{"id":1907,"date":"2025-06-03T13:47:05","date_gmt":"2025-06-03T11:47:05","guid":{"rendered":"https:\/\/christophepruvot.org\/?p=1907"},"modified":"2025-07-17T12:00:56","modified_gmt":"2025-07-17T10:00:56","slug":"penser-la-democratie-retrouver-le-conflit-habiter-la-contradiction-reinventer-la-parole","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/2025\/06\/03\/penser-la-democratie-retrouver-le-conflit-habiter-la-contradiction-reinventer-la-parole\/","title":{"rendered":"Penser la d\u00e9mocratie : retrouver le conflit, habiter la contradiction, r\u00e9inventer la parole"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"text-transform:none\">Par Christophe Pruvot<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il ne s\u2019agit plus de s\u2019interroger sur la fragilit\u00e9 des d\u00e9mocraties : elle est l\u00e0, patente, presque d\u00e9sesp\u00e9rante. Il ne s\u2019agit plus de d\u00e9battre de sa vitalit\u00e9 : elle vacille. Reste une certitude, maigre mais tenace : la d\u00e9mocratie est \u00e0 d\u00e9fendre non comme un syst\u00e8me, mais comme une dynamique inachev\u00e9e. Un processus qui demande d\u2019\u00eatre pens\u00e9, partag\u00e9, ressaisi sans cesse.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Les grands penseurs, eux, alertent. Ils disent le malaise, le d\u00e9senchantement, le d\u00e9sengagement. Mais aussi les possibles, les br\u00e8ches, les r\u00e9veils.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Une d\u00e9mocratie qui ne se r\u00e9forme plus, par peur de se r\u00e9volutionner<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Cynthia Fleury<sup data-fn=\"6e071eb2-1cae-4e14-81c8-24f337b2451b\" class=\"fn\"><a href=\"#6e071eb2-1cae-4e14-81c8-24f337b2451b\" id=\"6e071eb2-1cae-4e14-81c8-24f337b2451b-link\">1<\/a><\/sup> nous met face \u00e0 une v\u00e9rit\u00e9 crue : notre mod\u00e8le d\u00e9mocratique est malade, repli\u00e9 sur lui-m\u00eame, incapable de se r\u00e9former sans trembler devant le spectre de la r\u00e9volution. La peur de la Terreur a fig\u00e9 l\u2019\u00e9lan d\u00e9mocratique. On confond transformation et chaos, d\u00e9bat et violence. Alors on se tait, ou on d\u00e9l\u00e8gue. Et le politique se d\u00e9lite.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Mais le monde, lui, continue \u00e0 bouger. La soci\u00e9t\u00e9 civile prend sa place, invente, s\u2019organise. C\u2019est le passage du gouvernement \u00e0 la gouvernance. Ce n\u2019est pas forc\u00e9ment une victoire. Cela traduit surtout un retrait du politique, un renoncement \u00e0 porter une vision commune, \u00e0 affronter les tensions qui traversent nos soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Une parole confisqu\u00e9e, une comp\u00e9tence d\u00e9ni\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Le d\u00e9bat public est devenu une affaire de techniciens. Jacques Ranci\u00e8re<sup data-fn=\"de6337b7-9c2f-4c5b-86bd-7e4dd35b50b5\" class=\"fn\"><a href=\"#de6337b7-9c2f-4c5b-86bd-7e4dd35b50b5\" id=\"de6337b7-9c2f-4c5b-86bd-7e4dd35b50b5-link\">2<\/a><\/sup> nous le rappelle : la d\u00e9mocratie n\u2019est pas la repr\u00e9sentation, mais la capacit\u00e9 de chacun \u00e0 prendre part aux affaires communes. Et ce que nous appelons d\u00e9mocratie est bien souvent un art de la confiscation : experts, \u00e9lus, professionnels tiennent la parole, structurent l\u2019espace de la discussion, balisent ce qui peut ou non \u00eatre dit.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Or la d\u00e9mocratie, si elle est v\u00e9ritable, invente ses formes, bouleverse les habitudes, d\u00e9sorganise l\u2019ordre \u00e9tabli. Elle ne se satisfait pas de protocoles : elle surgit, interroge, g\u00eane, transforme.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>L\u2019\u00e9ducation populaire comme contre-pouvoir<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">C\u2019est dans ce vide, dans ce silence organis\u00e9, que l\u2019\u00e9ducation populaire vient redonner voix. Christian Maurel<sup data-fn=\"a3aa241a-2790-4132-bdf4-6769ad16a583\" class=\"fn\"><a href=\"#a3aa241a-2790-4132-bdf4-6769ad16a583\" id=\"a3aa241a-2790-4132-bdf4-6769ad16a583-link\">3<\/a><\/sup> parle d\u2019une d\u00e9mocratie qui commence quand les citoyens comprennent et agissent sur les choses. Comprendre les enjeux, peser sur les d\u00e9cisions, questionner la l\u00e9gitimit\u00e9. Non pas seulement voter, mais interpeller, contester, proposer, s\u2019organiser.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">L\u00e0 est la mission profonde de l\u2019\u00e9ducation populaire : refaire de la politique une affaire de tous, redonner aux citoyens le droit \u00e9l\u00e9mentaire d\u2019interroger la chose publique. Pas d\u2019unanimit\u00e9. Pas de consensus mou. Du conflit. De la contradiction. Du d\u00e9bat vivant.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Car oui, la d\u00e9mocratie est aussi conflit. Et la crise du politique, aujourd\u2019hui, est peut-\u00eatre d\u2019abord une crise du d\u00e9saccord emp\u00each\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Une d\u00e9mocratie sans parole commune<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Lo\u00efc Blondiaux<sup data-fn=\"82b3dc26-6cb3-4d1b-a2aa-76ca45d2787e\" class=\"fn\"><a href=\"#82b3dc26-6cb3-4d1b-a2aa-76ca45d2787e\" id=\"82b3dc26-6cb3-4d1b-a2aa-76ca45d2787e-link\">4<\/a><\/sup> et H\u00e9l\u00e8ne Balazard<sup data-fn=\"0c5e5a7b-232e-4ff6-98be-6cad67fc2d4a\" class=\"fn\"><a href=\"#0c5e5a7b-232e-4ff6-98be-6cad67fc2d4a\" id=\"0c5e5a7b-232e-4ff6-98be-6cad67fc2d4a-link\">5<\/a><\/sup> alertent \u00e0 leur tour : le citoyen est isol\u00e9, r\u00e9duit \u00e0 l\u2019impuissance. Le pouvoir circule entre professionnels, selon des logiques d\u2019appareil. Le peuple regarde, commente, s\u2019indigne parfois \u2014 mais rarement il participe, rarement il co-d\u00e9cide. Le dialogue est un simulacre. L\u2019\u00e9coute, une mise en sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Et pourtant, la d\u00e9mocratie ne peut \u00eatre r\u00e9elle que si elle reconna\u00eet \u00e0 chacun un droit d\u2019interpellation, un droit de regard, un droit \u00e0 la d\u00e9sob\u00e9issance constructive.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Une barbarie douce, une modernit\u00e9 sans esp\u00e9rance<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Jean-Pierre Le Goff<sup data-fn=\"f3c80f7d-1c2c-492b-b825-364b05dca0b8\" class=\"fn\"><a href=\"#f3c80f7d-1c2c-492b-b825-364b05dca0b8\" id=\"f3c80f7d-1c2c-492b-b825-364b05dca0b8-link\">6<\/a><\/sup> nomme ce que d\u2019autres taisent : une barbarie douce, une soci\u00e9t\u00e9 qui demande \u00e0 chacun de s\u2019adapter \u00e0 un monde qu\u2019il ne comprend pas, qu\u2019il ne ma\u00eetrise plus, qu\u2019il subit. Le pouvoir politique ne promet plus rien : il g\u00e8re. Il nous demande de survivre, de performer, de rester comp\u00e9tents. Mais il ne propose plus d\u2019horizon, plus de sens, plus de d\u00e9sir.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">La d\u00e9mocratie devient gestion. La modernit\u00e9 devient adaptation. La parole devient langue de bois.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Et avec elle, la soci\u00e9t\u00e9 se d\u00e9politise. Ce n\u2019est pas un complot : c\u2019est une usure. L\u2019\u00e9rosion lente d\u2019une parole qui ne fait plus monde.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Coop\u00e9ration, conflit et dignit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il faut r\u00e9habiliter le conflit. Pas la guerre. Pas la haine. Le d\u00e9saccord f\u00e9cond, le d\u00e9bat v\u00e9ritable, le frottement des id\u00e9es. Monique Canto Sperber<sup data-fn=\"ef05dd4c-13e1-46f1-ac84-7320306aeba5\" class=\"fn\"><a href=\"#ef05dd4c-13e1-46f1-ac84-7320306aeba5\" id=\"ef05dd4c-13e1-46f1-ac84-7320306aeba5-link\">7<\/a><\/sup> introduit une notion pr\u00e9cieuse : la coop\u00e9ration, non comme outil d\u2019harmonie forc\u00e9e, mais comme mani\u00e8re de construire ensemble, dans la reconnaissance des diff\u00e9rences. Coop\u00e9rer sans nier les divergences. Coop\u00e9rer sans dissoudre les positions. Coop\u00e9rer pour penser ensemble un monde en construction.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Car la d\u00e9mocratie n\u2019est pas consensus. Elle est reconnaissance mutuelle dans l\u2019inach\u00e8vement, dans la dignit\u00e9, dans la diff\u00e9rence assum\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>R\u00e9habiliter la contradiction, redonner corps \u00e0 la d\u00e9lib\u00e9ration<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Et si nous revenions \u00e0 Paul Ricoeur<sup data-fn=\"8961ba68-577c-47c7-9f8a-4f2f5655fe79\" class=\"fn\"><a href=\"#8961ba68-577c-47c7-9f8a-4f2f5655fe79\" id=\"8961ba68-577c-47c7-9f8a-4f2f5655fe79-link\">8<\/a><\/sup> ? Sa d\u00e9finition reste une boussole pr\u00e9cieuse :<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">\u00ab Est d\u00e9mocratique une soci\u00e9t\u00e9 qui se reconna\u00eet divis\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire travers\u00e9e par des contradictions d\u2019int\u00e9r\u00eat, et qui se fixe comme modalit\u00e9 d\u2019associer \u00e0 parts \u00e9gales chaque citoyen dans l\u2019expression, l\u2019analyse et la mise en d\u00e9lib\u00e9ration de ces contradictions. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">C\u2019est clair, limpide, exigeant. \u00catre d\u00e9mocrate, ce n\u2019est pas faire l\u2019unanimit\u00e9. C\u2019est habiter le d\u00e9saccord, ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Vigilance, cr\u00e9ation et r\u00e9invention<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Alors oui, Kant<sup data-fn=\"95de1622-b695-4f37-af7f-0979ce41368c\" class=\"fn\"><a href=\"#95de1622-b695-4f37-af7f-0979ce41368c\" id=\"95de1622-b695-4f37-af7f-0979ce41368c-link\">9<\/a><\/sup> nous invite \u00e0 la vigilance. \u00c0 refuser toute forme de despotisme, m\u00eame d\u00e9mocratique, m\u00eame r\u00e9publicain. Car la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale peut trahir la diversit\u00e9 des volont\u00e9s singuli\u00e8res. Et parce que l\u2019exercice du pouvoir ne saurait \u00eatre monopolis\u00e9 par ceux qui savent, qui d\u00e9cident, qui expliquent.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il nous faut inventer d\u2019autres formes d\u2019expression pour toutes les personnes, d\u2019autres formes d\u2019exercice du pouvoir. Celles qui \u00e9mergent dans les collectifs, dans les assembl\u00e9es citoyennes, dans les coop\u00e9rations de quartier, dans les luttes locales, dans les \u00e9coles de rue, dans les groupes de r\u00e9flexion partag\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">C\u2019est dans les marges que la d\u00e9mocratie retrouve parfois sa vitalit\u00e9. Dans ces lieux o\u00f9 la parole circule sans \u00eatre autoris\u00e9e, o\u00f9 le d\u00e9bat se fait sans m\u00e9diation, o\u00f9 l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9galit\u00e9 ne se d\u00e9clame pas, mais se pratique.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Une d\u00e9mocratie \u00e0 d\u00e9fendre, mais surtout \u00e0 cr\u00e9er<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">La d\u00e9mocratie ne se prot\u00e8ge pas comme un monument. Elle s\u2019exerce, se dispute, se construit, se vit. Elle ne descend pas des institutions : elle monte du quotidien, elle surgit dans l\u2019\u00e9coute, le d\u00e9saccord, la parole partag\u00e9e, la capacit\u00e9 d\u2019esp\u00e9rer ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Elle n\u2019est pas derri\u00e8re nous. Elle est devant. Inachev\u00e9e. Fragile. Puissante.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>La p\u00e9dagogie sociale : une d\u00e9mocratie qui s\u2019invente, qui se vit, qui se pense<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il y a dans la p\u00e9dagogie sociale une proposition politique radicale : faire de l\u2019\u00e9ducation un espace de d\u00e9mocratie r\u00e9elle. Pas une d\u00e9mocratie de fa\u00e7ade, avec des consultations formelles et des bo\u00eetes \u00e0 id\u00e9es. Une d\u00e9mocratie du quotidien, incarn\u00e9e dans les pratiques, dans les d\u00e9cisions prises ensemble, dans la mani\u00e8re m\u00eame d\u2019habiter le collectif.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Nous le savons : la participation institutionnelle n\u2019est pas la d\u00e9mocratie. Trop souvent, elle n\u2019est qu\u2019un d\u00e9cor : on consulte, on invite, on encode les avis. Mais les d\u00e9cisions sont d\u00e9j\u00e0 prises. Le cadre est verrouill\u00e9. La parole est filtr\u00e9e. Et l\u2019invitation \u00e0 devenir \u00ab acteur \u00bb cache une autre injonction : celle de r\u00e9soudre soi-m\u00eame les probl\u00e8mes que l\u2019on subit, comme si les in\u00e9galit\u00e9s \u00e9taient une affaire individuelle, un manque d\u2019investissement personnel.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">La p\u00e9dagogie sociale refuse cette mise en sc\u00e8ne. Elle ne demande pas l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 un projet pr\u00e9con\u00e7u. Elle ouvre les possibles, lib\u00e8re les pratiques, relie l\u2019action \u00e0 la pens\u00e9e, l\u2019exp\u00e9rience \u00e0 la critique.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Elle cr\u00e9e, tr\u00e8s concr\u00e8tement, des espaces de d\u00e9mocratie vivante, en marge des formes classiques de d\u00e9lib\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>En p\u00e9dagogie sociale pour cr\u00e9er des lieux d\u2019expression libre et quotidienne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Parce que la d\u00e9mocratie commence par la parole, la p\u00e9dagogie sociale am\u00e9nage des temps pour parler sans hi\u00e9rarchie, sans crainte, sans filtre.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Un simple \u00ab quoi de neuf ? \u00bb chaque matin dans une structure d\u2019accueil, autour d\u2019un caf\u00e9 partag\u00e9, devient un geste profond\u00e9ment politique. On y parle de soi, de ses joies, de ses col\u00e8res. On y apprend \u00e0 \u00e9couter l\u2019autre, \u00e0 entendre ce qui nous \u00e9chappe. On y s\u00e8me du commun. La parole circule, la m\u00e9moire collective se construit.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">De m\u00eame, les briefs du matin ou de la semaine, les d\u00e9briefs apr\u00e8s une action, les assembl\u00e9es de terrain, les conseils coop\u00e9ratifs d\u2019enfants ou d\u2019adultes, ne sont pas des r\u00e9unions techniques. Ce sont des exercices concrets de d\u00e9mocratie populaire. On y planifie, on y d\u00e9cide, on y critique, on y ajuste. On ne consulte pas : on fait avec. On ne reproduit pas le fonctionnement pyramidal : on exp\u00e9rimente une organisation horizontale, responsable, dialogique.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Et lorsqu\u2019on propose un d\u00e9bat \u00e0 vis\u00e9e philosophique, on ne cherche pas \u00e0 enseigner une doctrine. On donne aux personnes la possibilit\u00e9 de penser par elles-m\u00eames, de douter, de conceptualiser, d\u2019argumenter. C\u2019est un geste de lib\u00e9ration intellectuelle.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>L\u2019appropriation en p\u00e9dagogie sociale : faire d\u00e9mocratie, c\u2019est s\u2019organiser ensemble pour agir<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Dans un monde domin\u00e9 par l\u2019individualisme comp\u00e9titif, par la logique du chacun pour soi, la p\u00e9dagogie sociale pose une alternative concr\u00e8te : la coop\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Coop\u00e9rer, c\u2019est plus qu\u2019agir ensemble. C\u2019est g\u00e9rer collectivement la vie quotidienne, les choix techniques, les enjeux logistiques, les orientations symboliques et morales. Dans une structure en p\u00e9dagogie sociale, les r\u00f4les sont partag\u00e9s, les responsabilit\u00e9s sont propos\u00e9es \u00e0 toutes et tous, quels que soient l\u2019\u00e2ge, le parcours, le bagage scolaire ou la situation sociale.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce n\u2019est pas une p\u00e9dagogie de la d\u00e9l\u00e9gation, mais une p\u00e9dagogie de l\u2019appropriation.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">On n\u2019attend pas que les personnes soient \u00ab pr\u00eates \u00bb. On ne les \u00ab pr\u00e9pare \u00bb pas \u00e0 la citoyennet\u00e9. On les reconna\u00eet d\u00e9j\u00e0 comp\u00e9tentes, d\u00e9j\u00e0 capables, d\u00e9j\u00e0 l\u00e9gitimes \u00e0 penser, \u00e0 organiser, \u00e0 d\u00e9cider.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>La p\u00e9dagogie sociale propose de refuser les fatalit\u00e9s et de faire \u00e9merger le conflit<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Nous vivons dans une \u00e9poque o\u00f9 les d\u00e9cisions sont pr\u00e9sent\u00e9es comme in\u00e9luctables. On ne promet plus : on annonce. Le d\u00e9bat n\u2019est plus permis. La d\u00e9mocratie devient une proc\u00e9dure sans contradictions, un exercice aseptis\u00e9 sans tension.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">La p\u00e9dagogie sociale, elle, r\u00e9habilite le conflit. Elle ne cherche pas la paix sociale \u00e0 tout prix, mais l\u2019\u00e9mancipation par la confrontation des id\u00e9es. Elle invite \u00e0 l\u2019analyse critique, \u00e0 la remise en question, \u00e0 la capacit\u00e9 de dire non. Elle refuse les dominations : patriarcales, n\u00e9olib\u00e9rales, institutionnelles. Elle ne reproduit pas les hi\u00e9rarchies : elle les interroge.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Et en cela, elle politise. Elle politise le quartier, l\u2019\u00e9cole, le centre social. Elle refuse le repli gestionnaire. Elle refuse d\u2019\u00eatre l\u2019alibi \u00e9ducatif d\u2019une politique sans ambition sociale.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Le p\u00e9dagogue social comme voix collective<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Dans ce processus, le p\u00e9dagogue social n\u2019est pas un animateur. Il est un passeur, un veilleur, un porte-voix. Il parle avec, il agit avec, il r\u00e9fl\u00e9chit avec. Et quand il le faut, il parle pour \u2014 non pour confisquer, mais pour faire entendre ce qui est t\u00fb, ce qui est tu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il cr\u00e9e des contre-pouvoirs, des espaces de respiration, des zones d\u2019exp\u00e9rimentation. Il permet \u00e0 d\u2019autres formes de d\u00e9mocratie de surgir, hors des protocoles, hors des normes.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Son r\u00f4le est profond\u00e9ment politique. Il ne se contente pas de g\u00e9rer : il transforme, il questionne, il relie.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Il existe en p\u00e9dagogie sociale une foi en la d\u00e9mocratie vivante<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Nous croyons, profond\u00e9ment, que la d\u00e9mocratie ne se r\u00e9sume pas \u00e0 une proc\u00e9dure \u00e9lectorale. Qu\u2019elle ne vit pas seulement dans les h\u00e9micycles. Qu\u2019elle doit habiter le quotidien, les relations, les projets partag\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">C\u2019est ce que nous faisons, chaque jour, en p\u00e9dagogie sociale. Nous inventons, nous pratiquons, nous r\u00e9fl\u00e9chissons la d\u00e9mocratie. Nous la vivons non comme un mod\u00e8le \u00e0 imiter, mais comme une utopie en acte. Une mani\u00e8re de croire que vivre ensemble peut encore \u00eatre un projet commun, une esp\u00e9rance lucide, un espoir obstin\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>La p\u00e9dagogie sociale propose des temps d\u00e9mocratiques pour habiter le collectif<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">La d\u00e9mocratie ne se d\u00e9cr\u00e8te pas. Elle ne s\u2019enseigne pas en discours. Elle se pratique, se r\u00e9p\u00e8te, se vit. Elle s\u2019apprend par l\u2019usage, par la confrontation douce, par l\u2019\u00e9coute, par la prise de parole organis\u00e9e. En p\u00e9dagogie sociale, nous n\u2019attendons pas un moment institutionnel pour faire d\u00e9mocratie. Nous l\u2019installons au c\u0153ur du quotidien, dans des temps rituels, concrets, accessibles \u00e0 toutes et tous.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ces temps ne sont pas des parenth\u00e8ses. Ils sont le socle vivant du vivre-ensemble. Ils permettent \u00e0 chacun de comprendre, d\u2019agir, de proposer, d\u2019\u00eatre entendu. Ils structurent une vie collective qui n\u2019est pas subie, mais construite en commun.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Voici quelques-unes de ces formes de d\u00e9mocratie active, modestes mais transformatrices :<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Le \u201cquoi de neuf ?\u201d : un rituel d\u2019expression quotidienne<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Chaque matin, autour d\u2019un caf\u00e9, dans un coin du centre ou sur le trottoir, nous ouvrons l\u2019espace par cette simple question : <em>\u00ab Quoi de neuf ? \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">C\u2019est un moment pour prendre des nouvelles des personnes pr\u00e9sentes, partager un \u00e9v\u00e9nement, une \u00e9motion, une r\u00e9ussite ou une peine. Pas de liste obligatoire. On parle si on veut. On \u00e9coute avec attention. On respecte le rythme de chacun.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">On organise la parole : on apprend \u00e0 attendre son tour, \u00e0 \u00e9couter sans interrompre, \u00e0 laisser place aux silences. On garde une trace : un mot, un carnet, une chronique orale. Rien ne se perd. Ce qui se dit compte.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce rituel permet de renforcer la conscience collective, d\u2019ouvrir un espace de parole sans enjeu, sans injonction. Et c\u2019est dans ces petits riens que la d\u00e9mocratie s\u2019enracine.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Les briefs : organiser ensemble, d\u00e9cider ensemble<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Le brief de la semaine, souvent le lundi matin, pose les bases : que va-t-on faire ? Qui fait quoi ? Quels projets en cours ? Quelles nouvelles id\u00e9es ? Chacun peut proposer, se positionner, prendre une t\u00e2che.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Les briefs quotidiens, en d\u00e9but de journ\u00e9e, prolongent ce travail d\u2019organisation : ils permettent de distribuer les r\u00f4les, d\u2019ajuster les actions, de v\u00e9rifier ce qui est pr\u00eat, ce qui manque.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">C\u2019est ici que la structure devient un lieu collectif, o\u00f9 les d\u00e9cisions sont co-construites. Pas d\u2019organisation impos\u00e9e d\u2019en haut : une r\u00e9partition libre, responsabilisante, horizontale. Chacun compte.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Le d\u00e9brief : apprendre du v\u00e9cu, construire la m\u00e9moire<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Apr\u00e8s une activit\u00e9, une sortie, un atelier, nous prenons le temps de revenir ensemble sur ce qui vient d\u2019\u00eatre v\u00e9cu.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce n\u2019est pas juste un bilan technique. C\u2019est une relecture collective, un espace de recul. On partage les ressentis, les points positifs, les tensions. On en tire des enseignements. On prend note. On \u00e9crit une chronique. On archive.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ce travail de m\u00e9moire ancre les apprentissages dans le r\u00e9el. Il donne du sens \u00e0 l\u2019action. Il renforce le sentiment d\u2019appartenance. Il transforme l\u2019exp\u00e9rience en ressource.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">L\u2019assembl\u00e9e des pr\u00e9sents : d\u00e9mocratie directe du quotidien<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">C\u2019est l\u2019un des temps les plus forts de la p\u00e9dagogie sociale. Une fois par semaine, on se r\u00e9unit. On s\u2019assoit. On prend le temps. On pense ensemble la vie collective.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">On appelle cela <em>le conseil coop\u00e9ratif<\/em>, ou <em>l\u2019assembl\u00e9e des pr\u00e9sents<\/em>. Ce n\u2019est pas une r\u00e9union technique. C\u2019est un espace d\u00e9mocratique, un lieu politique. Chacun peut proposer, critiquer, f\u00e9liciter. Tout le monde peut intervenir. Tout le monde peut d\u00e9cider.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">L\u2019ordre du jour est clair : Qui a une critique ? Qui a une f\u00e9licitation ? Qui a une proposition ?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">La parole est donn\u00e9e dans l\u2019ordre d\u2019inscription. Les critiques sont sign\u00e9es, justifi\u00e9es. Pas de d\u00e9nonciation anonyme. Pas de r\u00e8glements de compte. Les tensions interpersonnelles sont trait\u00e9es \u00e0 part, dans des temps adapt\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Les critiques sont utiles si elles font avancer le groupe. Les f\u00e9licitations permettent de reconna\u00eetre les efforts. Les propositions deviennent des projets. C\u2019est ici que la vie collective se construit.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Le d\u00e9bat philo : penser pour exister, douter pour apprendre<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">\u00c0 intervalles r\u00e9guliers, nous organisons des d\u00e9bats \u00e0 vis\u00e9e philosophique. Ils ne sont pas r\u00e9serv\u00e9s aux savants. Ils ne visent pas la bonne r\u00e9ponse. Ils ouvrent le droit de penser, de questionner, de douter.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Un th\u00e8me, une question. Et c\u2019est tout. Chacun peut parler, argumenter, \u00e9couter. On apprend \u00e0 nommer ce qu\u2019on pense, \u00e0 entendre ce que pense l\u2019autre, \u00e0 prendre conscience de sa propre pens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Philosopher, ce n\u2019est pas faire cours. C\u2019est cr\u00e9er un espace o\u00f9 le doute est permis, o\u00f9 l\u2019esprit critique peut s\u2019exercer.C\u2019est un geste profond\u00e9ment d\u00e9mocratique.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">D\u00e9mocratie v\u00e9cue, d\u00e9mocratie construite<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Ces temps simples, r\u00e9guliers, ritualis\u00e9s, sont autant d\u2019actes politiques. Ils font \u00e9merger une parole collective. Ils permettent \u00e0 chacun de se sentir partie prenante d\u2019un monde commun. Ils d\u00e9veloppent des comp\u00e9tences d\u00e9mocratiques : \u00e9couter, proposer, d\u00e9cider, r\u00e9guler.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Et surtout, ils permettent de croire en l\u2019intelligence collective, en la capacit\u00e9 d\u2019un groupe, m\u00eame tr\u00e8s diff\u00e9rent, m\u00eame tr\u00e8s ab\u00eem\u00e9, \u00e0 faire soci\u00e9t\u00e9 ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>Conclusion : pour une d\u00e9mocratie vivable, une d\u00e9mocratie qui soutient les vies<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il ne suffit pas de dire \u00ab d\u00e9mocratie \u00bb pour qu\u2019elle existe. Il ne suffit pas de voter, de d\u00e9battre, de si\u00e9ger pour qu\u2019un peuple soit r\u00e9ellement souverain. Il ne suffit pas de d\u00e9clarer l\u2019\u00e9galit\u00e9 pour qu\u2019elle advienne. Il faut assurer les conditions mat\u00e9rielles, symboliques et sociales de la vie vivable, pour toutes et tous, sans condition.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Judith Butler<sup data-fn=\"cfa5d5c1-f9c4-4c35-b224-ec15b06a79a1\" class=\"fn\"><a href=\"#cfa5d5c1-f9c4-4c35-b224-ec15b06a79a1\" id=\"cfa5d5c1-f9c4-4c35-b224-ec15b06a79a1-link\">10<\/a><\/sup> nous le rappelle : certaines vies sont plus soutenues que d\u2019autres. Certaines vies sont expos\u00e9es, d\u00e9valoris\u00e9es, pr\u00e9caris\u00e9es, d\u00e9truites par les politiques publiques elles-m\u00eames. Ce ne sont pas des vies, dit-elle, parce qu\u2019elles ne peuvent ni durer, ni s\u2019\u00e9panouir, ni esp\u00e9rer. C\u2019est ici que commence la responsabilit\u00e9 d\u00e9mocratique : rendre possible la vie. Cela suppose un renversement du regard et des normes. Cela suppose de reconna\u00eetre la violence des exclusions, des injonctions, des humiliations. Cela suppose de rompre avec le lib\u00e9ralisme moral qui culpabilise les pauvres et de soutenir concr\u00e8tement, chaque jour, les conditions de l\u2019existence partag\u00e9e. La d\u00e9mocratie que nous d\u00e9fendons est vitale : elle prot\u00e8ge, elle accueille, elle soutient les corps, elle cr\u00e9e les alliances n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation. Elle est hospitali\u00e8re, et non tri\u00e9e. Elle est incarn\u00e9e, pas abstraite. Elle est fragile, mais tenace.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il y a la dignit\u00e9. La lutte. Le refus de s\u2019effacer. Pierre Bourdieu<sup data-fn=\"9ddc387b-0d84-41b9-8894-4950a0652901\" class=\"fn\"><a href=\"#9ddc387b-0d84-41b9-8894-4950a0652901\" id=\"9ddc387b-0d84-41b9-8894-4950a0652901-link\">11<\/a><\/sup> insiste : il faut aider les pr\u00e9caires, les domin\u00e9s, les d\u00e9class\u00e9s \u2014 actuels ou futurs \u2014 \u00e0 se tenir, \u00e0 tenir ensemble, \u00e0 r\u00e9sister \u00e0 la d\u00e9gradation de leur image, \u00e0 se mobiliser. Pas pour se hisser dans l\u2019ordre existant, mais pour le transformer de l\u2019int\u00e9rieur, depuis les marges, depuis les corps fatigu\u00e9s, depuis la honte retourn\u00e9e en fiert\u00e9. Ce n\u2019est pas un projet charitable. C\u2019est une t\u00e2che politique. Une contre-p\u00e9dagogie qui refuse l\u2019assignation. Une organisation collective de la conscience et de la r\u00e9sistance. Nous ne voulons pas d\u2019une d\u00e9mocratie d\u00e9sincarn\u00e9e. Nous voulons une d\u00e9mocratie qui reconna\u00eet les humili\u00e9s et les met debout.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il y a le lien, cette trame invisible et n\u00e9cessaire. Vincent de Gaulejac<sup data-fn=\"bebf2c83-36de-4b43-a8c5-c8a03fb6d449\" class=\"fn\"><a href=\"#bebf2c83-36de-4b43-a8c5-c8a03fb6d449\" id=\"bebf2c83-36de-4b43-a8c5-c8a03fb6d449-link\">12<\/a><\/sup> nous dit que la d\u00e9mocratie se construit par la relation. Pas par des discours, mais par des gestes de solidarit\u00e9, par des dons sans retour, par la c\u00e9l\u00e9bration de l\u2019hospitalit\u00e9 comme fondement du vivre-ensemble. Ce n\u2019est pas le bien qui fait soci\u00e9t\u00e9. C\u2019est le lien. \u00catre citoyen, ce n\u2019est pas juste vivre ensemble. C\u2019est changer la soci\u00e9t\u00e9. C\u2019est affronter les rapports sociaux de domination. C\u2019est refuser la banalisation des injustices. C\u2019est construire un monde commun \u00e0 partir des exp\u00e9riences bless\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">La d\u00e9mocratie que nous appelons est un processus permanent. Elle ne se g\u00e8re pas, elle ne se d\u00e9cr\u00e8te pas, elle se fabrique. Par les pratiques. Par les solidarit\u00e9s. Par les rencontres. Par les luttes. Nous la construisons dans la rue, dans les halls, dans les ateliers, dans les conseils coop\u00e9ratifs, dans les cantines de fortune et les d\u00e9bats de fond.<br>Nous la construisons avec les enfants, avec les oubli\u00e9s, avec les pr\u00e9caires, avec les r\u00e9sistants du quotidien. Nous la construisons depuis la marge, parce que c\u2019est l\u00e0 que le c\u0153ur bat encore. Et si la d\u00e9mocratie devait retrouver un souffle, alors qu\u2019elle commence ici : par une main tendue, une parole rendue, une vie rendue vivable.<\/p>\n\n\n<ol style=\"color:#060606; text-transform:none;\" class=\"wp-elements-5e6c7b3d1ad93b00ecbe4d8dc26ded8b wp-block-footnotes has-text-color has-small-font-size\"><li id=\"6e071eb2-1cae-4e14-81c8-24f337b2451b\">Fleury, C. Les pathologies de la d\u00e9mocratie. Paris\u00a0: Fayard Le livre de poche, 2005 <a href=\"#6e071eb2-1cae-4e14-81c8-24f337b2451b-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 1\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"de6337b7-9c2f-4c5b-86bd-7e4dd35b50b5\">Jacques Ranci\u00e8re. Dans L\u2019Obs du 28 mai 2012. L\u2019\u00e9lection, ce n\u2019est pas la d\u00e9mocratie <a href=\"#de6337b7-9c2f-4c5b-86bd-7e4dd35b50b5-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 2\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"a3aa241a-2790-4132-bdf4-6769ad16a583\">Maurel. C. (2010). Education populaire et puissance d\u2019agir Les processus culturels de l\u2019\u00e9mancipation. Paris, France : L\u2019Harmattan, p 129 \u00e0 140 <a href=\"#a3aa241a-2790-4132-bdf4-6769ad16a583-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 3\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"82b3dc26-6cb3-4d1b-a2aa-76ca45d2787e\">Blondiaux, L. (2008). Le nouvel esprit de la d\u00e9mocratie. Le Seuil, p 49 \u00e0 44 <a href=\"#82b3dc26-6cb3-4d1b-a2aa-76ca45d2787e-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 4\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"0c5e5a7b-232e-4ff6-98be-6cad67fc2d4a\">Balazard, H. (2015) Agir en d\u00e9mocratie. Les \u00e9ditions de l\u2019atelier, p 11 \u00e0 22 <a href=\"#0c5e5a7b-232e-4ff6-98be-6cad67fc2d4a-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 5\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"f3c80f7d-1c2c-492b-b825-364b05dca0b8\">Le Goff, J.P. (2003). La d\u00e9mocratie post-totalitaire. Paris\u00a0: La d\u00e9couverte\/Poche <a href=\"#f3c80f7d-1c2c-492b-b825-364b05dca0b8-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 6\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"ef05dd4c-13e1-46f1-ac84-7320306aeba5\">Canto Sperber, M. Dictionnaire d\u2019\u00e9thique et de philosophie morale tome 1. Paris\u00a0: PUF, 2014, p 462 <a href=\"#ef05dd4c-13e1-46f1-ac84-7320306aeba5-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 7\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"8961ba68-577c-47c7-9f8a-4f2f5655fe79\">La d\u00e9finition de Paul Ricoeur reprise par Franck Lepage dans Inculture. L\u2019\u00e9ducation populaire, monsieur, ils n\u2019en ont pas voulu <a href=\"#8961ba68-577c-47c7-9f8a-4f2f5655fe79-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 8\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"95de1622-b695-4f37-af7f-0979ce41368c\">La R\u00e9publique comme id\u00e9e pure de la raison\u00a0: Kant. Par Simone Manon, Professeur de Philosophie. 23 mai 2008. <a href=\"http:\/\/www.philolog.fr\/la-republique-comme-idee-pure-de-la-raison-kant\">http:\/\/www.philolog.fr\/la-republique-comme-idee-pure-de-la-raison-kant<\/a>\u00a0 <a href=\"#95de1622-b695-4f37-af7f-0979ce41368c-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 9\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"cfa5d5c1-f9c4-4c35-b224-ec15b06a79a1\">Butler, J., Worms, F., Le vivable et l\u2019invivable, PUF, 2021 <a href=\"#cfa5d5c1-f9c4-4c35-b224-ec15b06a79a1-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 10\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"9ddc387b-0d84-41b9-8894-4950a0652901\">Bourdieu, P., Contre-feux, Tome 1 Propos pour servir \u00e0 la r\u00e9sistance contre l&rsquo;invasion n\u00e9o-lib\u00e9rale, Raisons d\u2019agir, 1998 <a href=\"#9ddc387b-0d84-41b9-8894-4950a0652901-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 11\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><li id=\"bebf2c83-36de-4b43-a8c5-c8a03fb6d449\">De Gaulejac, V., La soci\u00e9t\u00e9 malade de la gestion. Id\u00e9ologie gestionnaire, pouvoir manag\u00e9rial et harc\u00e8lement social, Points, 2014 <a href=\"#bebf2c83-36de-4b43-a8c5-c8a03fb6d449-link\" aria-label=\"Aller \u00e0 la note de bas de page 12\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/li><\/ol>\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Christophe Pruvot Il ne s\u2019agit plus de s\u2019interroger sur la fragilit\u00e9 des d\u00e9mocraties : elle est l\u00e0, patente, presque d\u00e9sesp\u00e9rante. Il ne s\u2019agit plus de d\u00e9battre de sa vitalit\u00e9 : elle vacille. Reste une certitude, maigre mais tenace : la d\u00e9mocratie est \u00e0 d\u00e9fendre non comme un syst\u00e8me, mais comme une dynamique inachev\u00e9e. Un [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1908,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":"[{\"content\":\"Fleury, C. Les pathologies de la d\u00e9mocratie. Paris\u00a0: Fayard Le livre de poche, 2005\",\"id\":\"6e071eb2-1cae-4e14-81c8-24f337b2451b\"},{\"content\":\"Jacques Ranci\u00e8re. Dans L\u2019Obs du 28 mai 2012. L\u2019\u00e9lection, ce n\u2019est pas la d\u00e9mocratie\",\"id\":\"de6337b7-9c2f-4c5b-86bd-7e4dd35b50b5\"},{\"content\":\"Maurel. C. (2010). Education populaire et puissance d\u2019agir Les processus culturels de l\u2019\u00e9mancipation. Paris, France : L\u2019Harmattan, p 129 \u00e0 140\",\"id\":\"a3aa241a-2790-4132-bdf4-6769ad16a583\"},{\"content\":\"Blondiaux, L. (2008). Le nouvel esprit de la d\u00e9mocratie. Le Seuil, p 49 \u00e0 44\",\"id\":\"82b3dc26-6cb3-4d1b-a2aa-76ca45d2787e\"},{\"content\":\"Balazard, H. (2015) Agir en d\u00e9mocratie. Les \u00e9ditions de l\u2019atelier, p 11 \u00e0 22\",\"id\":\"0c5e5a7b-232e-4ff6-98be-6cad67fc2d4a\"},{\"content\":\"Le Goff, J.P. (2003). La d\u00e9mocratie post-totalitaire. Paris\u00a0: La d\u00e9couverte\/Poche\",\"id\":\"f3c80f7d-1c2c-492b-b825-364b05dca0b8\"},{\"content\":\"Canto Sperber, M. Dictionnaire d\u2019\u00e9thique et de philosophie morale tome 1. Paris\u00a0: PUF, 2014, p 462\",\"id\":\"ef05dd4c-13e1-46f1-ac84-7320306aeba5\"},{\"content\":\"La d\u00e9finition de Paul Ricoeur reprise par Franck Lepage dans Inculture. L\u2019\u00e9ducation populaire, monsieur, ils n\u2019en ont pas voulu\",\"id\":\"8961ba68-577c-47c7-9f8a-4f2f5655fe79\"},{\"content\":\"La R\u00e9publique comme id\u00e9e pure de la raison\u00a0: Kant. Par Simone Manon, Professeur de Philosophie. 23 mai 2008. <a href=\\\"http:\/\/www.philolog.fr\/la-republique-comme-idee-pure-de-la-raison-kant\\\">http:\/\/www.philolog.fr\/la-republique-comme-idee-pure-de-la-raison-kant<\/a>\u00a0\",\"id\":\"95de1622-b695-4f37-af7f-0979ce41368c\"},{\"content\":\"Butler, J., Worms, F., Le vivable et l\u2019invivable, PUF, 2021\",\"id\":\"cfa5d5c1-f9c4-4c35-b224-ec15b06a79a1\"},{\"content\":\"Bourdieu, P., Contre-feux, Tome 1 Propos pour servir \u00e0 la r\u00e9sistance contre l'invasion n\u00e9o-lib\u00e9rale, Raisons d\u2019agir, 1998\",\"id\":\"9ddc387b-0d84-41b9-8894-4950a0652901\"},{\"content\":\"De Gaulejac, V., La soci\u00e9t\u00e9 malade de la gestion. Id\u00e9ologie gestionnaire, pouvoir manag\u00e9rial et harc\u00e8lement social, Points, 2014\",\"id\":\"bebf2c83-36de-4b43-a8c5-c8a03fb6d449\"}]"},"categories":[8,11],"tags":[],"class_list":["post-1907","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-education-populaire-philosophie-politique-et-sociale","category-societe-social-sociologie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1907","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1907"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1907\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1909,"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1907\/revisions\/1909"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1908"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1907"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1907"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1907"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}