faire lieu, faire lien, faire ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce pouvoir, il ne d\u00e9pend ni de budgets, ni de dispositifs, mais d\u2019une volont\u00e9 partag\u00e9e : celle de reconna\u00eetre la dignit\u00e9 du pr\u00e9sent, et de construire, \u00e0 partir de l\u00e0, les conditions d\u2019un avenir commun.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Christophe Pruvot Nous ne faisons pas de la p\u00e9dagogie hors-sol, dans une bulle\u2026 Nous sommes dans la vie, la vraie, celle qui crie, qui pleure, qui chante, qui souffre, qui lutte, qui joue, qui peut rire aussi, qui compte, qui se l\u00e8ve, qui ne dors pas, qui est fatigu\u00e9e, qui est malade, qui r\u00eave, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1912,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[],"class_list":["post-1917","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-pedagogie-sociale"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1917","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1917"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1917\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1918,"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1917\/revisions\/1918"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1912"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1917"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1917"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1917"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}