{"id":1506,"date":"2024-11-04T10:41:21","date_gmt":"2024-11-04T09:41:21","guid":{"rendered":"https:\/\/christophepruvot.org\/?p=1506"},"modified":"2025-07-17T11:52:05","modified_gmt":"2025-07-17T09:52:05","slug":"faire-commun-cest-une-folie-necessaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/2024\/11\/04\/faire-commun-cest-une-folie-necessaire\/","title":{"rendered":"Faire commun : c\u2019est une folie n\u00e9cessaire"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"text-transform:none\">Par Christophe PRUVOT<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\"><strong>A l\u2019heure de la mont\u00e9e des mod\u00e8les capitalistes et n\u00e9olib\u00e9raux, de l\u2019injonction \u00e0 la r\u00e9alisation individuelle port\u00e9e par une multitude de discours collectifs et institutionnels sommant l\u2019individu \u00e0 d\u00e9velopper son autonomie, \u00e0 s\u2019assujettir et \u00e0 affirmer sa subjectivit\u00e9 sous la forme de \u00ab\u00a0parcours individuels\u00a0\u00bb o\u00f9 il doit \u00eatre \u00e0 la fois auteur et acteur de sa propre vie il est n\u00e9cessaire de r\u00e9affirmer une intervention et un projet politique qui ne sauraient \u00eatre neutres mais se situant bien du c\u00f4t\u00e9 de ceux qui sont les plus entrav\u00e9s et opprim\u00e9s (au sens d\u2019une perte de place dans la soci\u00e9t\u00e9, d\u2019une perte de rep\u00e8res sociaux, d\u2019une destruction de tout sentiment de s\u00e9curit\u00e9, au sens d\u2019un d\u00e9clin comme une perte de confiance en soi, en autrui et en l\u2019avenir, au sens d\u2019une expropriation de soi-m\u00eame).<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Un projet humaniste doit viser un r\u00e9\u00e9quilibrage des ressources d\u2019agir et parvenir \u00e0 une lecture \u00e9clair\u00e9e du contexte, des enjeux, des attendus dans une dynamique de conviction et d\u2019engagement. Toute action s\u2019inscrit au c\u0153ur de la complexit\u00e9 des articulations entre individus, projet social, organisation collective et institutionnelle garantes d\u2019une \u00e9thique politique porteuse d\u2019une vision plus juste et plus \u00e9quitable de la soci\u00e9t\u00e9 et d\u2019une communaut\u00e9 humaine&nbsp;: chacun pouvant se dire et devenir sujet, s\u2019exprimer dans ses forces, ses potentialit\u00e9s et ses fragilit\u00e9s, autant que subvertir les forces qui l\u2019ont violent\u00e9, opprim\u00e9 ou humili\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Affirmer une vision du monde \u00e0 travers un projet politique et social, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 travers une conception de la condition humaine, de l\u2019organisation de la soci\u00e9t\u00e9, du droit, des relations, de la justice, c\u2019est avoir conscience de la r\u00e9alit\u00e9. C\u2019est r\u00e9fl\u00e9chir, comprendre et penser le monde \u00e0 partir de la r\u00e9alit\u00e9. C\u2019est chercher \u00e0 lib\u00e9rer les \u00eatres humains des circonstances, des situations, des environnements, des contextes qui les asservissent et les oppriment. C\u2019est questionner les structures de pouvoirs. C\u2019est l\u2019id\u00e9e d\u2019une critique sociale du capitalisme et de l\u2019id\u00e9ologie \u00ab&nbsp;n\u00e9o lib\u00e9rale&nbsp;\u00bb qui sont consid\u00e9r\u00e9s comme des obstacles \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation. C\u2019est porter notre d\u00e9sir de transformation pour un monde plus juste.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Quand certaines institutions cr\u00e9ent un climat liberticide, un mod\u00e8le de la surveillance, du contr\u00f4le et de la sanction et rendent responsable l\u2019individu de ses propres r\u00e9ussites ou faillites, quand l\u2019injonction \u00e0 l\u2019autonomie n\u2019est autre que l\u2019obligation \u00e0 s\u2019occuper de soi-m\u00eame et renforce le repli sur soi, l\u2019exclusion, la solitude et l\u2019isolement, quand l\u2019individu est renvoy\u00e9 \u00e0 s\u2019enfermer dans sa vie priv\u00e9e, cette vie qui le prive finalement du commun, du collectif, des relations, des liens avec autrui ; alors il n\u2019est pas \u00e9tonnant de constater qu\u2019autrui devient l\u2019ennemi, celui qu\u2019il faut combattre.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Aujourd\u2019hui, nous pouvons refuser cette soci\u00e9t\u00e9 de la programmation, de l\u2019\u00e9go\u00efsme, de l\u2019individualisme et de la comp\u00e9tition en pr\u00e9f\u00e9rant une face illumin\u00e9e, celle des libert\u00e9s, des responsabilit\u00e9s, du commun, de la coop\u00e9ration, de l\u2019\u00e9mancipation, des solidarit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Nous devons reconna\u00eetre que nous ne disposons pas tous des m\u00eames moyens et surtout d\u2019acc\u00e8s aux moyens et aux ressources (capitaux \u00e9conomiques, sociaux et culturels). Ignorer la question de la r\u00e9partition des ressources et d\u2019acc\u00e8s aux ressources revient \u00e0 faire peser la responsabilit\u00e9 des probl\u00e8mes sur les personnes qui n\u2019ont pas toute la maitrise des situations en vue du changement.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Certaines institutions, par ses dispositifs, par la sectorisation et la fragmentation, posent et imposent des objectifs partiels au d\u00e9triment d\u2019une prise en compte globale et complexe de l\u2019individu. Ainsi, ces institutions fabriquent, elles-m\u00eames, l\u2019\u00e9chec pendant que les dispositifs pointent le malade comme responsable de la maladie : cela entraine in\u00e9vitablement du m\u00e9pris et de la violence.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Alors que la soci\u00e9t\u00e9 doit apporter la s\u00e9curit\u00e9 et la stabilit\u00e9 nous ne pouvons que nous alarmer quand les r\u00e9ponses \u00e0 l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 passent par le s\u00e9curitaire. Le s\u00e9curitaire est sans fin et s\u2019auto alimente,&nbsp; il alimente la peur et l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 au lieu de soigner. Alors qu\u2019il serait si simple d\u2019apporter du r\u00e9confort et du soin en s\u2019inscrivant dans une approche relationnelle, une approche centr\u00e9e sur les personnes, une approche qui pr\u00eate attention \u00e0 l\u2019autre, une approche intime et affective. Il est n\u00e9cessaire de&nbsp; prendre en compte l\u2019affectivit\u00e9 douce et naturelle qui permet le d\u00e9veloppement de l\u2019intelligence en restant vigilant face aux aspects sombres de l\u2019affectivit\u00e9 qui font surgir la col\u00e8re et le stress et qui ont invent\u00e9 la haine et la m\u00e9chancet\u00e9 qui ne semblent r\u00e9pondre \u00e0 aucune logique, qui semblent ne servir \u00e0 rien (car il est parfois difficile d\u2019en comprendre la cause). Il faut bien \u00e9videmment pr\u00e9f\u00e9rer les aspects lumineux de l\u2019affectivit\u00e9 qui sont la participation, l\u2019amour et les \u00e9changes et pour cela il faut faire l\u2019effort d\u2019une auto \u00e9thique pour \u00e9viter la bassesse, \u00e9viter de c\u00e9der \u00e0 la vengeance et \u00e0 la m\u00e9chancet\u00e9, pour \u00e9viter les jugements. C\u2019est-\u00e0-dire une r\u00e9flexion de soi \u00e0 soi (pour soi et les autres) comme un auto-examen, ou une autocritique. C\u2019est une \u00e9thique de la compr\u00e9hension (une conscience de la complexit\u00e9 humaine et de ses possibles d\u00e9rives, une ouverture au pardon et \u00e0 la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9), une \u00e9thique de la cordialit\u00e9, de la civilit\u00e9, de la courtoisie et une \u00e9thique de l\u2019amiti\u00e9. Les \u00eatres humains sont des \u00eatres fragiles et parfois agit\u00e9s avec de multiples aspects et de multiples potentialit\u00e9s. Ce qui est fondamental dans la compr\u00e9hension d\u2019autrui, c\u2019est de ne pas r\u00e9duire une personne \u00e0 une seule de ses personnalit\u00e9s car ce serait effacer tous les autres aspects de sa vie. Mais c\u2019est, certainement, dans la compr\u00e9hension de l\u2019autre que se situe la sagesse. La sagesse est dans l\u2019effort de compr\u00e9hension et non dans le jugement et la condamnation. La sagesse n\u2019est pas la contemplation, la sagesse est une conduite qui m\u00eale la r\u00e9flexion, la compr\u00e9hension, la po\u00e9sie, l\u2019amour. Nous d\u00e9fendons l\u2019attitude d\u2019admettre chez l\u2019autre une mani\u00e8re de penser et d\u2019agir diff\u00e9rente de la n\u00f4tre. La tol\u00e9rance ouvre la voix des contradictions mais pas celle des exclusions. Nous souffrons et faisons souffrir et ce mal c\u2019est l\u2019incompr\u00e9hension d\u2019autrui. Si l\u2019ignorance est la cause de tous les maux alors la connaissance ouvre la voie au changement, \u00e0 l\u2019action appropri\u00e9e et \u00e0 la libert\u00e9 contre les \u00e9go\u00efsmes, les mesquineries et les ambitions qui m\u00e9prisent l\u2019autre dans sa nature et sa condition.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Il faut accepter une part de folie dans sa vie pas au sens de l\u2019\u00e9garement de l\u2019esprit ou d\u2019un manque de jugement ou d\u2019une absence de raison. Une folie au sens de l\u2019affectivit\u00e9 qualifie, aussi, la nature humaine. La folie au sens du \u00ab&nbsp;l\u00e2cher prise&nbsp;\u00bb et d\u2019une prise de risque permet le d\u00e9veloppement de l\u2019\u00eatre humain dans sa nature et sa condition. Cette folie permet le r\u00eave et les possibles. Cette folie laisse la place \u00e0 l\u2019amour et \u00e0 la po\u00e9sie. Cette folie entraine la curiosit\u00e9. Cette folie nous pousse vers l\u2019autre, fait de nous des \u00eatres attentionn\u00e9s et aimants. Cette folie permet le d\u00e9sir et l\u2019union. Cette folie produit la beaut\u00e9, l\u2019expression, la cr\u00e9ation.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">L\u2019absence de folie favorise l\u2019expertise et le d\u00e9tachement.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Quand la soci\u00e9t\u00e9 impose l\u2019expertise, nous pouvons proposer l\u2019exp\u00e9rimentation. Quand la soci\u00e9t\u00e9 impose le d\u00e9tachement, nous pouvons proposer l\u2019attachement. Quand la soci\u00e9t\u00e9 impose la distance, nous pouvons proposer la pr\u00e9sence.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">Une structure sociale doit d\u2019abord recr\u00e9er du lien social dans le milieu. Il s\u2019agit de favoriser des espaces d\u2019expression, de coop\u00e9ration et de production afin de repenser la relation avec l\u2019environnement et les personnes qui vivent dans cet environnement. Il s\u2019agit, aussi, de penser l\u2019autorit\u00e9 comme une force qui autorise et qui permet les initiatives. Il s\u2019agit de b\u00e2tir une soci\u00e9t\u00e9 du partage et de la transmission. Les forces du collectif se trouvent dans les individus et que les forces et les potentialit\u00e9s des individus se trouvent dans le collectif. Il faut du sens au vivre ensemble et au \u00ab&nbsp;faire soci\u00e9t\u00e9&nbsp;\u00bb \u00e0 travers une communaut\u00e9 qui se construit dans le temps et avec la diversit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">En inscrivant l\u2019action dans le temps et la dur\u00e9e nous pouvons proposer une lutte culturelle et \u00e9ducative parce que le fatalisme social et \u00e9ducatif n\u2019est pas une option : en faisant le choix de la transformation et de l\u2019am\u00e9lioration des conditions de vie, en ne nous ne r\u00e9signant pas.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"text-transform:none\">La tristesse n\u2019est pas une destin\u00e9e, nous pouvons faire le choix de la joie, un monde tourn\u00e9 vers le commun mais un commun en lutte contre les dynamismes d\u2019oppression, d\u2019exploitation et de domination (ainsi que leurs articulations et leurs imbrications), un commun de destin\u00e9es et de communaut\u00e9s, un commun qui a pour horizon l\u2019\u00e9mancipation.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Christophe PRUVOT A l\u2019heure de la mont\u00e9e des mod\u00e8les capitalistes et n\u00e9olib\u00e9raux, de l\u2019injonction \u00e0 la r\u00e9alisation individuelle port\u00e9e par une multitude de discours collectifs et institutionnels sommant l\u2019individu \u00e0 d\u00e9velopper son autonomie, \u00e0 s\u2019assujettir et \u00e0 affirmer sa subjectivit\u00e9 sous la forme de \u00ab\u00a0parcours individuels\u00a0\u00bb o\u00f9 il doit \u00eatre \u00e0 la fois auteur [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1507,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[],"class_list":["post-1506","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-education-populaire-philosophie-politique-et-sociale"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1506","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1506"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1506\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1508,"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1506\/revisions\/1508"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1507"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1506"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1506"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/christophepruvot.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1506"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}